Opération sageo !

Après trois articles « bijins de la semaine » on va peut-être se calmer, je ne voudrais pas que l’on s’imagine que le confinement se passe pour moi à trier et contempler des tombereaux de photos de fascinantes bijins plus ou moins habillées. Car le confinement, c’est aussi l’occasion de faire des trucs et des machins qui avaient jusqu’alors toujours été repoussés aux calendes grecques. Ainsi, les nœuds. Non, je sais ce à quoi tout de suite vous pensez, il n’y aura pas de critique aujourd’hui d’un nouveau pinku eiga ! Quand je parle de nœud, je pense en fait au noble art du nouage de sageo de la saya.

Gni ?

Allez, j’arrête de jouer à l’homme mystère, j’explique ce que c’est : une saya est un fourreau dans lequel on insère un katana et la sageo est la lanière qui y est attachée, lanière souvent nouée de manière complexe lorsqu’il s’agit d’un katana de décoration. A la maison, j’ai deux joujoux de ce type. Le dernier en date est celui-ci :

Le Musashi Koshirae (trouvable sur Tozando). Il faut vous dire que jadis j’ai eu pratiqué le iaido en club, en fait cinq années avant que le sensei ne décide d’arrêter l’enseignement. C’était une chance improbable car les clubs de iaido ne courant pas les rues, en voir un dans une ville de moins de vingt mille habitants doit être assez rare en France. Maintenant que le club n’existe plus, j’avoue que je n’ai guère l’occasion d’utiliser mon katana (plus précisément mon iaito, un katana non tranchant destiné à la pratique du iaido) pour pratiquer l’un des douze katas du seitei-ai. Mais bon, il m’arrive encore de l’utiliser dans le jardin pour m’exercer à faire des coupes dans le vide, uniquement pour le plaisir d’entendre le sifflement de l’air fendu par la lame.

Avant ce iaito, j’avais (et j’ai toujours) un katana de décoration, réplique de celui ayant appartenu ou samouraï Minamoto no Yoshitsune. Il s’agissait d’un cadeau de mon beau-père lors de mon mariage au Japon avec Madame Olrik. Non tranchant lui aussi, je m’étais dit au moment de commencer les cours de iaido, alors que je n’avais pas de matériel pour le pratiquer, qu’il aurait pu parfaitement faire l’affaire. Et puis, commencer la pratique avec le katana de Yoshitsune, grisant quoi !

J’avais donc radiné au premier cours avec sous le bras mon katana de décoration pour demander son avis à mon sensei. Un peu dubitatif il le prit tout de même respectueusement et le sortit de sa saya afin de le prendre en main et de le soupeser. Selon lui l’engin, avant tout destiné à la décoration, n’était pas assez bien équilibré pour la pratique du iaido mais je pouvais malgré tout l’utiliser en attendant de me procurer un vrai iaito, à ses yeux indispensable si je voulais progresser. Après avoir acheté rapidement un iaito pour la pratique puis surtout le iaito Musashi, ses sages paroles étaient tout ce qu’il y a de plus vrai. Faire des coupes et des katas avec un iaito lourd et mal équilibré peut très vite fatiguer.

Bref, je décidai d’utiliser le katana Yoshitsune en attendant. Par contre subsistait un dernier obstacle : le nœud du sageo. Et mon sensei de se saisir du fourreau et de le dénouer illico, m’expliquant que la gestion du sageo était partie intégrante du iaido. Sur le coup je m’étais dit « pas grave, je le referai » mais une fois rentré à la maison, voyant le sageo pendouiller le long de la saya et surtout après avoir vu sur le net la gueule du nœud une fois constitué je me dis que ça allait être tout de même bien chaud de le refaire. Bon, on verrait cela plus tard !

Un plus balèze que de faire un noeud à ses grolles.

Et puis les semaines, les mois et les années passèrent. Le katana a pris la poussière dans un coin de mon bureau, avec son sageo lamentablement emberlificoté autour. Avec le confinement, l’envie d’un nettoyage de printemps drastique m’est venue, histoire de faire du tri dans mes collections de collections (jamais simple, j’ai toujours envie de tout garder). En triant mon mon bureau où traînait le katana dans un coin, mon regard est tombé dessus et je me suis dit qu’il serait quand même grand temps de faire sa fête à ce maudit nœud que je désespérais de retrouver dans sa forme initiale. Le soir même je m’attelai à la tâche.

Première étape : retrouver sur le net un tutorial permettant de faire un nœud identique. Pas simple car ce type de nœud tient compte de deux petite attaches en cuir à l’intérieur desquelles le sageo doit passer. Or, la plupart de tutoriaux concernent ce genre de nœud :

Nulles attaches en cuir ici. Je suis bien retombé sur des photos montrant l’apparence finale du nœud, mais sans les étapes progressives, impossible bien sûr de le reproduire. Après une demi-heure de recherches dans le vide je commençais à désespérer lorsque je tombai dans le moteur de recherche de google images, après avoir tapé « 下緒の結び方 », sur ces photos :

Ah là ! Ça commençait à sentir bon et après avoir cliqué, Ô joie ! plusieurs dizaines d’images explicatives m’apparurent ! C’était in ze pocket enfin, en théorie du moins. Je craignais que la succession d’images n’aille trop vite et me laisse à un moment donné perplexe, voire totalement perdu. Mais en fait cela n’arriva pas, le mec qui a pris les photos a pensé à tout. Dans l’ensemble l’opération s’est donc faite sans trop de difficulté.

De toute façon, avec ma figurine Fujiko Mine qui m’encourageait, impossible de foirer !

Image après image, en scrutant bien les détails, j’ai eu le plaisir de le nœud reprendre forme.

Courage Olrik, tu y es presque !

Avec en prime le petit sentiment grisant d’utiliser ses mains pour la pratique d’un art ancestral. J’imagine que les samouraïs étaient rompus à cet exercice et que le nœud devait être exécuté en deux temps trois mouvements. Du reste, avec l’hojōjutsu (l’art martial pour ligoter les prisonniers), ils devaient avoir dans ce domaine autant de dextérité que Popeye ou Archibald de Haddock lorsqu’il s’agissait d’exécuter des nœuds en pleine mer.

Entre parenthèses, juste pour informer hein ! (et non pas parce que l’article manque de photos de bijins)  l’hojōjutsu a pu évoluer au fil des siècles dans une pratique que l’on appelle le shibari (amateurs de pinku, inutile de faire semblant de ne pas connaître) et dans laquelle il s’agit de faire non pas des prisonniers mais un certain type de prisonnières :

Encore une fois, c’est juste informatif !

On voit un nœud au-dessus du sein droit, nœud qui sera le prélude à une quantité d’autres autour de l’épiderme de Naomi Tani. Ce qui m’amène au passage à me demander s’il n’y aurait pas dans le nouage de sageo une portée érotique. Je regrette tout à coup de ne pas avoir fait le nœud de mon katana Yoshitsune tout en pensant à Naomi Tani, Junko Mabuki, Izumi Shima, Nami Matsukawa, Miki Takakura, Ran Masaki bref, à toutes ces glorieuses « SM Queens » de la Nikkatsu. Finalement, des samouraïs aux bidasses de Full Metal Jacket donnant un nom à leur fusil, l’entretenant sous toutes les coutures et dormant avec, il n’y a peut-être qu’un pas.

En tout cas, si les beaux-parents maintiennent leur venue cet été en France (mais malheureusement rien n’est moins sûr avec les événements actuels), je serai fier de leur montrer leur beau cadeau trônant sur les tatamis du salon. Le nœud n’est sans doute pas aussi parfait qu’à l’origine, il faut que je trouve la combine pour parfaitement le serrer, tout cela est encore un peu lâche, d’autant que le sageo est plus épais que celui sur le turorial, mais bien dépoussiéré et bien lustré, c’est bon, l’objet capte de nouveau le regard comme la plus belles des SM Queens.

 

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