Maborosi (Hirokazu Kore-eda – 1995)

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A Osaka, alors qu’elle était encore petite, Yumiko a vu un jour sa grand-mère partir pour son pays natal et ne jamais revenir, malgré les supplications de la petite-fille. Bien des années plus tard, Yumiko s’est mariée avec Ikuo. Un jour, elle le voit partir pour le travail et apprend à la fin de la journée qu’il s’est suicidé sur une voix ferrée, la laissant seule avec leur bébé de trois mois, Yuichi. Quelque temps plus tard encore, par l’entremise d’une voisine Yumiko se remarie avec Tamio, un homme vivant seul avec sa fille dans le petit village côtier de Wajima, dans la péninsule de Noto. Yumiko semble reprendre peu à peu goût à la vie mais une brève visite à des amis d’Osaka réactive sa mélancolie avec toujours cette obsédante question : pourquoi Ikuo s’est-il suicidé ?

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幻の光 (Maboroshi no hikari) Titre français : Maborosi.

Bonne expérience que de voir Maborosi juste après Notre petite sœur. Cela permet d’apprécier toute la distance parcourue en vingt ans par Kore-eda. Distance pas tant en terme d’amélioration. Il me serait difficile de dire que Notre petite sœur est meilleur que Maborosi. Je pense qu’un tel peut préférer le film le plus récent tandis que tel autre appréciera davantage le premier film de sa filmographie (peut-être plus mon cas). Non, la distance est à évaluer en terme de maîtrise technique ou plutôt d’utilisation de la technique. Maborosi est un film volontairement raide et épuré tandis que Notre petite sœur est plus souple, onctueux, dynamique, avec de fins mouvements de caméra pour saisir quelque chose se jouant à l’intérieur d’un personnage, voire des travellings pour suivre les personnages sur des petites routes là aussi dans des moments où se joue quelque chose en eux. Rien non plus d’exceptionnel mais toujours un soin accordé aux compositions, soin qui, conjugué à une discrète mobilité de la caméra donne un cachet élégant et plus porté sur l’international.

Intéressant de ce point de vue donc, mais aussi par les thématiques choisies qui n’ont pas changé en vingt ans. Dès ce premier film, on retrouve une cellule familiale mise en danger par les affres égoistes d’un des parents. C’est le thème du départ que l’on retrouvera tout le long de sa filmographie. La grand-mère de Maborosi qui décide de partir et de laisser enfants et petits-enfants. La mère de Nobody knows qui refait sa vie en abandonnant ses enfants. Dans I wish ce sont deux parents qui font leur propre départ puisqu’ils ont décidé de divorcer. Dans Notre petite sœur c’est uniquement un père qui décide de quitter sa famille pour aller vivre avec sa maîtresse. Enfin, pour revenir à Maborosi, départ radical du père qui décide de se tuer.

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Deux départs, deux plans fixes et à chaque fois une Yumiko impuissante. A gauche la grand-mère partant pour Shikoku, à droite le mari pour une journée de travail sans retour.

On voit assez combien la figure parentale est une figure fragile, soucieuse à la fois de se reconstruire quelque part (pour le père de Maborosi ce sera dans l’au-delà) mais ne s’apercevant pas toujours qu’elle va déconstruire la vie et les occupants qu’elle laisse derrière elle. Pas de problème pour les sœurs de Notre petite sœur, elles ont eu les moyens de refonder un foyer et finalement d’être heureuses. Mais plus délicate est la situation des jeunes enfants Nobody knows, voués à la clochardisation. Et pour l’héroïne de Maborosi, l’avenir apparaît tout de suite glacé. L’univers urbain dans lequel elle évolue nous est montré que par des plans fixes et nous montrant que des petites rues vidées de leurs occupants, la seule chose en mobilité étant un train qui passe de temps en temps sur un pont :

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Beaucoup de plans aussi d’objets quotidiens qui semblent refléter l’intense mélancolie qui ronge le personnage. Le seul personnage susceptible lui apporter du réconfort est le bébé mais la présence inefficace du petit être ne fait qu’accentuer l’impression de solitude et surtout la crainte que la jeune femme ne rejoigne son défunt mari.

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Autant dire qu’on est très loin de la reconstruction guillerette de Notre petite sœur. Maborosi est un film plutôt sombre. « Plutôt » car la deuxième partie est plus engageante. Contre toute attente (on n’y croit pas trop au début), le deuxième mariage de Yumiko fonctionne bien. Leurs deux enfants s’entendent bien et eux-mêmes s’accordent volontiers des moments d’intimité :

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Aux petites rues vidées de leurs occupants répondent celles de ce village où l’on trouve de malicieuses petites vieilles :

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Aux tonalités froides et aux plans sans êtres humains répondent des scènes plus chaleureuses :

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Une des premières scènes lors de l’arrivée de Yumiko dans le village où elle va refaire sa vie nous montre d’ailleurs son nouveau beau-père prenant sur ses genoux Yuichi, avec à proximité chauffage et kotatsu. Bref, d’emblée ça se réchauffe :

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Autant la vie à Osaka donnait l’impression d’un perpétuel hiver, autant la nouvelle vie va justement donner l’effet d’une vraie vie, avec notamment une alternance marquée des saisons. Quand Yumeko arrive à wajima, elle semble amener avec elle l’hiver. Mais quand elle repart à Osaka pour voir des proches, c’est bien l’été réconfortant qui l’accompagne :

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Quant à la silhouette noire et longiline de Yumiko, on la voit désormais par le biais d’une apparence plus lumineuse qui n’est pas sans évoquer Sachi dans Notre petite sœur :

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Reste que chez Kore-eda, les parents ont souvent cette capacité à être à la fois impeccables et faillibles. A tout moment ils peuvent chuter et laisser derrière eux leurs proches. On ne dévoilera pas la fin de Maborosi. Disons juste que ce bref séjour à Osaka réactivera la mélancolie de Yumiko et qu’il devient difficile d’entrevoir une fin positive lors des derniers plans. Encore une fois, je ne dévoilerai rien. Ils sont en rapport avec le sens du titre original et peuvent offrir une double interprétation.

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Si Notre petite sœur constitue une bonne entrée dans la filmographie de Kore-eda, il n’en va donc pas autrement pour Maborosi qui peut faire figure de complément plus austère mais tout aussi passionnant par l’utilisation de motifs que le spectateur n’aura de cesse de retrouver dans des films ultérieurs.

7,5/10

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3 Commentaires

  1. Pas encore vu La Petite Soeur, ahlalaaa, mais gardé un souvenir ému de la grande délicatesse de ce film-ci. Effectivement d’une tonalité à la base assez sombre, mais ponctué aussi de réels moments lumineux. Et le tout, miracle, chemine de manière limpide, grâce notamment à une interprétation que j’avais trouvée elle aussi toute en justesse et en subtilité. Du très bon Kore-eda, selon moi

  2. @ bern : oui, l’interprétation est très juste. Makiko Esumi est toute en retenue et parvient parfaitement à faire comprendre l’évolution de son personnage. Kore-eda était déjà bon en matière de direction d’acteurs.

    @Mark : cool, j’en parlais il y a quelques jours, bien de se mettre ça sous la dent. Bonne surprise de voir qu’il y aura une nouvelle fois Lily Francky.

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