The Executioner (Teruo Ishii – 1974)

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Dans mon esprit, Teruo Ishii est un peu un frère de Norifumi Suzuki : un faiseur de divertissements qui à peu près à la même époque a arrosé le cinéma japonais d’une pléthore de films de série B. Pas toujours avouables, parfois frôlant le nanar mais la plupart du temps efficaces et largement au-dessus de ce qui pouvait se faire du côté de Hong Kong.

Ainsi le film d’arts martiaux. Bon, je sens que les amateurs de pelloches hongkongaises ont ici les poils qui se hérissent et s’apprêtent à scruter les lignes qui vont suivre. Pas de panique les gars. Il ne s’agit pas ici de dire que Bruce Lee, c’est de la merde, mais de reconnaître qu’en matière de réalisation, de photographie et de bande son, les réal’ japonais faisaient en comparaison office de demi-dieux du septième art. Après, pour les chorégraphies et les arts martiaux proprement dit, la vitalité, le dynamisme, le pouvoir fascinateur qui s’en dégage, c’est autre chose. Mais ça ne fait pas tout, comme en témoigne ce The Executioner pondu en 1974. J’aime bien Chiba et il ne me viendrait pas à l’esprit de dire qu’il y connaît que dalle en arts martiaux, mais on ne peut pas dire qu’il s’en dégage la même force, la même puissance animale qu’un Bruce Lee (et ce malgré les innombrables feulements que le père Sonny hurle à tout bout de champ, frôlant parfois l’hystérie). Après, je préfère infiniment son style à celui des Bruce Lee like qui inondèrent le marché durant les 70’s (bon, je mets de côté le cas Bronson Lee). C’est massif, un brin lourdaud, dégingandé, mais ça claque méchamment la gueule des méchants pour le plus grand bonheur du spectateur, et c’est bien là le principal.

Tout cela pour dire que ce film d’Ishii fait partie de ses réussites. Parfaitement calibré, ses ingrédients en font un petit film varié dans ses situations et qui tient parfaitement le choc des 90 minutes (ce qui n’est, pour ma part, pas toujours gagné pour ce type de film). Avec en prime des clins d’œil plus ou moins avoués à Sergio Leone. Rapidos voilà le topo : trois bastonneurs sont engagés par un ex-commissaire pour faire la nique à un trafiquant de drogue. Je vous avais dit que ce serait rapide hein ? Eh bien le film commence, tout comme le Bon, la Brute et le Truand, par présenter par chacun des personnages, personnages dont les personnalités font évidemment penser à ceux du film de Leone. Le bon, c’est-à-dire le héros, est celui de Sonny Chiba, unique héritier d’un clan de ninjas. Le deuxième est plus une petite frappe, un truand marrant un brin obsédé qui se trouve pour le moment en taule pour son exécution en attendant que « le bon » ne l’en sorte (comme Clint avec Eli Wallach) :

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Enfin, la brute, jouée par Makoto Sato (le même qui jouait Dragon dans le premier opus des Camionneurs Salopards), est présentée dans une scène qui est la copie conforme de celle de Sentenza dans le film de Leone : il va voir un chef yakuza pour lui dire que, pas de bol, on lui a donné de l’argent pour le buter. Réaction dudit chef : « attends, on oublie tout, je double la mise et tu butes celui qui t’as demandé de me tuer ». Le mec accepte mais lui dit : « O.K., je prends la thune mais le problème, c’est que j’accomplis toujours le contrat que j’ai accepté ». Et sur ces belles paroles, il lui fait sa fête :

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Et méchamment.

Puis il va voir l’autre chef pour lui dire qu’il a rempli son contrat mais que, là aussi pas de bol, il va devoir le buter puisque là aussi, il respecte ses contrat et tout le toutim.

Et la filiation leonienne ne s’arrête pas là puisque lors ce personnage (au fait un mec plutôt cool : un ancien de la PJ japonaise devenu assassin, mais uniquement pour tuer les bad guys) reçoit un parpaing balancé par Chiba. Sur le coup, Sonny se fait mal. Pourquoi d’après vous ? Gagné ! parce que le mec avait planqué contre son poitrail ceci :

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Tout comme Clint dans Et pour quelques dollars de plus.

Bref, tout cela pour dire que l’on part sur des bases scènes. Pour le reste, on a un peu l’impression d’assister à un manga en live. Et qu’importe le scénario, pourvu qu’on ait l’ivresse. L’ivresse des bijins notamment. Vous avez sûrement remarqué la belle plante à côté de notre assassin et vous vous dites peut-être que vous l’avez déjà aperçue quelque part. Non ? Vous ne voyez pas ? Attendez, avec un autre screen peut-être :

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Ça y est ? Vous la remettez ? Non ? Mais si, c’est bien elle, la longiline Yutaka Nakajima que l’on rencontre elle aussi dans le premier volet des Torakku Yarô. Et inutile de dire que vous l’aviez sur le bout de la langue, dégueulasses, puisque même les personnages du film ne sont pas parvenus à lui refiler un french kiss de derrière les fagots. En revanche, on sent le père Ishii tout excité à l’idée de faire rentrer sa culotte dans le cadre :

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Encore un effort Teruo, t’y es presque !

Mais il faudra attendre la deuxième moitié du film pour que notre truand, grâce à une fine astuce, filoute sous une table basse, et là…

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Pour voir ce que notre ami est en train de contempler, clique sur l’image !

Bref, the Executioner ne présente pas que des mastars musculeux, il est aussi gentiment sexy. Une scène amusante nous présente Chiba pénétrant dans l’appartement d’un mafieux (avant de pénétrer autre chose) pour le buter. Mais voilà, après l’avoir un peu sonné (c’est le gif anuimé en début d’article), il en profite rapidos…

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pour rejoindre bobonne !

A noter que si la culotte et la classe de Yutaka Nakajima restent immaculés, il n’en va pas de même des personnages d’étrangères, toutes vouées à être montrées seins nus à un moment du film. C’est le cas notamment de la petite ami du trafiquant de drogue (un dandy violent à binocles) qui se voit transformée en deux temps trois mouvement en un magnifique…

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porte-canne !

Que voulez-vous, on n’a pas réalisé les huit films de la série des « Joie de la torture » pour rien, il en reste toujours quelque chose, notamment une capacité à tomber dans le mauvais goût. C’est d’ailleurs ce que l’on observe lors de certains combats. Vous avez vu plus haut le mec avec ses yeux qui sortent des orbites. Mais il y a plus fort. A un moment du film Chiba balance un méchant coup de poing dans le bide d’un méchant. Le coup poing dure, il semble chercher quelque chose, puis Chiba le retire et là on aperçoit…

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oui, une côté arrachée !

Rien de choquant non plus hein ! Ceux qui ont vu la série des Street Fighter se rappellent sans doute de cette propension d’Ishii à un grand guignol assez réjouissant.

Cul, mauvais goût, violence baroque, il faudrait ajouter comme autres ingrédients les combats eux-mêmes, pas originaux mais efficaces. Le héros est évidemment seul contre une dizaine, enchaîne dans tous les sens les highs kicks avec ces bons gros bruitages d’impacts qui font toujours plaisir à entendre, le tout accompagné par l’excellente musique groovy d’Hajime Kaburagi. Et quand y’en a plus, reste les boss de fin de niveau, comme cet imposant gaijin surnommé « le sauvage » :

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On se demande bien pourquoi d’ailleurs. Les gens sont méchants.

Ici, notre ami Chiba devra un peu plus s’employer en faisant péter le Pegasus Ryuseiken, mais surtout les nunchaks, autre ingrédient indispensable (d’ailleurs, petit point commun ici avec Bronson Lee : les deux avec cet engin en main donnent l’impression d’être possédé moins par le diable que par une furieuse crise d’épilepsie). Le Sauvage massacré, il restera un autre boss à tuer avant de régler définitivement son compte au mafieux à lunettes et à son porte-canne. Je ne vous dit pas comme cela va se passer, attendez-vous juste à un trucage que Benny Hill n’aurait pas renié.

Bref, si vous n’avez jamais vu Chiba en dehors de Kill Bill, c’est peut-être le moment de franchir le pas avec the Executionner, une belle pizza filmique confectionnée par Teruo Ishii. Certaines épices vous laisseront peut-être de marbre mais croyez-moi, vous ne pourrez pas nier à l’ensemble une saveur 70’s avec un goût de reviens-y. Ça tombe bien, quelques mois plus tard sortit The Executioner 2 avec encore plus d’humour débile dedans ! On en reparle dans les semaines à venir, promis.

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