Bijin de la semaine (22) : Naomi Tani dans un numéro de Playboy (collector!)

Playboy est un grand magazine de charme. Enfin, « était » car je me retrouve moins aujourd’hui dans ce qu’il propose : Photoshop est passé par là et on se retrouve maintenant devant d’étranges pin up, quelque part entre des filles réelles et les créations de Gil Elvren, encore que ces dernières aient une fraîcheur indémodable qui fait défaut aux donzelles numérisées d’aujourd’hui. Elles sont lisses, parfaites, interchangeables de corps. On chercherait en vain le moindre défaut, il n’y en a pas, ils ont été annihilés par un des innombrables filtres et autres plugins du logiciel d’Adobe, et on ne sait plus trop si l’on se trouve devant une photo ou une peinture réalisée sur ordinateur. On peut aimer, moi ça me laisse totalement froid.

C’est pourquoi le Playboy des années 50, 60 et (un peu moins) 70 me semble imbattable (les 80’s, avec leurs filles surmaquillées, limite vulgaires, me font quant à elle frémir. On glisse déjà un peu vers la sophistication à outrance) en terme d’érotisme photographique – j’entends dans le domaine des magazines de charme. Le corps n’y est pas passé à la moulinette de la numérisation, seuls comptent la plastique de la fille et le savoir faire du photographe qui va se débrouiller pour valoriser au maximum ce qu’il a sous les yeux, pendant la prise de vue puis dans la chambre obscure. Si trucage il y a, ce ne sera pas tant pour raboter un menton disgracieux ou gonfler des seins, mais pour faire preuve de créativité en réalisant une situation originale. Ainsi cette photo, tirée d’une série de 1968 sur les signes du zodiaque :

Le cancer (Michelle Angelo). Les gros seins sont d’origine.

Vous me direz qu’avec un tel modèle, pas vraiment besoin d’atténuer les défauts puisqu’il n’y en a pas (encore qu’il faille aimer les larges aréoles). Mais cela serait oublier un peu vite le côté « mondo sexy » de la revue qui va aux quatre coins du monde prendre des clichés de barmaids, de stripteaseuses ou de simples playmates en herbe, bref de femmes certes girondes mais dont la plastique présentant quelques aspérités ne leur permet pas forcément de postuler au glorieux rang de Playmate du mois. Elles ne sont pas parfaites : la poitrine peut être un peu tombante, la croupe un peu trop généreuse, qu’importe ! au moins a-t-on l’impression de se trouver face à de vraies femmes, de celles que l’on pourrait croiser dans la rue, et c’est ce que j’aime dans ces reportages. Ainsi Muneko Nishi que j’ai évoquée il y a deux semaines mais aussi les femmes de ce numéro de décembre 1968 dans un article que j’ai cherché en vain durant des années et que j’ai enfin déniché seulement la semaine dernière, article sobrement intitulé « Girls of the Orient ».

Un bien joli reportage qui aligne des photographies de jeunes femmes asiatiques de toutes origines et dans des postures parfois « acrobatiques » :

La délicieuse (mais inconnue au bataillon) Philomena Tan. On apprécie au passage le symbolisme phallique simple mais toujours efficace.

Le corps ne cherche pas à gicler en gros plan à la face du lecteur comme c’est trop souvent le cas dans les Playboys (et autres revues de charme) actuels. Le photographe aurait pu le faire et on peut être sûr que les photos auraient contenté les camionneurs ou les ados prêts à consommer tout de suite. Au lieu de cela, il s’est enquiquiné à enrouler un poteau d’un joli tissu et à y faire grimper la donzelle. Le corps est alors un élément du décor qui étonne par sa position et qui émoustille : perfection de l’arrondi et de la blancheur de ce popotin qui jailli du maté de la peau. Et tant pis si on ne voit pas le côté pile de la dame, cette petite portion de chair lisse au milieu de ces poteaux rugueux et de cette atmosphère maussade suffit amplement à contenter à la fois l’érotomane et l’amateur de photographie, et à leur tirer un « wow ! » d’admiration satisfaite.

Autre exemple :

La seule, la grande, l’unique Lin Su Tuan. Vous ne connaissez pas ? Ne vous en faites pas, c’est normal.

Visage joli mais sans plus, côtes un peu seyantes et poitrine pas loin d’être plate. Loin des canons bunnygirlesques chers à Hugh Hefner. Mais portrait original utilisant un filtre orange. Les cheveux filasse donnent comme une impression de vouivre venue de l’enfer. Il faut aimer mais une fois encore, l’effort artistique sort des sentiers battus, et pas besoin de retouche digitale.

Poursuivons :

Grace Gao

Là, on est quasiment dans le photoreportage. On en est d’ailleurs à se demander si c’est bien un exemplaire de Playboy que l’on a entre les mains. N’était le « Playboy » en bas à gauche, on m’aurait dit qu’il s’agit d’une photo prise par untel, grand reporter des 60’s, je l’aurais cru volontiers. Même si le modèle est de connivence, il y a ici ce côté « instant décisif » bressonesque qui, conjugué à un joli rendu des couleurs, un bokeh qui enveloppe magnifiquement le sujet et une composition fourmillant de détails, nous fait comprendre que certains photographes chez Playboy étaient loin d’être des manchots et des coquilles vides niveau imagination. Et le tout habillé s’il vous plaît ! Difficile d’imaginer qu’une telle photo soit possible à notre époque où gros nibards et toison désespérément épilée au poil près sont le minimum minimorum des magazines érotiques sur papier glacé.

Achevons :

Comment ? Vous ne reconnaissez pas Metta Roungrat ? Mais sortez de votre grotte que diable !

Photojournalisme, one more time. Et là, le modèle ne regarde même pas vers l’objectif. L’instant semble volé au quotidien et la rencontre avec la jeune femme totalement le fruit du hasard. Elle est sans doute belle mais son profil laisse supposer une beauté ancrée dans son monde, loin, très loin derrière des playmates telles que China Lee, Diane Chandler ou Susan Bernard (cliquez, n’ayez pas peur, c’est du miel pour vos petits yeux). Et habillée une fois de plus. Pas grave : elle tient de bien jolies bananes.

Dans ces conditions, vous comprendrez que c’est tout fébrile que je m’empressai d’admirer dans cet article une photo mythique et fantasmée depuis longtemps : rien moins que l’unique photo de Naomi Tani pour Playboy ! Je ne vais pas présenter Tani à nouveau, je l’avais déjà fait pour Drink Cold.  Faisons court, on palabrera après. La voici, on se tait, on admire :

100 vues du mont de Vénus de Naomi Tani

Mon premier sentiment a été d’être un peu déçu. Habitué à voir des photos de la Rose Noire offrant sa chair généreuse au plus près de l’objectif, je m’attendais, j’espérais une photo de Tani à la sauce « Playmate of the Month », c’est-à-dire un portrait en pied absolument imparable, donnant envie de scruter le moindre centimètre carré de sa peau. Dans cette optique, on en est évidemment pour ses frais. Réduite comme Philomena Tan à un simple élément du décor, il faut un peu écarquiller les yeux pour voir qu’il s’agit bien de Naomi Tani. On est donc d’abord un peu dubitatif. Et puis, je ne sais pas, il me semble qu’il y a tout de même quelque chose qui se dégage de l’ensemble. Quelque chose d’original. Habituellement, Tani est un peu la bête de sexe, l’épouse modèle qui se transforme en mère dépravée dès qu’on l’attache et la fouette, bref une icône du roman porno made in Nikkatsu. Rien de tel ici. On pourra trouver clichés ce kimono, ce soleil levant et ce Mont Fuji mais c’est justement ce que j’aime. Tani est ici montré comme un archétype, celui de la belle femme japonaise, à l’opposé de toutes les déviances qui émaillent ses films. Il y aurait même du yokai érotique dans l’apparition de cette bijin dénudée dans ce trou du cul du monde uniquement composé de mauvaises herbes, de cailloux et de bancs ancestraux. Méfiance, cela cache quelque chose, et puisqu’elle nous cache son mont de Vénus, contentons-nous donc de l’imaginer par la présence ironique du mont Fuji qui, lui, ne fait rien pour se cacher.

Non, vraiment, à la réflexion, dans le style érotique fantasmatique, une chouette photo. Merci Monsieur Hefner.

De rien gamin !

Du même tonneau (ou presque) :

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7 Commentaires

  1. Susan Bernard, définitivement (encore que China Lee)…

  2. J’ai enfin pris le temps de cliquer sur les liens DC…
    Felicitations pour tes bulles.
    C’est du travail propret. Ki ni itta.

    En ce qui concerne tes Bijins et tes reflexions : 100% d’accord avec toi.

    Je rajouterai que perso, depuis longtemps (toujours ?) les modeles et actrices erotico-pornographiques « occidentales » ne m’inspirent en general que de la perplexite, voir meme du degout en ce qui concerne les productions pornos…
    (Une fixette sur les japonaises sans aucun doute.)

    Sauf avis contraire, je place un lien vers ton blog chez La Licorne.

    Dr Ikkakujuu

  3. @ A.rnaud : ouais, assez irrésistible la p’tite Susan. Mais China, outra sa plastique, a deux arguments qui pèsent dans la balance (non, ce n’est pas ce que tu penses, j’ai dit « outre sa plastique » bon sang!) :
    – C’est la première asiatique a avoir été élue Playmate of the Month (comment ça « on s’en fout » ? C’est génial merde!)
    – Elle fait, à la fin d’un film intitulé « What’s up Tiger Lily? », un petit strip pour un binoclard bien connu en train de manger nonchalamment une pomme sur un canapé :

    Eh oui ! C’est Woody lui ayant promis un jour qu’elle aurait une petite scène dans un de ses films, accepta de lui confier ce « rôle ». Et comme dans le showbiz on ne rend pas ce genre de service sans un juste retour des choses, tu es peut être sûr que le corps de China a accueilli à un certain endroit (voire plusieurs) le zigouigoui d’un maître du cinéma comique américain. Toutes les playmates ne peuvent évidemment se targuer de cet exploit.

    Sinon, Cynthia Myers, une des égéries de Russ Meyers (et qu’il a dû se taper lui aussi, décidément, le métier de cinéaste comique est intéressant) est pas mal non plus dans le genre « gonflé ».

    @u Doc : Eh bien merci. Sans être aussi exclusif que toi en matière de bijin, je dois avouer qu’il y a aussi, quelque part dans un coin de mon crâne, ce que l’on peut appeler une « fixette » pour les Japonaises. « Prisonnier des Japonaises » en quelque sorte, même si un rail de Playboy ne m’a jamais effrayé (les modèles du photographe norvégien Petter Hegre non plus ; d’ailleurs, il semble s’être mis depuis quelque temps à la bijin 100% native du pays cher à notre coeur, l’érotisme occidental rencontre les fleurs de cerisier, belle osmose!).

    Oui, belle osmose, que dire d’autre ?

    Merci pour le lien. Ça me fait d’ailleurs penser qu’il faudrait que je refonde un peu ma rubriques de liens. J’verrai ça ce WE. D’ici là, bonne fin de semaine et n’oublie pas de boire frais (t’as vu ? on recrute !).

  4. « DC recrute »

    Oui et bien que je n’eusse pas pris la peine de compter j’avais aussi principalement remarque la condamnation de Meganekun et du Boddicker a exercer un trust editorial eprouvant.
    Refiler les codes nucleaires au Doc serait d’une inconscience prodigieuse.

    Hegre in Tokyo…Joli.
    J’ai mis 3 bonnes minutes pour remarquer le dragon sur l’affiche.

  5. « J’ai mis 3 bonnes minutes pour remarquer le dragon sur l’affiche »

    Perso, il m’a fallu lire ce commentaire pour le remarquer… Joli, je trouve…

  6. Je cherche toujours le dragon. Ah j’ai compris, c’est un genre d’image subliminale, une illusion d’optique ? il faut fixer les deux points noirs au centre et un dragon apparait en transparence ?

    oh…..

    oh….

    ok…je l’ai.

    oh….

  7. Excellent article cher Olrik,
    Ça me donne envie de me replonger dans de vieux Play Boys ça…
    Le Heff, quand même, c’est un grand monsieur…

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