Solomon’s Perjury (Izuru Narushima – 2015)

Un matin de Noël, Ryoko et son ami Kenichi découvre un cadavre sous la neige, dans l’enceinte de leur lycée. Il s’agit d’un camarade, Kashiwagi. La thèse du suicide ne semble faire aucun doute néanmoins des lettres anonymes font entendre une voix discordante. Selon elles, Kashiwagi aurait été balancé du haut du bâtiment par Oide et ses deux potes, petit clan bien connu pour persécuter parfois sauvagement leurs “camarades de classe”. Ryoko, persuadée qu’il s’agit d’un assassinat, décide de prendre les choses en main pour découvrir la vérité. Aidée de Kanbara, un ami de Kashiwagi, et d’une poignée d’élèves volontaires, elle va mettre en place un procès dans le gymnase de son lycée afin de découvrir ce qu’il s’est réellement passé…

Adapté d’un roman de Miyuki Miyabe (auteure que l’on peut lire en France chez Picquier), Solomon’s perjury est un fait un diptyque de 4H30 ! Cela dit pas de crainte à avoir tant les deux films se matent comme un drama bien ficelé. Dans le premier film (2H00), on assiste à la découverte du crime, l’hypothèse du suicide puis celle de l’ijime criminel, hypothèse adoptée par Ryoko car la jeune fille se souvient avoir assisté à une violente persécution d’Oide sur deux de ses camarades de classe et n’avoir rien fait pour l’aider, par peur. Ce moment de faiblesse pèse d’ailleurs beaucoup sur la conscience de la lycéenne qui voit dans cette histoire de procès le moyen d’agir afin de tourner la page de cette pénible histoire. On découvre surtout que les deux camarades persécutées (Juri et Matsuko) sont les auteures des lettres anonymes. Dès lors le spectateur se demande s’il y a bien eu assassinat ou bien si tout cela n’est pas une tentative pour se venger personnellement de cet Oide. Enfin, du côté des professeurs, on voit nettement deux clans se dessiner. D’un côté ceux pour qui l’affaire est close, il s’agit d’un suicide et cela ne nécessite pas de ruminer l’affaire éternellement. De l’autre des professeurs qui se positionnenent nettement du côté des élèves, avec parmi eux l’excellent Kitao sensei, rugueux professeur de sport interprété par… Yutaka « Goro Inogashira » Matsushige (toujours un plaisir de voir sa trogne familière).

On ne s’ennuie pas lors de cette première partie. Les différentes questions en suspens ainsi que les affres de certains personnages tiennent en haleine, un peu à la manière d’un film de Nomura. Le réalisateur, Izuru Narushima, a su transformer le roman en un bon script et la photographie très soignée ne gâche rien. Enfin il y a les acteurs. Un peu émoussé après avoir vu l’horrible Re:mind sur Netflix, avec son cortège d’actrices adolescentes incapables de bien jouer, je dois reconnaître ici que la ribambelle de jeunes acteurs suscite d’emblée la sympathie. Chose importante car cela permet de préparer la réception du deuxième volet qui consacre une heure et demie (sur 2H30) au procès. Pensez, un procès fait le plus sérieusement du monde par des gamins dans le gymnase de leur bahut ! il y a de quoi être sceptique. Il y a aussi de quoi être agacé par des mômes qui apparaissent en train de singer les grandes personnes. Eh bien ce risque est malgré tout écarté tant les jeunes acteurs parviennent à donner de la tenue à l’entreprise de leurs personnages. On est comme ces adultes assis dans la salle, on écoute sagement et même avec beaucoup d’intérêt les plaidoiries de ces magistrats en herbe. Et lorsque arrive la vérité qui est forcément plus complexe que la double proposition suicide/assassinat, on retrouve un peu de l’émotion ressentie lors de la fin de certains films de Nomura.

Bref, sans être le film de l’année 2015, Solomon’s Perjury propose une incursion tout à fait décente dans l’univers de Miyuki Miyabe, avec quelques jeunes acteurs qu’il sera probablement bon de retrouver ultérieurement dans d’autres films (au passage, Ryoko Fujino, qui incarne… Ryoko Fujino, avait été vue dans le Creepy de Kurosawa).

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