Hotel Hibiscus (Yuji Nakae – 2002)

On ne peut pas être gagnant à tous les coups. Je veux parler des films que les lecteurs de temps à autre me conseillent de voir. L’autre fois, c’est I.D. qui m’avait parlé de Happy go Lucky. Plutôt un bon tuyau, cette petite chronique familiale sans prétention m’ayant fait passer un agréable moment. Plus récemment, c’est Olivier2046 qui, alors que l’on parlait d’Okinawa, me conseilla les films de Yuji Nakae, films où, selon lui, on retrouvait tout le charme et l’ambiance de l’île. D’une certaine manière, après avoir vu Hotel Hibiscus, je ne saurais lui donner tort. On est bien plongé dans la chaleur d’un Okinawa estival qui de surcroît échappe à tout effet de cartepostalisation. Mais diable ! là où je t’en veux un peu l’ami, c’est que tu t’es bien gardé de me dire que dans ce film on y trouvait cette gamine :

Le personnage n’est ici pas vraiment à son avantage. C’est fait exprès ! Croyez-moi, pendant qu’elle a quelque chose dans le beignet, au moins elle nous fout la paix.

Hotel Hibiscus ou mais va-t-elle la fermer un jour sa grande gueule ? Ou comment gâcher un film uniquement en faisant un mauvais choix à propos d’un personnage d’enfant. On connaissait les parents permissifs, apparemment Nakae fait partie des réalisateurs permissifs, en tout cas ceux qui ne comprennent pas que laisser une gamine excitée faire son numéro comme dans la vraie vie est une fausse bonne idée. Cela nous est tous arrivé d’être invités chez des gens dont la progéniture, bien à l’aise, bien impolie, fait tout  pour rapidement devenir le déplaisant centre d’attention de la soirée sous le regard attendri des parents. Extérieurement on sourit par politesse à leurs facéties, intérieurement on se retient pour ne pas leur filer une paire de mornifles et les envoyer se coucher à coups de pied au derche. Eh bien c’est un peu la sensation que ressent le spectateur face à ce film. Perso il m’a fallu juste cinq minutes pour comprendre que cette gamine, cette Mieko, allait rapidement me gonfler. Et ça n’a pas raté. Je défie quiconque de trouver charmante cette hystérique qui parle comme si le micro se trouvait  à 100 mètres. Cris, Hurlements, vociférations, très vite on a une pensée émue pour les voisins qui se coltinent au quotidien cette aimable peste. A ces décibels qui pourrissent complétement le calme de ce petit village où se trouve l’hôtel, s’ajoutent des mignardises irritantes, des gestes, des trémoussements d’enfant hyperactif et sans gêne. On sent qu’ils sont là avec la volonté de faire de ce personnage une sorte de mini tornade humoristique. Malheureusement, c’est raté. On s’amuse peut-être (je dis bien « peut-être », pour ma part c’est queud’!) des premières grimaces, mais au bout d’un quart d’heure on  en vient à préférer le vacarme de Shibuya que cette fausse tranquillité.

Ils ont l’air tranquilles comme ça mais ne vous y fiez pas : cette famille-là, elle est terrible !

Du coup, je suis passé totalement à côté du train train de cette famille qui gère un hôtel ayant pour particularité de n’avoir qu’une seule chambre à louer, chambre qui sera louée au jeune homme au tee-shirt jaune. C’est d’ailleurs assez symbolique : jamais je ne me suis senti familier avec cette famille, à la fois à proximité et éloigné, étranger à ses truculences qui me sont apparues elles aussi à l’image du jeu de la gamine jouant Mieko : forcées, irritantes. Du reste, à la vue de l’affiche j’aurais dû me méfier :

VIENDEZ, VIENDEZ DANS NOTRE HÔTEL !

Couleurs criardes, sourires jusqu’aux oreilles, c’est tout à l’image de cette famille qui veut trop sonner original pour toucher vraiment le spectateur. S’il était encore besoin de le prouver, Hotel Hibiscus montre que ce qui est possible et amusant dans un manga en terme de comique de caractère, l’est moins dès qu’il s’agit de le retranscrire à l’écran (1). Et on se fout rapidement de connaitre les différents fils qui tissent cette famille recomposée. Que Kenji, le premier enfant métisse, amateur de boxe, ait été conçu par madame lors d’une liaison avec un G.I., on s’en tamponne. Que Sachiko, l’aînée, ait quant à elle été conçue avec un autre militaire américain (bonjour la variété!) et qu’elle aille lui rendre visite aux States accompagnée de sa mère, on s’en bat l’œil. Et que Mieko soit malheureuse du fait de l’absence de sa mère et qu’elle trompe son ennui par de petites légendes rurales et des chamailleries avec d’autres gamins, on s’en contre-tamponne le coquillard. L’hôtel est manifestement complet et le spectateur devra passer son chemin s’il veut découvrir ailleurs une véritable histoire se passant à Okinawa. Dommage, les quelques scènes où l’on entendait du shamisen n’étaient pourtant pas déplaisantes…

Du moins jusqu’à ce que Mieko chan ne fasse irruption par la porte du fond.

Allez, je veux bien croire que cet Hotel Hibiscus était une mauvaise pioche et que Nakae a d’autres atouts en main à nous montrer. On y reviendra prochainement. En  attendant…

notes-olrik-hibiscus-hotel

(1) le film est l’adaptation d’un manga de Miiko Nakasone.

Du même tonneau (ou presque) :

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4 Commentaires

  1. Ah ah, mince alors ! Ce n’était pas un piège, hein ?! Je l’aime bien moi, cette gamine, un peu bouboule et se contrefichant complètement de la caméra. Ca change des enfants-stars.
    Elle et la représentation d’un Okinawa presque à 100% bétonné, ce sont les deux bons souvenirs que je garde du film.

    J’ai plus de mal avec le réalisateur et son prosélytisme qui fabrique de toutes pièces des personnages exhubérants pour vanter une joie de vivre typiquement okinawaïenne.
    C’est forcé, assez irritant et c’est quelque chose que tu retrouveras dans tous ses films.

    Ceci dit, je ne peux l’accuser de mentir : j’ai logé dans un bunker sur une plage, à Nago au nord d’Okinawa, qui était tenu par la même famille que dans Hotel Hibiscus (sans les enfants américains), mais 10 ans plus tard. La gamine était devenue une grande fille obèse. Et tous avaient cette même exhubérance étrange que dans le film.

    A cause de cela, je me sens toujours hésitant face aux films de Yuji Nakae. D’un côté j’ai envie de lui demander d’arrêter d’en faire trop parce que ça sonne faux, et d’un autre côté je me dis que c’est peut-être dans cette volonté d’en faire trop qu’il y a une forme de sincérité.

  2. Ah! J’espérais bien un commentaire de ta part. Et il reflète bien l’opposition des avis que j’ai pu découvrir sur ce film. D’un côté ceux qui crient grâce au bout de 5 minutes, notamment à cause de la gamine et du côté fake des persos, de l’autre ceux qui ont vu dans cette hystérie des personnages une forme de sincérité et ont succombé à un certain charme en émanant.
    Difficile de trancher entre les deux. Mais ce que tu racontes sur la famille chez qui tu vivais est intéressant. Quant à moi, ce n’est pas avec mes trois jours passés à Naha que j’ai pu prendre la mesure d’un « esprit Okinawa » particulier…
    Reste que dans le style famille gentiment déjantée on a vu plus sympathique. Celle de the Taste of Tea par exemple. Pas besoin d’en faire des caisses, le spectateur se sent irrésistiblement complice avec elle.
    Bon, je vais enchaîner prochainement, malgré tout, avec Nabbie’s love, on verra bien. Euh… pas de blague hein ? Mieko n’y fait pas une apparition surprise j’espère ?

    Olrik, tout à coup inquiet

  3. Nabbie’s love est un film nettement plus sympathique qu’Hotel Hibiscus. Déjà parce que l’histoire y est vraiment émouvante avec subtilité ensuite parce que les personnages excentriques sont en périphérie de l’histoire et n’apparaissent donc que de temps en temps.
    De plus, et ça devrait te plaire, les séances de sanshin sont plus nombreuses (Seijin Noborikawa qui joue le papy clodo dans l’arbre dans Hotel Hibiscus tient l’un des rôles principaux de Nabbie’s Love et, dans la vraie vie, est l’un des grands maîtres de musique traditionnelles d’Okinawa).
    Quand à Tomi Taira (qui joue la grand-mère d’Hotel Ibiscus), c’est l’actrice fétiche de Yuji Nakae et elle tient ici le rôle principal et elle est superbe !
    Sois rassuré : pas de Mieko dans ce film !
    Quoi qu’il en soit, je suis vraiment impatient de lire ton avis.

    Dans tous les cas, j’en conviens, ce n’est pas du niveau de Taste of Tea. Katsuhito Ishii est un réalisateur incroyable avec un univers totalement personnel et inédit. Yuji Nakae, non.

  4. Bon, tu me rassures. Mais Nakae semble effectivement voué à être un réalisateur mineur. Je sais pas s’il existe à part lui un autre réa qui ait chanté les beautés d’Okinawa. A côté de Nabbie’s love, je ferai la semaine prochaine un petit retour du côté d’Okinawa, il y sera aussi question d’hibiscus…

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