Coup d’essai, coup de maître. C’est la formule que l’on pourrait appliquer à Akiko Yano lorsqu’en 1976 elle sort son premier album, Japanese Girl. Née en 1953, elle témoigne très vite d’évidents dons musicaux. À 3 ans, elle impressionne son monde au piano, à 15 elle décide de monter à la capitale pour poursuivre son étude de la musique, elle y joue dans des boîtes de jazz où  elle gagne un certains respect d’autres musiciens, puis à 21 elle se rend à Los Angeles afin d’y réaliser son premier album. Certains artistes en bavent pour percer. Pas Yano. Elle trouve en effet aux États-Unis des anges gardiens en la personne de Lowell George et des membres de son fameux groupe Little Feat qui l’aident à produire son album.

Et si George est un ex-membre des Mothers of Invention, je vous prie de croire que Japanese Girl n’a rien de « freak ». Le résultat est  une petite merveille qui emprunte à une multitude de genres. On pense aussitôt en l’écoutant à ces artistes américaines chantant tout en jouant du piano, telles Carol King ou Laura Nyro. Ce morceau en est un exemple frappant :

Mais limiter Yano et cette filiation serait injuste. À vrai dire, Yano est une artiste (et elle est apparue comme telle à ceux qui ont croisé son chemin à cette époque) extrêmement douée musicalement (et belle en plus, y’en a, franchement…).  Il est difficile de discerner un morceau faible dans cet album tant, quelque soit le style musical abordé, tout respire la facilité. Un des morceaux les plus frappants est Funamachi uta, dont les percussions lourdes, les instruments à sonorité traditionnelle, la performance vocale de Yano et les cris réguliers à l’arrière-plan fusionnent magnifiquement pour donner une formidable ambiance aérienne. En voici une splendide version live donnée en 2008 :

Autre bijou, Helicopter, morceau à la douceur nimbée de cordes mais aussi de percussions et de cris propres au théâtre Nô :

C’est une des constantes de cet album : l’intégration d’instruments propres à la musique traditionnelle japonaise. Cela aurait pu déboucher sur un effet « couleur locale » un peu facile voire de mauvais goût. Mais habilement mélangée à une atmosphère plus folk-rock, on obtient quelque chose d’imparable et qui n’a pas pris une ride. Un must have pour toute personne voulant se constituer une discothèque de rock nippon digne de ce nom.

On termine avec une curiosité : une reprise de kaze wo atsumete de Happy End. Les amateurs du Studio Ghibli trouveront sans doute ici la voix de Yano familière.  C’est normal, c’est elle qui a composé la musique deTonari no Yamada. Cette voix nasillarde toute en minauderies est d’ailleurs sa marque de fabrique dans nombre de chansons. On aurait tort de la lui reprocher. Axl Rose chantant sans pousser des feulements de chats venant de se coincer une burne dans la porte, est-ce que ce serait la même chose, je vous le demande ? Non hein ?  Eh bien là c’est pareil.

Du même tonneau (ou presque) :