Kimi no Yubisaki (Hiroshi Ishikawa – 2007)

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Quand on voit Kimi no Yubisaki, on se dit que l’on est face à du Ishikawa pur jus. Ceux qui ont vu Su-Ki-Da et Tokyo Sora ont tout de suite l’impression de se trouver en terrain familier. Quelques accords de guitare acoustique, accords qui laisse la place à une bande son résonnant uniquement des paroles des personnages et du bruit de leur environnement (ici du vent et des vagues), longues plages de dialogues minimalistes étalés sur des plans séquences, et surtout ce thème de l’amour qui n’arrive pas à se dire. Pas de doute donc, on se trouve devant du Ishikawa. À la différence près qu’il s’agit ici d’un court métrage de 17 minutes (15 moins le générique), avec les avantages et les inconvénients que cela présente.

Le film se veut le témoin de l’aveu de l’amour que ressentent l’une pour l’autre deux jeunes filles filles en fleurs, Makita et Fujisawa. La première, très jolie, est en jupette tandis que la seconde, aux traits plus épais, en pantalon. Ce symbolisme annonce d’emblée la couleur : tout sera dans le non-dit et dans les circonvolutions métaphoriques. Incapables de dire clairement leur amour, les deux jeunes filles (en particulier Makita) ne ont avoir de cesse d’évoquer des éléments naturels pour faire passer le message. Les oiseaux, l’océan, la lune, le ciel, c’est une collection de tentatives imagées pour essayer de sonder les sentiments de l’autre.

MakitaFujisawa

Au premier abord, on serait tenté de trouver ces mignardises de jeunes filles insupportables. La scène sur ce geste qui consiste de faire pression sur les doigts, avec ses trois minutes, tire franchement en longueur. Mais d’un autre côté, nous nous trouvons face à une miniature réaliste. Face à la timidité, on louvoie, on trouve des expédients avant de trouver la courage nécessaire pour surmonter sa timidité et avancer d’un pas vers l’autre, par exemple en établissant un contact physique symbolique.

Du vieux gag de l’araignée faisant des pompes sur un miroir…

… au premier contact qui, n’en doutons pas, met intérieurement nos Andrée et Albertine dans tous leurs états.

La perception d’un temps qui dure, ou plutôt d’une écart entre sa durée et le peu de choses qui y sont représentées, est donc plutôt logique, en tout cas en adéquation avec l’esthétique d’un Ishikawa. Et de ce point de vue, Kimi no Yubisaki apparaît comme une petite chose particulièrement bien orfévrée. Et les deux actrices  (Maki Horikita et Meisa Kuroki) n’y sont pas étrangères, je pense à cette scène où, dans une succession de champs/contrechamps, elles font sentir au spectateur, qui se trouve à la place de chaque locutrice, et ce grâce à des expressions fugaces, le bouillonnement de leurs sentiments.

Fujisawa en réceptacle rassurant et enjôleur d’un aveu qui tarde à venir.

Et puis, arrive l’aveu. Makita, après avoir dit qu’elle aime la lune de tout son cœur, ajoute qu’elle aime aussi son amie… de la même manière qu’elle aime la lune. S’ensuit un moment de flottement un peu gêné où l’on se dit que  malgré tout les deux personnages vont enfin parvenir du statut d’amies intimes à celui d’amantes. Mais c’est sans compter sur cette incapacité qu’ont les personnages d’Ishikawa à communiquer leurs sentiments. Makita finira par craquer et rebrousser chemin. « Non, je plaisantais » dit-elle piteusement à son amie. La cassure avec l’ambiance touchante qui précédait est immédiate. Aux images surexposées qui baignaient les personnages dans une lumière idyllique succèdent des images plus froides. Aux mines souriantes, des visages plus fermés. À un geste de premier contact portant en lui les prémisses d’un certain érotisme, le même geste, mais cette fois-ci synonyme d’adieu.  Le film se solde donc par un échec et donne à cette histoire l’apparence d’un conte cruel de la jeunesse.

De la surexposition à la froideur

Finalement, pour peu que l’on prenne un peu de recul par rapport à ces atermoiements de post-adolescentes, Kimi no yubisaki est un excellent court-métrage. Reste que je ne peux m’empêcher d’imaginer ce que cette longue scène d’aveux aurait donné dans l’écrin d’un long métrage. Il me semble qu’il manque un « avant », un avant qui aurait permis au spectateur de se familiariser avec les personnages, d’être plus intime avec leur personnalité et partant, de ressentir de plein fouet le tragique qui se noue lors de cette scène.

Le film est disponible en DVD chez Happinet sans sous-titres mais on le trouve facilement sur Dailymotion. En voici une version sous-titrée anglais (en deux parties):

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3 Commentaires

  1. Finalement, c’est un thème assez convenu, la représentation du sentiment amoureux chez l’adolescent. Le coté très ‘oui non je sais pas…’ est ici renforcé par le côté prétendument tabou de la relation entre 2 personnes du même sexe, qui du coup passent de l’aveu difficile à l’aveu quasi-impossible. Je suis pas forcément fan, et ça aurait pu se finir autrement (non, pas dans la cabine d’un semi-remorque sur une aire d’autoroute). De l’action seule, ça manque de fond, du sentiment seul, ça manque de panache, bref il aurait fallu trouver un juste milieu pour éviter ce sentiment d’inachevé.

    En somme, le sophisme, mille fois oui, mais faite voir putain, soyez sympa !

    Alex, otoko after all.

  2. Thème convenu oui, mais j’ai pas souvenir de l’avoir vu étalé de cette façon sur 15 minutes et n’épargnant pas le moindre atermoiement, la moindre futilité au spectateur. C’est ce qui m’a intéressé même si je comprends parfaitement tes réticences, notamment pour la fin.
    Pour l’action, t’inquiète! je t’en servirai vendredi sur DC va! et de la saignante encore!

  3. Bonjour,
    merco pour votre article. Vous avez mis exactement les mots qu’il fallait sur ce que j’avais ressenti.
    Ce petit film est extraordinaire.
    « Su-ki-da » maintenant ! (je le trouve pô…)

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