Si l’on vous dit « plus grand photographe japonais de nu », sans doute pensez-vous immédiatement à Araki. Félicitations, vous faites preuve d’un bon réflexe. Mais discutable aussi, car il est un autre photographe, de la même génération qu’Araki (ils sont tous deux nés en 1940), qui peut lui aussi prétendre à la plus haute marche du podium : je veux bien sur parler de…

Kishin Shinoyama !

On ne rit pas : sous les frisouilles se cache un redoutable créateur qui, depuis les années 60, s’est taillé une solide réputation internationale de photographe de nu. Et j’ajouterais: de fameux portraitiste puisque certaines images iconiques de la culture du XXème siècle sont de lui. Citons par exemple la pochette de Double Fantasy :

Ou encore le célèbre portrait de Mishima :

Ajoutons à cela qu’il sait aussi être un excellent photographe voyageur, plusieurs de ses photobooks évoquant ses voyages, aussi bien en Asie (Thibet, Corée, Chine…) qu’en Europe (avec un livre sur le château de Louis II de Bavière).

Mais malgré toutes ces cordes à son arc, il faut bien reconnaître qu’il en est une où il est passé maître : la photo de bijin à oilpé. Difficile de résumer le style Shinoyama en la matière tant il est en constante évolution. A un extrême on trouve des compositions frôlant l’abstraction :

A un autre des photos d’idols qui ne donnent pas vraiment l’impression d’être très différentes de l’essentiel de la production actuelle :

Yuma Asami, plantureuse loucheuse et célèbre JAV idol.

Entre ces deux extrêmes, des centaines, des milliers de photos de corps, dans toutes les positions et dans tous les formats : carrés, rectangulaires, en studio, en couleurs, en N&B, en extérieur ou à gros grains, difficile de ne pas trouver un minimum son compte dans cette œuvre. Shinoyama est un des maîtres du corps féminin, et les femmes le savent bien. A ses pieds qu’elles sont pour se faire photographier par lui !

Eh ouais !  C’est ça d’avoir du génie les kids!

Avec évidemment tous les avantages que ce génie permet d’obtenir :

D’après vous, où se trouve la main droite de Shinoyama sama ?

Bon, vous aurez compris qu’être photographe de nu est un beau métier, surtout lorsqu’on a les galons de Shinoyama. Vous êtes alors sûrs que toutes les souris accourront pour offrir leur plastique vallonnée à votre objectif.

Toutes qu’on vous dit !

Parmi elles, il est temps d’évoquer celle en ouverture de cet article :

Harumi Inoue, ici dans son bain pour faire honneur à « Bulles de Japon »

Nous sommes en 1999, un an avant son apparition dans Freeze Me, huis clos efficace dans lequel son personnage tue et congèle ses anciens violeurs (un chef d’œuvre quoi !) :

On voit que les cheveux ont eu le temps de repousser. Car à l’époque de ce photobook, miss Inoue a la toison bien plus courte :

Celle du haut en tout cas

C’est la première originalité de ce photobook : le look d’Inoue qui tranche avec les habituelles gravures idoles à la coiffure toujours bien soignée. Ici, c’est presque le crâne rasé pour ce petit boulet de canon qu’est la pétillante Harumi. La tête dans le guidon, elle se propulse fiévreusement à travers les 123 photos du livre. Pas de sophistication excessive dans les compositions, c’est un peu Harumi telle qu’en elle-même, à savoir drôle, délurée, croquant la vie à pleine dents :

Dents qu’elle montre très agréablement (tout comme le reste d’ailleurs)

Comme sûre de la beauté de son corps, le modèle se lâche, balançant volontiers les grands sourires voire les éclats de rire hystériques :

Là aussi, il y a une nette rupture par rapport aux innombrables visages tout en retenue des gravure idols. Avec Inoue, le visage devient élastique, surjouant les expressions, masque de Kabuki humain qui saute à la gueule du lecteur avant que les yeux de celui-ci ne s’attarde sur la perfection plastique de la belle et de son environnement. Je passe rapidement sur la beauté de son corps. Alors âgé de 25 ans, son corps n’a pas encore été entamé par la maternité. 1m64, de jolies mensurations (88-59-88, merci le Wiki japonais!) et une finesse due au fait qu’Inoue est une nageuse accomplie. Tout cela n’est pas sans lui donner un côté félin qui, on ne le dira décidément jamais assez, tranche aussi avec les habituels photobooks. C’est un corps parfait, sûr de son pouvoir :

… mais ne cherchant pas forcément à prendre systématiquement la pose. Il ne se montre pas, il est, tout simplement, il fait ce qu’il veut et tant pis s’il peut parfois paraître un poil dégingandé :

Expressions en liberté, corps en liberté, et bijin en liberté. Le livre est en fait constitué d’une dizaine de mini séries dans lesquelles Inoue évolue librement avec un papillon frisottant autour d’elle qui s’appelle Kishin Shinoyama : à la piscine, près d’une usine, en ville, sur l’herbe, dans son bain, à la plage ou dans le métro :

Avec un côté Wong Kar Wai pour cette dernière série

On est là aussi loin de ses photobooks où l’on admire une donzelle s’exhibant docilement devant l’objectif de son photographe. Rappelons que le titre est « LIVE » et effectivement, on a l’impression d’être en prise directe avec l’intimité de la belle Harumi. Il y a certes une mise en scène, mais c’est une mise en scène qui donne l’impression d’être improvisée, emportée par le flux de vie que lui insuffle Harumi et qu’essaye de capter tant bien que mal Shinoyama :

Quitte à livrer par la suite des photos légèrement floues.

C’est finalement une des marques de fabrique du père Shinoyama, ce style de semi-improvisation qui va saisir une beauté dans l’espace mais aussi en donnant l’impression de la durée, du dynamisme du shooting. Le lecteur est certes devant les pages de son photobook, mais il n’est parfois pas loin de percevoir les éclats de rire du modèle au crâne (presque) rasé.

C’est tout le prix de ce photobook qui montre qu’un livre de nu n’est pas toujours qu’une collection de corps somptueux mais à la longue ennuyeux. Oui, le corps d’Harumi Inoue est somptueux…

Allez, une dernière, vous avez été sages.

… mais ses poses et son énergie sans cesse renouvelées font regretter à la fin que le livre ne fasse que 123 pages. LIVE n’est peut-être pas le meilleur photobook de nu de Shinoyama, mais avec la multitude de mini séries qu’il propose, il est certainement un de ses plus plaisants, celui qui témoigne le plus de la connivence du photographe avec l’un de ses modèles et celui qui donnerait presque l’impression au lecteur d’être le petit copain d’une Harumi Inoue perpétuellement en vadrouille et ça, vous avouerez que ça ne se refuse pas.

« Absolument Olrik kun, ça ne se refuse pas, et j’ai encore plein de livres de bijins à poil que tu te dois de chroniquer! »

Aye aye sir ! Après LIVE, j’évoquerai très certainement, si mes chers lecteurs sont jouasses, d’autres opus du vieux maître ès bijins sur papier glacé…

 

 

 

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