Attack of the psychotics clowns !

Amie lectrice, imagine : après avoir passé ce qu’il faut bien appeler une journée de merde, c’est-à-dire après avoir dû subir l’incompétence notoire de ton patron, supporter les remarques désobligeantes de quelques gros nazes dans le bus ou encore découvrir les multiples factures dans ta boite aux lettres et les étrons laissés sur la moquette par Youki, bref après cette dure journée tu décides de décompresser un bon coup. Pour cela, tu lances dans ton lecteur une sonate de Mozart et c’est le cœur un peu plus léger que tu te rends à la salle de bain pour prendre une douche bien chaude qui achèvera de te requinquer le corps et l’esprit.

Effectivement, ça marche ! L’eau chaude à tôt fait de te réconforter l’esprit et les sens. L’eau recouvre délicieusement ton corps d’albâtre et nettoie les moindres porosités de ton délicat épiderme. Tu te sens bien :

clown-enfer-gif4

Mais vraiment quoi !

… tellement bien que tu décides de prolonger le plaisir en augmentant de quelques degrés la température de l’eau. Est-ce vraiment raisonnable ? Pas sûr. En tout cas tu fermes les yeux et de douces images se mettent à danser en toi. Tu te souviens de ce moment béni où tu te délassais dans un onsen en face du Sakurajima :

onsen_sakurajima

Un peu de poésie sur ce site, merde !

…mais tu imagines aussi ce que tu vas faire après ta douche. Sans doute déguster un verre de Nikka tout en consultant Bulles de Japon, ce merveilleux site où l’humour sophistiqué n’a de cesse de le disputer à une magique érudition. Cette perspective, conjuguée au pouvoir engourdissant de l’eau qui doit maintenant avoisiner les 40°C, te fait sentir toute bizarre et tu sens qu’il se passe quelque chose à la pointe de tes seins (qui, je me dois de le dire, rivalisent avec ceux présents dans ma mythique collection des « bijins de la semaine »).

Tu en es là dans tes confuses réflexions lorsque soudain, un bruit retentit derrière toi. Tu te retournes, et là…

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KYAAAAAA !

Oui, tu peux te mettre à hurler car un horrible clown vient d’ouvrir le vasistas pour te menacer avec une arme blanche ! Mais tout de suite, constatant ta panique, j’interviens. Comment ? En franchissant le vasistas pardi ! et en me précipitant vers toi à travers les vapeurs d’eau chaude avec ces apaisantes paroles :

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N’aie pas peur ! C’est moi, Olrik ! C’était juste pour te faire une blague ! Oh Oh Oh ! Viens dans mes bras que je te réconforte !

Déjà je jubile à l’idée de tenir fermement corps humide qui renvoie Vénus sortant des eaux à une vulgaire nageuse olympique d’Europe de l’est, mais hélas…

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KYAAAAAA !

Même hurlement, mais lâché cette fois-ci sur un ton plus rageur. Bon, peut-être l’ai-je un peu cherché. Mais que voulez-vous ? On ne peut pas être un saltimbanque de la japanosphère française et balancer tout le temps des perles du niveau de Tristan Bernard. Un peu déçu et déconfit, je refixe mon bridge et mes deux dents à pivot qui sont tombés par terre, et t’explique pourquoi j’ai enfilé ce ridicule costume.

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Ecoute… je vais t’expliquer.

C’était pour rire donc (bon, c’est raté, on va pas en faire tout un fromage non plus, hein !) mais, surtout, pour te faire découvrir ceci :

enfer clown

« Le Clown infernal », par Edogawa Ranpo

Diffusé de 1977 à 1985, le drama Edogawa Ranpo’s Beauty series compta 25 épisodes à la gloire de l’oeuvre du maître japonais du roman policier teinté de perversions en tout genre (oeuvre qu’il resterait d’ailleurs largement à découvrir à travers une édition des œuvres complètes. Je dis ça, je dis rien). Le concept était simple : chaque épisode adaptait une nouvelle du maître (avec souvent Kogoro Akechi, son personnage fétiche de détective) MAIS avec à chaque fois une figure imposée : utiliser une bijin d’actrice qui, à un moment ou à un autre de l’épisode, devait montrer ses charmes afin de permettre au spectateur d’apaiser sa tension entre deux émotions fortes (pas sûr d’ailleurs que ce type de scène était le meilleur moyen) mais aussi aux producteurs de maintenir en érection l’audimat (et seulement cela).

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Comme de bien entendu, le titre pouvait être légèrement modifié. Exit « le Clown infernal », bienvenue « la Beauté des Blancs Nichons ». Tout de suite plus classe.

L’histoire est des plus simples : un clown criminel attaque des bijins ! Il n’en fallait pas plus pour me tenir en haleine devant mon écran et souhaiter que la maison poulagat mette le plus vite possible la main sur la crapule avant qu’un autre délicat épiderme sentant bon la fleur de cerisier ne soit abîmé. Que ceux qui ont été traumatisé par les clowns à cause de Stephen King se rassurent. Certes, le voir jaillir d’un buisson la nuit n’est guère rassurant mais toute ses détestables apparitions sont laaargement compensées par un casting féminin qui permet d’encaisser les coups presque avec plaisir. Une scène vous a fait méchamment sursauter ? Pas de panique, la prochaine sera plus cool :

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Pour être sûr que même les bigleux entravent, le maquilleur a sorti le giga grain de beauté postiche (c’est un détail important pour la suite de l’intrigue, si, si ! juré).

Urgh ! On découvre un cadavre coconisé façon Pompéi :

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C’est horrible !

Mais la police scientifique s’active et et choisi de découvrir une partie du cadavre. Allez, au hasard, visons la poitrine :

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Bye jove ! Que voilà un grain de beauté à forte teneur bijinesque !

A un moment on à droit à un numéro de ballet dans la plus pure tradition casse-noisette :

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Evidemment, qui dit danse dit effort, qui dit effort dit transpiration, et qui dit transpiration dit…

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scène de douche !

On sait qu’à l’époque de Psychose Hitchcock n’avait bien sûr pas pu envisager de montrer la poitrine de Janet Leigh lors de la fameuse scène de meurtre. 15 ans plus tard et au Japon, ce n’est évidemment plus la même musique :

clown enfer 9

Euh, que faut-il regarder à l’écran ?

Etc etc. Comme à la parade, le cirque Ranpo alterne savamment les numéros de l’horrible clown avec ceux de la bijin ballerinisée ou shampouinisée. Avec aussi les efforts un brin confus des flics qui, dans leur obsession de mettre la main au collet du clown infernal, se précipitent et commettent d’inévitables bavures sur de braves clowns qui ne demandent qu’à gagner un peu d’argent en divertissant les lardons :

clown enfer 8– Je proteste énergiquement ! je suis un honnête clown !

– Ta gueule enculé ! Etat d’urgence, tu connais ?

Sexy mais dans les limites du raisonnable (on n’est pas non plus dans un roman porno cradingue), cet épisode, et avec lui la série entière du Edogawa Ranpo’s Beauty series, constitue une entrée en matière divertissante dans l’univers policier glauque mais très prenant de Ranpo. Si jamais le Caterpillar (tiré d’une nouvelle du maître) de Wakamatsu vous a déplu et découragé d’explorer plus avant son oeuvre, n’hésitez pas ne serait-ce que que pour la musique 70’s et le casting féminin. Sur ce, je vous laisse et vous dis :

clown enfer gif

A mercredi prochain les amis !

PS : Concernant le titre de l’épisode, il est possible que ce soit un clin d’œil à un roman porno dans lequel jouait Yuko Katagiri, une des actrices de l’épisode. Le film s’intitulait :

Jokosei-Report-Yuko-no-Shiroi-Mune-(1971)

Les Blancs Nichons de Yuko

Les adaptateurs de la série étaient apparemment des farceurs.

Du même tonneau (ou presque) :

Lien pour marque-pages : Permaliens.

6 Commentaires

  1. Hmmm… avec Shigeru Amachi dans le rôle d’Akechi, c’est encore plus tentant…
    C’est visible facilement ?

  2. Bon, j’ai pu m’enfiler une bonne dizaine d’épisodes de la série (merci \o/) et c’est vraiment super (ceux réalisés par Umetsugu en particulier). Shigeru Amachi colle bien au rôle d’Akechi et le défilé de bijins pas farouches est bien agréable à l’oeil.

      • Pas eu le temps encore d’en voir d’autre. histoire de m’aider, ton petit tiercé des trois meilleurs épisodes que tu as vus ? J’ai choisi d’évoquer la série par « le Clown de l’Enfer » parce que l’histoire et des screenshots m’ont paru juste énormes. Mais peut-être qu’il y a tout aussi barré ailleurs…

  3. Un petit trio de tête vite fait : la variation de la série sur La Proie et l’Ombre, le tout premier épisode : Beauty in the Ice Pillar (avec Utako Mitsuya) et Beauty of Black Daffodil (et sa super fin).
    Mais des épisodes vus, il n’y en a pas de décevant.

    • Oui, je cois me souvenir de quelques screens concernant « Ice Pillar » qui m’avaient tapé dans l’oeil. Quand j’en aurai fini avec les trois dramas que je m’enquille en ce moment, j’essaierai de faire un retour à cette « beauty series ».

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