The Last Dance en fauteuil roulant

Actuellement, j’attends comme le messie la journée du lundi et ses deux offrandes qu’elle me remet depuis quelques semaines, à savoir deux épisodes de The Last Dance, sur la glorieuse épopée des Chicago Bulls sous l’ère Jordan, dans les années 90. Le documentaire est riche en images d’archives étonnantes, et pour qui aime le basket, l’a pratiqué en club, et a grandi en punaisant sur les murs de sa chambre des posters de James Worthy et de Danny Ainge (oui, Ainge le mal aimé, le détesté, mais que voulez-vous, je récupérais les posters que je trouvais dans les magazines de l’époque), c’est une fabuleuse madeleine.

Madeleine qui m’a donné envie de me remettre aux mangas. Cela faisait longtemps que je n’avais rien lu, profitant du confinement pour me goinfrer de littérature comme à ma grande époque. Mais que lire ? Quand on dit « manga de basket », on songe tout de suite à deux titres : Kuroko no Basket et (surtout) Slam Dunk. J’ai vu pour chacun l’adaptation animée qui en avait été tirée. Au charme so 80’s de celle de Slam Dunk a répondu quelques années plus tard le délire jouissif des coups spéciaux façon Saint Seiya dans celle de Kuroko. A chaque fois, immense plaisir. Après, pour ce qui est de tout reprendre à travers leur manga respectif, avantage à Slam Dunk, souvent cité comme étant LE manga de basket, voire LE shonen sportif.

Ne restait plus qu’à se procurer les tomes de Slam Dunk mais là, j’étais pris un peu de court. La nouvelle édition (la « Star Edition ») me semble un poil onéreuse pour ce qu’elle est. Quant à d’éventuels scans de qualité à trouver sur le net, je pouvais repasser.

Du coup, en attendant des circonstances plus favorables, je me suis rabattu sur une autre œuvre d’Inoue traitant du basket :

Real

 

Particularité : le manga traite du basket en général mais en particulier du handibasket. Le thème de la blessure étant un motif bien connu de la mécanique narrative du shonen de sport, j’allais sans doute me confronter là à de nombreuses affres de personnages accidentés, fauchés par la vie et se demandant quoi faire pour lui redonner sens. Cela n’a pas raté et c’est tant mieux car c’est la grande richesse de Real qui pourra paraître moins lumineux que Slam Dunk mais en même temps plus complet, touchant aussi bien à la légèreté qu’à une gravité toute réaliste.

Ici, il est bien difficile de déterminer un personnage principal. Si le bolosse Nomiya, grand fan de basket, évoque tout de suite le Sakuragi de Slam Dunk, il est loin d’être systématiquement présent, cédant parfois sa place à d’autres personnages durant de nombreux chapitres. On a ainsi le portrait de Togawa, lycéen prometteur dans la pratique du 100M mais qui, atteint d’un cancer des os, doit se rabattre sur le handi-basket. Takahashi était lui autrefois un lycéen du genre bâton-merdeux plutôt fort au basket. Touché par un rude accident de la route, il a dû faire une croix sur ses jambes et commencer un parcours du combattant dans son hôpital pour se redéfinir, mieux comprendre sa famille et redonner un sens à sa vie. Dans cette quête il fera d’étonnantes rencontres, comme celle d’un vieux otaku handicapé comme lui, mais aussi celle d’une star du catch bien décidée à retrouver ses jambes : Scorpion Shiratori.

Ces trois fils narratifs s’entrecroisent, se répondent, souvent pulsés par l’évolution de Nomiya, gorille relou mais sympathique à l’enthousiasme communicatif. Chacun des personnages connaissent des moments de mou puis des heures plus enthousiastes. A ce jeu d’entrecroisements, Inoue excelle, y injectant une pléthore d’autres personnages intéressants, comme la jeune Azumi, secrètement amoureuse de Togawa (lien amoureux juste suggéré), et qui elle aussi doit songer à donner du sens à sa vie après le lycée, mais aussi les parents de Takahashi.

Comme avec Slam Dunk, on est dans une aventure humaine mais là où dans Slam Dunk elle parachavait glorieusement les années lycée, elle sort de ce cadre dans Real pour toucher toutes les générations, avec en plus, cerise sur le gâteau, le trait d’Inoue qui depuis Slam Dunk a évolué et gère parfaitement aussi bien les scènes d’introspection que les scènes de basket. Rien à dire évidemment sur les scènes de basket traditionnel, avec des joueurs sur leurs deux jambes comme Nomiya. Se fixant pour but de passer pro, Nomiya accède à un camp de sélection et les planches que dure cet arc procure son lot de planches savoureuses et explosives. Et c’est aussi le cas pour celles de handibasket dont on peut penser qu’elles ont dû constituer un challenge pour Inoue. Donner l’impression du mouvement, de la rudesse des contacts, de la virtuosité individuelle en se privant des poses splendidement athlétiques d’un Rukawa (un des personnages phares de Slam Dunk), ce n’était pas gagné d’avance. Et pourtant, force est de constater que ces scènes sont très prenantes aussi. A la place des jambes, on a ceci, un fauteuil…

Véritables bolides aux roues de biais, ces fauteuils deviennent sous la plume d’Inoue l’équivalent circulaire des jambes de basketteurs. L’alchimie entre ces troncs aux bras levés et cette assise de métal se fait parfaitement et à aucun moment on se dit qu’il y a dans ces scènes une absence de lisibilité, au contraire.

En quatorze tomes, Inoue livre une œuvre maîtresse, injustement dans l’ombre du phénomène Slam Dunk. On pourrait juste lui reprocher une fin laissant un goût d’inachevé mais ce n’est pas anormal non plus car pour tous ces personnages, féminins comme masculins, vingtenaires, quadra ou quinquagénaires, l’heure de The Last Dance sera sans cesse repoussée avant le buzzer final.

Un manga vraiment splendide.

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4 Commentaires

  1. “Slam Dunk” est un must… Ça vaut le coup de casser sa tirelire, crois-moi.

  2. D’autant que j’en connais deux qui le liraient bien volontiers, moyen de rentabiliser l’achat…

  3. Waouh !! Cette planche dans laquelle on peut voir des joueurs en action est juste fabuleuse. Je suis passé un peu à coté des mangas de basket (étonnant), mais je vais m’y intéresser (d’autant que tu m’avais déjà conseillé sur le sujet).

    Je viens de voir l’épisode de The Last Dance sur Rodman, et çà aussi c’est complètement dingue… Bref, je finis la dernière épopée de Jordan et ses lieutenants et je vais lire ce “Real” !!

  4. La planche est juste un exemple parmi tant d’autres. Inoue vénère ce sport et prend manifestement son pied à en restituer graphiquement la dynamique.
    J’ai fini The Last Dance et ça reste très bon, avec au final un portrait de champion pas sombre mais fortement nuancé. Ca m’a donné envie de rejouer à NBA 2k20 sur Switch.

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