Gantz : O (Yasushi Kawamura – 2016)

Gantz « O » parce que le film est l’adaptation de l’arc se déroulant à Osaka, arc les plus populaires auprès des fans car jugées comme étant un des plus prenants, des plus spectaculaires et des plus marquants dans son délire technologique et surtout dans son bestaire de monstres que les protagonistes vont devoir affronter.

Vous ne risquerez pas de trouver sur ce site beaucoup de critiques consacrées à des films d’animation en CGI. En fait, pour tout vous dire, y’en a pas. J’étais bien allé voir Albator en salle lors de sa sortie avec l’idée de l’évoquer par la suite et puis, face au monceau d’ennui et à ce graphisme, cette animation incapables de me faire ressentir quoi que ce soit, j’ai préféré laisser tomber.

Avec l’arrivée de ce Gantz O, j’ai consenti à faire un effort, même si certains éléments ne me faisaient pas commencer la séance le cœur léger. D’abord cette animation en CGI donc, mais aussi deux précédents films « live » guère enthousiasmants ou encore un manga dont on sait combien la fin apparaît comme ratée et comme le fruit du travail scénaristique d’un mangaka qui ne savait pas vraiment où il allait avec son histoire. Après, pour ce dernier point, peu importait puisqu’il s’agissait de se focaliser sur l’arc d’Osaka, arc que j’avais trouvé vraiment réussi. Juste pour dire qu’après quelques déconvenues de lecteur/spectateur, Gantz ne bénéficiait plus à mes yeux de la même aura. M’enfin, c’était Gantz, ça ne durait que 90 minutes, je tentai malgré tout l’aventure.

Verdict : sans aller non plus jusqu’à crier au chef-d’œuvre, le film m’a paru bon, voire dans certaines scènes, très bon. Visuellement d’abord. Si l’on continue d’avoir des personnages en 3D dont la façon de se déplacer n’est pas totalement naturelle, j’ai eu l’impression qu’une étape supplémentaire a été franchie par Yasushi Kawamura. Graphiquement, le réalisme est habilement poussé tout en respectant le chara design originel de Hiroya Oku. Ça n’avait pas été le cas d’Albator par exemple, et du coup on avait bien du mal à retrouver la poésie de la série de Matsumoto. Là, le graphisme est dans l’ensemble raccord avec l’univers d’Oku  et c’est bien souvent un plaisir pour les yeux. Voir les personnages s’exprimer ne choque pas, on ne se dit pas « hou ! le vilain perso en CGI qui parle ! », et la restitution de l’aire de jeu dans laquelle ils doivent se battre est une véritable tuerie. Rappelons que l’arc d’Osaka ne se déroule pas n’importe où à Osaka puisqu’il s’agit de Dotonbori, le Shibuya d’Osaka. Et cela la nuit comme il se doit, permettant de jouer sur une atmosphère colorée et néonisée du meilleur effet pour les rétines du spectateur.

Bref, c’est beau, voire parfois magnifique. On évoquait les personnages des combattants, mais c’est la même chose des monstres, souvent stupéfiants lorsqu’ils apparaissent, se déplaçant, se transforment, laissant pantois à la fois les personnages et le spectateur. Et là je ne parle pas que du graphisme, car si j’ai pu évoquer une certaine raideur dans la façon de se mouvoir des personnages, ce n’est pas non plus quelque chose de général. Là aussi un net progrès me semble avoir été fait dans le domaine. On sent plus de naturel, naturel accentué il est vrai par d’habiles mouvements de caméra, le film donnant très souvent des effets de caméra à l’épaule. Pas de quoi avoir la nausée, rassurez-vous, là aussi ça a été fait avec un bon sens du dosage. Le résultat est un film avec un grand sens du dynamisme visuel qui parvient à relancer l’attention du spectateur plutôt que de la saouler.

Reste l’histoire et ce cadre de 90 minutes. Ceux qui ne connaissent rien à Gantz seront sans doute déconcertés car aucune séance de rattrapage, avec par exemple un résumé de l’histoire en ouverture, n’est donnée. Demerden sie sich donc avec ces personnages qui meurent, qui semblent se connaître et qui se retrouve dans l’étrange pièce d’un appartement à Tokyo. Après, la furie et la folle invention visuelle peuvent suffire au plaisir.

Pour ce qui est de ceux qui connaissent, il y a le plaisir d’avoir cet arc du début à la fin non stop. Evidemment, c’est donc très bourrin, le parti pris étant d’avoir choisi un segment uniquement composé de combats. On peut le regretter car Gantz, c’est aussi des moments de pause, des moments durant lesquels se posent des questions sur eux-mêmes, sur leur vie, sur les relations avec les autres. C’est souvent rudimentaire, certes, Oku n’ayant rien non plus d’un grand penseur, mais cela participait du ton et de l’originalité de Gantz, le héros, Kei, apparaissant souvent comme un mélange de brave garçon et de petite ordure.

Pas de ça dans Gantz O, donc, mais avec un film de 90 minutes censés restituer tous ce qui passait dans l’arc d’Osaka, il paraissait hasardeux de faire davantage. On encaisse les 90 minutes sans sourciller, avec à la fin que ce que l’on a vu, ben c’était quand même assez chouette, mais aussi avec l’impression que le plat a été copieux et qu’il était temps que ça s’arrête.

En fait, l’ultime réserve viendrait moins de l’absence de ces temps de pause (que l’on a malgré tout un peu avec la relation naissante entre Kato et la jeune femme amoureuse de lui) que d’une certaine édulcoration. Pas du côté de la violence, le sang coule, des têtes sont coupés, des membres arrachés, de ce côté-là, tout va bien. Non, c’est plutôt du côté de la sexualité que l’on s’aperçoit que le dosage a été le plus drastique. Reika a toujours ses énormes seins et… c’est tout. Ceux qui ont lu l’arc se souviennent de certaines scènes dans le domaine un peu hallucinantes et, plus généralement, ceux qui ont lu Gantz savent combien c’est un titre qui tire de la sexualité une originalité poisseuse mais marquante. Il semblerait que les producteurs n’aient pas décidé de jouer la carte de cette thématique, vraisemblablement pour toucher le plus large public.

Pour l’érotisme, il faudra se contenter de cette image promotionnelle (du coup mensongère, remboursez !).

Mais cette réserve mise à part, Gantz O s’avère être dans son ensemble une réussite, bien plus jubilatoire que les deux précédents films live, et appelant d’autres films de ce type dans l’univers de Gantz, même si le choix commence à être restreint : les premiers arcs ont été faits en anime, et ceux qui suivent Osaka constituent un peu le début de la fin en terme de qualité. A suivre malgré tout. Le film a été un succès, il y a fort à parier que Digital Frontier, Toho et Netflix  n’en restent pas là.

7,5/10

Du même tonneau (ou presque) :

Lien pour marque-pages : Permaliens.

Un Commentaire

  1. J’ai trouvé que comme dans les films Gantz, les personnages ont tendance à avoir les pieds dans le ciment quand il faut agir.
    Un monstre te fonce dessus et c’est le moment pour commencer à parler au lieu de bouger.
    C’était encore plus marquant pour les films.

    C’est je trouve, une habitude dans certaines adaptations de manga, la série l’attaque des titans m’a énervé pour la même raison.

    Je me demande si c’est une manière de faire monter la pression propre au Japon, ou une habitude culturelle, philosopher quand le monde s’écroule autour de vous.
    Le côté sexe est vraiment manquant sur cette adaptation, même rien d’émoustillant, ça crée un vide.

    Du coup l’affiche c’est juste de l’escroquerie.

    Heureusement, le personnage principal n’est pas mal une fois qu’il se décide à réagir.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *