Rivalisons avec ces perfides Japonais !

Oui, je sais, faire un article sur mon groupe préféré dans un site qui s’appelle « Bulles de Japon » tient un peu de la gageure perdue d’avance. Mais ce serait sans compter sur  mon incroyable capacité à débusquer d’improbables références sur le Japon. En y réfléchissant, l’article aurait dû être écrit depuis belle lurette mais voilà, l’album dont est extrait la chanson qui va nous occuper, The Final Cut, sorti en 1983, est de très loin l’album que j’écoute le moins et du coup j’avais un peu oublié Not Now John, pourtant la seule chanson valable de cet album atteint de sinistrose. Après un The Wall qui avait porté le genre de l’opera rock a des hauteurs jamais atteintes, il pouvait être un peu duraille de retrouver un second souffle suite un tel chef d’œuvre. Et The Final Cut n’y parvint pas. Trop morose, trop dépressif, en un mot trop chiant. Et trop individuel : Roger Waters, scandalisé par la guerre des Malouines et le patriotisme imbécile qui s’ensuivit au Royaume Uni, décida de reprendre de vieilles chansons qui auraient dû figurer dans The Wall et d’en ajouter d’autres pour une attaque en règle contre le thatchérisme. A côté de cela, l’album est aussi l’occasion pour lui d’honorer la mémoire de son père tué durant la Seconde Guerre Mondiale puisque l’album lui est dédié.

Bref, un album très personnel, d’aucuns diront même trop car derrière tout cela, qu’en est-il de Pink Floyd ? Eh bien pas grand-chose, l’album donnant plus l’impression d’être un album solo de Waters. Il faut dire que déjà avec The Wall, l’équilibre artistique entre les différents membres du groupe avait pris du plomb dans l’aile. Reste que la participation de Gilmour était encore substantielle et ce à travers des titres emblématiques (Another brick in the wall part.II et Comfortably Numb notamment). 

Pour vous mesdemoiselles : l’adorable Dabido kun jouant avec ses cheveux à la fin des 60’s

Ici, ce n’est plus le cas : Gilmour, manifestement pas très chaud et en retrait dans sa volonté de fournir de nouvelles chansons, fait vraiment office de figurant tout comme Nick Mason, estimé par Waters comme pas assez bon sur certains morceaux et remplacé par Andy Newmark. Quant à Richard Wright, on n’en parle même pas : viré lors de l’enregistrement de The Wall, il ne réintègrera véritablement la formation (on met à part sa participation intérimaire durant la tournée pour The Wall) que lors de la renaissance du groupe façon Gilmour avec a Momentary Lapse of Reason.

Bref, The Final Cut, c’est du Roger Waters pur jus, dans tout ce qu’il peut avoir d’aride et d’ombrageux. A noter que l’album apparaît régulièrement dans les top 10 des albums les plus déprimants de tous les temps. Album pénible donc (IMHO), n’eût été la présence à la fin de Not Now John qui réveille alors l’auditeur de sa torpeur. 

Ô surprise ! ce n’est plus Waters que l’on entend mais Gilmour, un Gilmour arborant une voix rock dans la lignée de Young Lust (dans The Wall) et un solo de guitare typiquement gilmourien qu’il est bon d’entendre, enfin ! à dix minutes de la fin de l’album. Le morceau n’est pas non plus sans faire penser à Money, avec ses bruitages industriels répondant à ceux évoquant les tiroirs caisses. Bref, on a alors du Pink Floyd et non plus de Waters sous exomil. A noter qu’une longue vidéo était sortie à l’époque pour promouvoir l’album, clip qui reprenait quatre chansons, The Gunner’s DreamThe Final CutThe Fletcher Memorial Home et Not Now John. Et là aussi, même causes, mêmes effets : la vidéo vous tombe des yeux jusqu’à l’arrivée de Not Now John et sa mise en scène originale dans un complexe industriel anglais où l’on tombe sur des ouvriers, un jeune japonais, trois geishas et une pute. Avant cela, c’était trois chansons purges où l’on voyait de temps en temps un Roger Waters s’ouvrant à son psychiatre. Paye ton ambiance mortifère Roger ! 

C’est faux Olrik. En fait j’ai toujours aimé la gaudriole. Tiens écoute : Ha ! Ha ! Tu vois ?

La chanson est parfois assez ardue à comprendre. Pour faire simple, Gilmour semble jouer le rôle d’un col bleu anglais. Pas très intelligent, ses préoccupations sont limitées dans leur plus simple expression dans ce passage :

Can’t stop

Lose job

Mind gone

Silicon

What bomb

Get away

Pay day

Make hay

Break down

Need fix

Big six

Clickity click

Hold on

Oh no

Brrrrrrrrrring bingo !

A côté de cela, le col bleu vomit un patriotisme imbécile lié à l’actualité du moment, notamment la guerre des Malouines contre l’Argentine, guerre du point de vue de Waters absolument injustifiée et participant d’un nationalisme puant. D’où la référence à l’Argentine donc (« We showed Argentina, now let’s go an show these »), et la possibilité sous-jacente de se trouver une nouvelle cible après elle. D’où aussi l’allusion à la Russie à deux doigts de se faire botter le cul (« Got to bring the russian bears to his knees »), l’évocation des “ours russes” pouvant être vu d’ailleurs comme une resurgence du jingoïsme, variété du chauvinisme datant de l’époque victorienne et justement ayant pour cible la Russie (Waters avouera d’ailleurs dans une interview avoir eu à cette époque l’impression de voir son pays revenir à l’époque de Charles Dickens). D’où enfin la référence à Thatcher (« Make us feel tough And wouldn’t Maggie be pleased ? ») alors populaire par sa victoire contre l’Argentine. Quant au Japon, alors la nouvelle super puissance pour les produits manufacturés, il est évoqué dans cet unique vers :

 Gotta compete with the wily Japanese.

Soit « Faut rivaliser avec les rusés Japonais ». Vous noterez dans la vidéo plus bas la façon de prononcer « wily japanese », un brin fielleuse et franchement déplaisante quand Waters reprendra le vers avec sa voix crispante. J’ai traduit par « rusés » mais on comprend que c’est une ruse qui peut volontiers se confondre avec une certaine rouerie. Ici, il s’agit moins de laborieux travailleurs, des « fourmis » pour reprendre l’expression d’une autre dame 1er ministre, que de compétiteurs rusés et très éloignés du fameux fair play anglais (qui, soit dit entre nous, n’est qu’une vaste plaisanterie).

Not Now John est donc un morceau pas vraiment positif montrant une ignorance, une bêtise crasse de la société anglaise des problèmes politiques et économiques. Symboliquement, la vidéo commence par nous montrer un poste de télévision dans lequel apparaissent les personnage du clip et d’où  sortent les paroles imbéciles. On est dans une société où le mass media a manifestement sa part dans la prolifération d’un chauvinisme belliqueux. Puis on voit un jeune Japonais un peu hagard se promenant dans un complexe industriel. C’est donc là un exemple de ces « rusés Japonais » un brin perfides ? C’est une réalité évidemment décevante, en tout cas en net décalage avec les fantasmes éructés par des cockneys ouvriers dans leur pub à la sortie du boulot (les derniers vers évoquent d’ailleurs cet aspect « Where’s the fucking bar John ? »). A côté de cela, on a trois geishas, d’abord raffinées, puis peu à peu vénéneuses et à la fin purement et simplement associées à des putes. C’est qu’on est ici dans le crâne de ces cols bleus dans lequel les pires clichés le disputent à des images d’Epinal totalement éculées. Il n’en va pas autrement avec ce plan montré à plusieurs reprises où l’on voit un soudeur s’affairer avec sur son masque de protection l’ancien drapeau du soleil levant.

A la fin le jeune homme trouve la mort, tombant du haut d’un échafaudage alors que l’on aperçoit nettement au-dessus de lui un militaire anglais. Associée aux paroles, la scène met en scène là aussi une vision fantasmatique, celle de voir un potentiel ennemi tomber comme l’Argentine, qu’importe que cet ennemi soit aussi fluet et aussi peu belliqueux que ce gamin.

Allez, je m’arrête, il est temps de voir la vidéo en question. Elle porte un peu le poids de ses années mais d’un autre côté, trouvez-moi maintenant des clips aussi barrés parlant économie et politique…

Bulles de Japon, le seul blog au monde où le mec vous pond un article de 100 lignes sur une chanson parce qu’il y a le mot « japonais » dedans !

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3 Commentaires

  1. Damn ! Pour le texte. Damn ! Parce que la vidéo a jarté sans même que je puisse en profiter parce qu’un mec dont le blog tourne autour du Japon pond un f*ckin’ article de 100 lignes (je te crois, je les ai pas compté) sur une f*ckin’ chanson, et ce, parce que t’entends « japanese » dedans, c’est tout simplement… WTF ?! Vivement la suite…

  2. Non, la vidéo n’a pas jarté, faut juste cliquer sur « visionner sur youtube ».
    Pour tes « f*uck », ça m’y fait penser, Not Now John est la seule chanson du Floyd où ce vilain mot est répété un nombre considérable de fois. L’expression « fuck all that » a d’ailleurs été remplacée par « stuff all that » pour les oreilles pudibondes des américains. Fuck ’em !
    Enfin, pour ce qui est de ta vidéo (que je ne connaissais pas), que te dire ? D’un côté elle aurait sa place sur ce blog mais de l’autre, putain ! ça fait quand même mal aux seins d’entendre un tel ramassis de niaiseries aux relents un peu limite. Et l’amalgame qui veut que Chinois ou Japonais peu importe, c’est bien la famille à tout ça, au secours ! J’en ai jusqu’à la fin de la journée pour me purger les oreilles de cet étron musical. Tiens, voilà de quoi me médicamenter :

    Pour les hard fans, la vidéo est ponctuée de docs montrant le groupe entre deux concerts au Japon.

  3. J’aurai tout de même préféré de vraies bijins pour le coup ! Quant aux oreilles des amerlocs, je te rejoins.

    Annie, Annie, Annie… c’est le genre de chanson qui mériterait qu’on file quelques torgnoles à l’interprète sans déc’. J’avoue avoir été abasourdi à son écoute. C’est mal passé et tu soulignes le pourquoi. Tu penses bien que ça me ferait chier, et pas qu’un peu de voir trôner une telle merde musicale dans ces pages. Sachant que j’y ai eu droit par le biais d’une connaissance en commun, je me devais de te la faire partager pour qu’on puisse claironner : plus jamais ça !

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