Urotsukidoji (Hideki Takayama – 1987)

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Amano, un être mi-homme, mi-bête, est envoyé sur terre pour retrouver la nouvelle incarnation du Chojin, dieu démoniaque extrêmement puissant. Contre toute attente, Amano découvre qu’il est entré dans le corps de Tatsuo, un lycéen pervers et voyeur qui en pince méchamment pour une de ses camarades de classe, Akemi. Amano est très vite rejoint par sa sœur nymphomane Megumi pour l’aider : c’est qu’il ne s’agit pas juste d’identifier le Chojin mais aussi d’empêcher les tentatives d’une horde de démons pour s’accaparer sa puissance…

Pour qui suivait les sorties VHS de Manga Video en 1995, Urotsukidoji était attendu comme une petite perle sulfureuse que l’on se devait d’acquérir. Je m’en souviens non sans émotion comme s’y était hier. Le jeune étudiant que j’étais pénétrait dans sa librairie de BD préférée pour mettre la main sur le précieux objet. Une heure plus tard, il se trouvait chez lui et, profitant qu’il n’y avait personne à la maison, insérait la K7 dans le magnétoscope en se léchant les babines à l’avance de toutes les saloperies visuelles qu’il allait s’enquiller. Car Urotsukidoji, mes maîtres, n’est pas n’importe quel film d’animation. Il est l’adaptation légendaire du manga culte de Toshio Maeda, le maître du hentai œuvrant dans le shokushu, comprenez le viol par tentacules, motif très porteur dans la production manga/anime et trouvant ses origines lointaines dans cette fameuse estampe d’Hokusai :

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Seule image classieuse de l’article, profitez-en.

A la différence que dans l’estampe d’Hokusai, il s’agit d’un rêve, celui de la femme du pêcheur. Dans les mangas, notamment ceux de Maeda, nul onirisme licencieux, les héroïnes doivent subir les assauts de monstres bien réels dans des scènes cauchemardesques.

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Oh Mon Dieu ! Que vois-je ?

Autant dire qu’Urotsukidoji propose un cocktail sexe/violence relevé d’un zeste de sadisme qui encore aujourd’hui peut surprendre. Bien des années plus tard, je me suis rematé le métrage, craignant évidemment d’être un peu déçu. Mais le visionnage récent d’autres films des années 80 aurait dû me rassurer. Dans l’ensemble j’ai toujours trouvé aux films d’animation de cette décennie un certain charme ainsi qu’une originalité souvent très mauvais genre. Urotsukidoji, aux côtés des films de Yoshiaki Kawajiri, n’échappe pas à la règle et apparaît comme une œuvre assez peu fréquentable, encore plus si on choisit de le voir en VF, version étonnamment graveleuse en comparaison avec la VO (on a par exemple droit à des répliques élégantes du genre « montre-moi cette queue magnifique». Burp !).

A la revoyure, Urotsukidoji m’a paru diablement (c’est le cas de le dire) efficace, en particulier durant la première heure durant laquelle on suit l’évolution de Tatsuo. Comme dans le premier pinku venu, le film distille progressivement sa dose de scènes polissonnes, scènes qui toutefois dégénèrent rapidement en quelque chose de malsain et de meurtrier. Le film n’a pas démarré depuis dix minutes que l’on assiste déjà au viol de la douce Akemi par sa professeur bien plus dangereuse – je vous prie de le croire – que la pieuvre de 20000 lieues sous les mers :

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Quinze minutes plus tard, c’est Tatsuo lui-même qui, alors qu’il est donné pour mort après avoir été fauché par un camion, va s’en prendre à une infirmière pour commencer une palpation qui n’a rien d’un massage cardiaque et qui va même réduire la pauvre enfant en bouillie :

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Les infirmières qui, comme chacun sait, n’ont même pas la présence d’esprit de porter un soutien-gorge sous leur blouse.

Est-il vraiment utile d’évoquer les cours du soirs donnés par Ozaki, le bellâtre préféré des donzelle du lycée où se trouve Tatsuo, à ses meilleures groupies ?

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« Leçon n°47 : récitation de la conjugaison de moudre à l’imparfait du subjonctif, et en cadence s’il te plaît ! »

Et je ne parle même pas des scènes de baston dans lesquelles des mastars très Hokuto no Ken s’en prennent à des étudiants gringalets mais qui s’avèrent être en réalité de dangereuses machines à tuer. Bref, on l’aura compris, Urotsukidoji est un maëlstrom de scènes chocs fait pour les durs, les vrais, les tatoués :

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Exactement comme votre serviteur !

Et il est du coup un peu cocasse, pour ne pas dire franchement grotesque, de voir comment d’un autre côté l’histoire s’attache à jouer d’un érotisme romantique avec force larmes étoilées dans les yeux d’Akemi qui sait que son chevalier servant, en plus d’être un maître queue de toute première force, est digne d’être aimé :

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Tatsuo – Akemi, ma douce, tes pleurs sont l’égal d’une rosée céleste sans pareille que le divin Guillaume de Lorris lui-même aurait été bien incapable de peindre dans son mirifique Roman de la Rose !

Akemi – Tais-toi donc et montre-moi ta queue magnifique !

Romantisme qui ne doit cependant pas faire illusion puisqu’on aura sans doute deviné que le scène est surtout prétexte à montrer de ces mouvements graphiques de va-et-vient extrêmement simple à convertir en gif animé pour illustrer certain site douteux ayant pour thème une certaine culture populaire japonaise.

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« Mon Dieu ! Nous sommes mercredi, je brûle de mille feux à l’idée de savoir qu’Olrik va publier un nouvel article ! »

Après, cela tient-il la (bi)route jusqu’au bout ? Là, ce sera selon les goûts. déjà, à l’époque, je me souviens d’un certain ennui lors de la dernière demi-heure et j’avoue que j’ai encore eu un peu mal lorsque je l’ai revu. La faute peut-être au format du film qui est en réalité un collage de trois OAV, rendant un peu répétitive l’histoire. La faute aussi à un final apocalyptique qui se veut spectaculaire mais qui, du fait de moyens pas non plus extraordinaires, fait un peu bailler, surtout si on a en tête certaines scènes d’Akira, sorti à la même époque. Enfin, il faut reconnaître aussi qu’il est très difficile de s’attacher aux personnages, êtres assez creux, en fait simples faire-valoir pour le véritable héros du film : ce cocktail sexe/violence accompagné de tentacules et d’une cruauté qui, selon les dires de Maeda himself, était un plus indéniable par rapport à son manga.

Urotsukidoji est un anime à voir mais, pour rester dans les anime bruts de décoffrage des 80’s, on ne saura que trop conseiller de lui préférer les œuvres de l’excellent Kawajiri, moins cloaqueux mais techniquement mieux foutus et aux histoires tenant plus la route sur la durée.

La note : 6/10

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Urgh ! Mais j’espérais tellement plus Olrik san !

Je sais bien mais c’est ainsi ma fille. Et rhabille-toi, il y a des gens qui regardent cette page figure-toi.

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9 Commentaires

  1. The Neighborhood

    Oh Urotsukidoji, que de souvenir également. J’avais attendu la nuit, que tout le monde soit endormi, pour laisser place à l’interdit.
    Ah les années 80 : Wrath of the Ninja, Ninja Scroll ou encore Black Lion (plutôt 90 d’ailleurs), cela dit, là on est plutôt dans le japon féodal avec une touche de fantastique, et de SF pour Black Lion. D’ailleurs pour ce dernier le mariage peut paraître particulier, mais j’ai bizarrement trouvé cela très attirant (et l’idée presque géniale…) Bref je m’égare.
    Pour en revenir à Urotsukidoji, les suites sont de pire en pire niveau qualité (le 5 est une horreur visuelle). Cela dit, j’avais beaucoup apprécié le personnage de Münchhausen dans l’épisode 2, je lui trouvais un certain charisme.

    • Pas vu « Wrath of the ninja » ni « Black Lion ».Et encore moins les suites d’Urotsukidoji qui ne m’ont jamais inspiré confiance (c’est bien dans le 2 qu’il y a les nazis ?), tout comme la série des « la Blue Girl », aussi adaptée d’un manga de Maeda. C’est tout de même un univers voué à être relativement sans surprise, et c’est pour cela que je préfère largement un « Ninja Scroll ».
      Cela dit il existe d’autres OAV hentai des années 80, pas forcément avec des tentacules, qui méritent qu’on s’y attarde. J’y reviendrai prochainement.

      • The Neighborhood

        Ouip, c’est dans le 2 qu’il y en a. Le Münchausen est le fils d’un scientifique nazi.
        La Blue girl j’ai essayé, mais cela ne m’a pas autant titillé qu’Urotsukidoji. De Maeda j’ai bien aimé Chôkedamono Densetsu, du post-apocalyptique, de la violence et du fantastique (une bonne recette, bon c’est quand même un peu série B).
        Oh, les OAV des années 80 m’intéressent. J’attendrai donc que tu y reviennes.
        Ah j’y pense, tu n’as pas donné une chance à Urotsukidoji New Saga (un reboot du premier film) pour comparer ?

        • « Ah j’y pense, tu n’as pas donné une chance à Urotsukidoji New Saga (un reboot du premier film) pour comparer ? »
          Je ne savais pas que c’était un reboot. J’essaierai de voir cela à l’occasion mais en ce qui me concerne, c’est couru d’avance qu’il est forcément moins intéressant que l’original. J’ai vu quelques screens, on arrive tout de même dans le gros hentai qui tache, avec des gros plans de pénétrations ou de chibres turgescents. L’original évitait au moins cette facilité et c’était très bien ainsi, ça obligeait à faire preuve d’imagination dans le découpage, le cadrage, à composer avec une lumière et des couleurs sombres, et cela rendait ces scènes finalement plus marquantes.
          Et il y a aussi les scènes d’horreur avec des cadavres qui parlent et des visages grimaçants :
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          Je ne connais pas assez le style graphique de Maeda, j’ignore si ce type de visage est caractéristique de sa manière de retranscrire l’horreur, mais cela permet de personnaliser l’esthétique du premier film. Pas sûr qu’il en aille de même pour le reboot.

  2. Et bien. Dire que dans ma prime jeunesse je me sentais coupable quand la nuit, à l’insu de mes parents, je me glissais dans le salon pour regarder AIKa qui passait en boucle sur une chaine allemande. Qu’aurais-je ressenti si ça avait été pour ce film?
    Ma jeunesse aurait été différente…

    Merci pour cet article!

    • Oui, AIKa c’est du petit lait en comparaison mais je ne me moquerai pas. Un anime qui propose ce genre de plan :
      null
      … ne peut pas être totalement mauvais. Je dirais même plus : il est nécessairement estimable.

  3. J’ignorais le « shokushu », intéressant. L’estampe est parlante, et ce de façon multiple 🙂

    • D’un autre côté, si tu m’avais dit que tu le connaissais, je ne t’aurais pas cru, farceur !
      Mot dorénavant à caser dans toute bonne conversation en société pour épater son monde. Inutile par contre d’accompagner les explications de gestes pour mimer.

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