Bijin de la semaine (56) : Kyoko Otonashi

Revoir Maison Ikkoku en VO lorsqu’on l’a découvert adolescent sous le titre insipide de « Juliette je t’aime » et avec l’atroce générique de Bernard Minet (nulle affection pour ce machin, certains l’ont, moi pas), c’est la promesse d’une authentique redécouverte avec pour fil conducteur ce mot, « seinen », mot qui l’époque de cette fin des 80’s ne disait rien aux téléspectateurs et que de toute façon ils ne risquaient pas de découvrir le caviardage de la série par AB productions.

Le magique deuxième générique de la série (Alone again, de Gilbert O’Sullivan). On est tout de suite un peu à un autre niveau que les Musclés.

Actuellement, à la Maison Oluriku, on se mate chaque soir, au moment du dîner un épisode en V.O., et je dois dire que c’est un pur délice. Je savais bien à quoi m’attendre, le visionnage de la VF m’avait tout de même marqué, comme nombre d’autre séries à l’époque, mais je ne pensais pas que ce serait aussi bon. D’abord grâce à cette plongée dans un Japon quotidien riche en détails. La forme d’une bouteille de whisky qui évoque une certaine bouteille de la marque Suntory, les trois notes de musique résonnant dans le quartier et évoquant le marchand ambulant de tofu, les conbinis et leur rayon magazines de charme, les enseignes des petites échoppes, les furin (clochettes) tintant grâce au vent… interminable serait la liste de tous ces objets, de tous ces moments appartenant au Japon et sans cesse renouvelés de par le rythme des journées et celui des saisons (que la série s’attache aussi à joliment retranscrire). Lorsqu’on tombe sur un épisode faible (ou en tout cas qui nous plait moins, le terme paraît un peu dur tant les épisodes offrent une qualité minimale dans leur histoire), c’est là un aspect qui permet de s’accrocher en dispensant un plaisir certain à se plonger dans un Japon modeste et contemporain, où la beuverie avec force verres de spiritueux typiquement japonais alternera avec une visite au temple ou une simple promenade dans le calme d’un quartier populaire à la fin de la journée.


Et puis il y a donc toutes les histoires égrenées tout le long de ces 96 épisodes à travers des personnages dès le début irrésistiblement sympathiques. Takahashi aurait pu se perdre en créant une multitude de personnages dans cette pension Ikkoku. Judicieusement, elle a opté pour une base limitée à six êtres (Kyoko Otonashi, Yusaku Godai, Hanae Ichinose et son fils, Yotsuya et Akemi Roppongi), permettant de les rendre extrêmement familiers au spectateur. On a assez vite un sentiment de promiscuité, une impression de connaître sur le bout des doigts ces personnages en faisant partie nous aussi de cette pension Ikkoku. Et pour éviter toute lassitude, Takahashi fait intervenir des personnages secondaires (le beau prof de tennis, la jeune Kozue amoureuse de Gyodai, les propres parents de Kyoko…) qui permettent de pimenter les rapports et les discussions du sextuor. Pendant 96 épisodes, c’est toujours pareil, et en même temps toujours différent. Et avec en ligne de mire l’éternelle question : Godai kun va-t-il réussir à faire renoncer Kyoko et son veuvage pour se marier avec lui ?

Et là, il faut reconnaître à la série une autre grande qualité, celle de ne pas avoir raté son personnage féminin principal. Surtout en VO car débarrassés de la voir de cruche en VF, on redécouvre là aussi le personnage de Kyoko à travers une approche plus seinen. Evidemment, on n’est pas au même niveau qu’une chronique amoureuse telle que Quand nous vivions ensemble de Kamimura ou du Club des divorcés (dont le personnage se prénomme d’ailleurs lui aussi Kyoko et doit faire face non pas à un veuvage mais à un divorce). Mais on retrouve dans Ikkoku chez tous ces personnages parfois un peu guignols des préoccupations totalement adultes. Il y a chez Takahashi un art du sous-entendu qui pourra passer inaperçu chez le jeune spectateur encore un peu candide mais qui fera les délices du spectateur plus âgé. C’est par exemple une grivoiserie de bon aloi dont j’imagine que les quelques scènes bien innocentes ont dû être coupées lors de leur diffusion en France. Ainsi le personnage de Kyoko est-elle gentiment sexualisé, accentuant le contraste entre cette femme cherchant perpétrer jusqu’à sa mort une dignité de femme dans son veuvage, et un corps d’une petite vingtaine d’années fait pour continuer à être désiré.

Oups !

Et puis, il y a la personnalité de Kyoko. Ou plutôt son petit caractère. Là aussi, je crois que la voix de la doubleuse française a pas mal contribué à me faire de Kyoko une image de potiche insipide. Or, Kyoko, c’est tout sauf ça. Si, comme Godai, on peut être aussi attentif à déceler une posture kawai ou sexy de Kyoko, on pourra aussi faire ses délices de certaines sautes d’humeur volcaniques que la jeune femme laisse parfois exploser ou manifestera dans une posture totalement sukeban style :

Aussi bien Kyoko ne pouvait qu’apparaître un jour dans cette série des « bijins de la semaine ». Aux midinettes, aux petites-amies pas toujours très intéressantes des héros des shonens, elle est le trait d’union, le chaînon manquant entre Bulma et une héroïne de Kamimura. Une femme encore adolescente dans ses réactions de fille unique et gâtée qui veut malgré tout faire sa propre vie, mais aussi une femme adulte, tout simplement, avec ses désirs et ses interrogations, rendue magiquement accessible et sympathique à un public aussi bien d’enfants et d’adolescents, garçons comme filles, et qui découvrent, de par l’art génial de dame Takahashi (1), une chronique amoureuse entre deux adultes, chronique attachante sans être cucul, profonde sans être ennuyeuse. Une perfection de série (et de manga) portée par une perfection de bijin.

(1) Au fait à quand un couronnement à Angoulême ? Après Otomo et Toriyama, un Grand Prix pour la grande mangaka n’aurait rien de scandaleux.

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2 Commentaires

  1. Intéressant, je ne me suis jamais vraiment penché sur cet anime, surement rebuté par l’emballage AB Prod et son générique dégueulasse ou peut-être étais-je plus intéressé par d’autres séries à l’époque… a voir donc…

    • Je pense qu’à l’époque tu étais totalement intoxiqué par Muscleman et que tu as du coup été moins sensible aux charmes de Kyoko et de cet anime. Faudra que tu répares cela, c’est une série familiale imparable.

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