Joyeuse mélancolie

Journées du 15 au 21 août

Et nous voici donc arrivés aux ultimes journées de notre séjour.

Olrik jr m’assaillait de perpétuels « déjà ! », « c’est passé vite ! » et autre « j’aimerais bien rester au Japon ! ». C’est toujours la même chose. Au début, alors que l’on entame doucement les quarante journées prévues au Japanisthan, on se dit que l’on va en profiter, que l’on sera bien rassasiés et que l’on ne regrettera rien quand viendra le moment d’entrer dans l’avion à l’aéroport de Miyazaki.

Et puis, quand arrivent ces dernières journées se fait invariablement ressentir un sentiment de verre à moitié plein. Les journées ont pourtant été largement mises à profit. On a bien mangé, on s’est promenés dans des endroits magnifiques, la couenne a été attendrie dans les onsens un nombre appréciable de fois, donc à quoi bon se lamenter ? C’est pourtant ce qui se fait insidieusement lors de cette fin de séjour.

C’est que jusqu’à présent le voyage avait  été une continuelle illustration du « Fay ce que vouldras » rabelaisien et que nous allions dans quelques jours devoir subir une contrainte, celle de quitter ce cocon doucereux fait de gentillesse familiale, de plats amoureusement cuisinés, d’alcools généreusement offerts, de virées à la plage ou au sento, de shopping à toute heure de la journée, de quitter cela pour retrouver des pénates françaises qu’il serait aussi agréable de retrouver mais qui allaient aussi signifier le début d’une nouvelle longue attente avant de pouvoir réentendre en live le chant des grillons japanisthanais.

Déjà l’ambiance lors des dîners se teintait d’une légère mélancolie. Les beaux-parents avaient beau faire comme si de rien n’était, je sentais bien derrière des regards et des sourires sa cachait une sorte de stupeur mélancolique, celle de se dire que les adorables bobines de leurs petits-enfants ne seraient bientôt qu’aperçus que par le biais de Skype.

Aussi bien je décidai de profiter tout seul du sento de Aceland après les dîners. J’aurais bien emmené les enfants avec moi et puis, comme ils n’étaient pas sevrés de baignade puisque nous continuions d’aller à la plage l’après-midi, je me dis qu’il était préférable qu’il reste à la maison pour chahuter avec leur grand-père dont la légère ivresse émanant des verres de shochu ingurgités durant le dîner se mariait bien avec celle de jouer, de faire n’importe quoi dans le salon avec Olrik jr et Olrik the 3rd.

Légère tristesse donc, mais cela n’empêcha pas de m’en tenir à mon habituel emploi du temps. Pour les dernières fois je me rendais dès 7 heures du matin à côté du Heiwadai koen pour mon footing :

Pour les dernières fois je faisais les magasins pour éventuellement acheter des cadeaux à offrir à des amis :

Vu dans un Don Quixote : j’ai beaucoup hésité à acheter un de ces slips estampillés Taka Kato, le harder aux doigts magiques.

Pour les dernières fois j’allais entendre et parfois voir ces grillons golgotesques sur le bitume :

Pour la dernière fois j’allais apprécier le boucan des taikos lors d’un ultime matsuri en ville :

Pour les dernières fois j’allais traîner mes sandales dans le centre pour capter des yukatas virilement portés :

Ou plus bijinement :

Et pour les dernières fois j’allais rentrer à la base sur mon vélo, essoufflé et ruisselant de sueur, mais juste à temps pour profiter du calme de notre quartier et du ciel japonais :

De quoi mieux faire passer la pilule et se dire que de ces « dernières fois » aux « prochaines fois » il allait y avoir un lap de temps que ces innombrables photos glanés durant le séjour permettraient de faire passer plus vite. Voyageur en sandales, il allait falloir endosser le costume de voyageur en robe de chambre en se plongeant de temps en temps dans l’écran du pc afin de revivre par procuration, et parfois découvrir des choses oubliées. Le remède est plutôt efficace. A quelques semaines d’un huitième voyage qui sera fait exceptionnellement durant l’automne, je puis en effet dire maintenant comme Olrik jr : « c’est vite passé ! ».

Pour marque-pages : Permaliens.

2 Commentaires

  1. Comme d’habitude, merci pour ce récit qui m’a encore une fois refilé une bonne dose de nostalgie.
    J’ai fait moins de voyage au Japon mais sur de plus longues durées. Pour être honnête, j’ai toujours ressenti un sentiment d’extrême lassitude une fois la magie du premier mois passée et le retour en Europe a toujours été le bienvenu.
    Mais inévitablement, deux ou trois semaines après avoir refoulé le sol européen j’ai envie de repartir pour le Japon, allez comprendre.
    Y aller en tant que touriste permet un peu de vivre dans une bulle de perfection, on se prend une claque à chaque coin de rue, nouvelle gare traversée ou porte d’izakaya ouverte. Sans oublier chaque bijin entr’aperçue… Mais mon premier séjour prolongé dans la société japonaise m’a très vite fait redescendre sur terre et m’a aussi fait reconnaitre que je ne pourrais/voudrais probablement jamais vivre là-bas de façon définitive.
    Tout ça pour dire que ce n’est pas forcément mauvais d’être limité à des séjours de courte durée, même si le retour en France est difficile. Ça permet un peu de conserver un regard enfantin et naif (ne voulant pas dire simplet mais dénué de pensée négative) sur le Japon, et surtout ça redonne envie d’y retourner.

    J’ai très hâte du prochain compte-rendu sur le voyage automnale!

    • Merci !
      Oui, c’est quelque chose que j’ai déjà évoqué dans ces pages, à savoir que des séjours moyennement longs permettaient de préserver une image positive du Japon, et je m’aperçois tout à coup qu’il y ait le mot « bulle » dans le titre de ce blog sonne comme un programme. A chaque voyage il s’agit de retrouver cette bulle confortable, et y rester trop longtemps permet d’éviter qu’elle n’éclate et fasse venir les désillusions.
      Après, le plaisir, séjour après séjour, s’il est toujours bien là tend aussi à devenir un peu moins vif à chaque fois. Et un séjour longue durée pourrait apparaître comme l’ultime trip pour plonger différemment dans le Japon, le redécouvrir.
      Mais après, un peu comme toi, il y aurait la crainte d’être déçu et de comprendre qu’y habiter serait impossible, avec peut-être un certain détachement à la clé, un dégoût qui ne donnerait même plus envie d’y retourner, même pour un bref séjour.
      Peut-être que ce séjour arrivera un jour, peut-être pas. En attendant, y aller tous les deux étés, en attendant un jour d’augmenter la fréquence, suffit à mon bonheur.

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