La photographe (Kenichi Kiriri)

Sur la quatrième de couverture : « Un titre d’exception à mi-chemin entre L’homme qui marche et Le Gourmet Solitaire ». Signé Jiro Taniguchi.

Plutôt alléchant, et quand en plus le sujet est une lycéenne, Ayumi, pratiquant la photographie au gré de ses escapades dans Tokyo, j’avoue qu’il devient difficile de résister. La lecture du premier volume achevée, qu’en penser ?

D’abord que l’on voit bien ce qui a pu séduire Taniguchi. Les histoires, composées de cinq planches, relatent l’arrivée d’Ayumi dans un quartier de Tokyo, l’appareil argentique à la main, pour déambuler, découvrir des endroits, tomber sur des gens à la silhouette intéressante, et parfois discuter avec eux. Une plongée dans un quotidien qui perd son aspect banal pour peu que l’on sache l’observer (c’était le cas de l’Homme qui marche).

Après, on peut se demander si le format des cinq planches n’est pas limité pour faire sentir cette déambulation contemplative, d’autant que la narration est accompagné d’une multitude de récitatifs émanant d’Ayumi qui raconte les détails de sa promenade. Cela donne parfois un côté guide touristique qui n’est pas forcément déplaisant car l’auteur s’est efforcé de faire découvrir des endroits sortant des sentiers battus, mais qui donne d’une autre côté une certaine densité qui éloigne du plaisir que l’on pouvait avoir à la « lecture » des planches quasi muettes de l’Homme qui marche.

Et puis, il y a cette thématique de la photographie qui apparaît très vite comme un prétexte pour raconter des promenades et faire découvrir des lieux. Là aussi, ce n’est pas gênant en soit et pourtant, il me semble que Kiriri est passé à côté d’un aspect qui aurait pu être intéressant, surtout avec un personnage disposant d’un appareil argentique. Car se promener avec ou sans appareil photo n’est pas la même chose, pas la même excitation, le même plaisir. Observer l’entourage avec le souci constant de capter une bonne image, passer à son exécution avec l’inquiétude d’avoir fait les bons réglages (inquiétude amplifiée par le choix de l’argentique), ressentir l’excitation  d’avoir saisi quelque chose sur le vif, autant de facettes de l’activité de photographe que le mangaka n’exploite pas vraiment ici et qui aurait pu enrichir ses histoires. Mais une fois encore, le cadre des cinq planches rendait peut-être difficile d’intégrer tous ces aspects.

Chaque histoire se termine par une double page touristique résumant les « hot spots » évoqués. Pourquoi pas ?

La Photographe est un manga qui appartient à ce genre magnifié par Taniguchi que l’on pourrait appeler « le manga déambulatoire » (le « asobi manga » ?) dont il serait intéressant par ailleurs de savoir si d’autres mangakas s’y sont essayés avant Taniguchi. Il s’agit avant tout de se concentrer sur ces petits riens de la vie quotidienne qui font le bonheur des personnages peuplant ce type de manga. Si on aime ce style d’histoire, on appréciera la Photographe, et tant pis si l’évocation de la pratique de la photographie reste un peu décevante dans son approche.

Sinon, envie de voir d’autres douces créatures tenant entre leurs doigts graciles un bel appareil ? Je rappelle l’existence de ceci.

 

 

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