Happy End, Kazemachi Roman
Dans l’ensemble, j’ai moyennement aimé Lost in Translation. Mais je ne remercierai jamais assez ce film de m’avoir fait découvrir Happy End. Ceux qui ont adoré la deuxième réalisation de Sofia Coppola ou qui ont acheté la BO connaissent ce groupe, en tout cas un de leur morceau phare, Kaze wo atsumete. On l’entend une première fois, très étouffé, provenant d’un local de karaoké. Puis on le réentend lors du générique de fin, à la suite d’un instrumental.
Avant ce morceau, je dois dire que je ne connaissais pas grand chose du pop/rock japonais. Et le peu que j’en avais entendu ne me faisait pas vraiment envie. Avec Happy End, j’ai eu un aperçu d’un certain type de production faite au Japon durant les années 70. Oh ! tout n’était sûrement pas comme cela. Les groupes pour adolescent(e)s pas difficiles sur le plan musical devaient prospérer. Mais beaucoup d’artistes, influencés sans doute par un certain rock/folk américain, ont contribué à construire une autre facette de la musique japonaise. Happy End et ses quatre musiciens fait partie de cette mouvance.
Ce groupe a connu une carrière fulgurante. Créé en 1970 par Haruomi Hosono et Takashi Matsumoto, il s’est rapidement dissout après trois années d’une carrière courte mais hautement estimé et à l’énorme influence, ne serait-ce uniquement par le fait qu’il est le premier groupe de rock japonais à se risquer avec des paroles… en japonais. C’est le cliché qui veut que le rock est avant tout une affaire de langue anglaise. C’est semble-t-il une idée reçue qui a perduré un certain moment au Japon avant qu’ Happy End ne débarque.
Kazemachi Roman est leur deuxième album et est sans doute le plus connu. C’est un album concept qui vise à peindre une sorte d’image musicale du Tokyo d’avant les jeux olympiques de 1964 (qui ont contribué à transformer définitivement certains aspects de la ville). C’est un aspect subtil de l’album qui est évidemment difficile à saisir pour un auditeur contemporain. De plus, il est fait rérérence plusieurs fois dans l’album à un certain Bannai Tarao, un personnage de détective qui est apparu dans plusieurs thrillers au cinéma. Là aussi, ‘faut connaître. Mais la musique peut suffire largement au plaisir de l’auditeur. Si on aime en tout cas la folk de la west coast, il y a de fortes chances pour tomber sous le charme. Les deux fondateurs ont avoué vouloir faire en sorte que le groupe sonne comme Buffalo Springfield. Mais on peut aussi penser à Crosby, Stills, Nash et Young. Pas tant par les voix (les voix des deux chanteurs, tout en ayant un charme indéniable, sont loin derrière leurs modèles) mais par le son, les arrangements et un certain sens de la mélodie. Kaze wo atsumete en est un exemple mais aussi un morceau comme Shin Shin Shin que l’on peut trouver sur leur premier album. Vous trouverez plus bas un lien pour vous faire une idée.
Quelque temps après l’avoir découvert dans Lost in Translation, je me trouvais dans un Izakaya dans le quartier de Shibuya, avec ma douce et tendre. C’était au mois de février, il caillait sec dehors, mais l’ambiance du restaurant était feutré et chaleureuse à souhait. Tout allait bien, les plats arrivaient, on s’apprêtait à manger quand soudain… Kazemachi Roman retentit dans des enceintes disséminées aux quatre coins du resto. Un des employés avait eu la bonne idée de mettre le cd dans un lecteur. Tokyo au mois de février, un Izakaya à Shibuya, de la bonne nourriture, une ambiance chaleureuse, ma jolie japonaise de femme à mes côtés et Happy end : une idée du bonheur.
Infos complémentaires :
Membres du groupe :
Eiichi Otaki (Guitare, chant)
Haruomi Hosono (basse, chant, claviers)
Shigeru Suzuki (guitare)
Takashi Matsumoto (batterie)
Playlist :
Face A : intitulée « Wind »
Dakishimetai
Sorairo no Crayon
Kaze wo atsumete
Kurayamizaka Musasabi Henka
Haikara Hakuchi
Haikara Beautiful
Face B : intitulée « City »
Natsu nandesu
Hanaichimonme
Ashita Tenki ni Naare
Taifuu
Haru Ranman
Aiueo
Kazemachi Roman a été classé par Rolling Stone Japan, dans le numéro de septembre 2007, N°1 (sur une liste de cent) des plus grands albums japonais de rock .
Enfin, je ne peux résister à citer les remerciements du groupe que l’on trouve dans le livret de leur premier album : James Joyce, Jean-Luc Godard, Byrds, William Faulkner, Edgar Allan Poe, Debussy, David Crosby, Schönberg, Stephen Stills, Graham Nash, Neil Young, Philipe Sollers, George Bataille, Bob Dylan, Bela Bartok, Frank Zappa, Laura Nyro, Julien Gracq, Boulez, Mandiargues, André Breton, Jefferson Airplane, Alain Robbe-Grillet, Maurice Blanchot, D.A.F. de Sade, Claude Simon, Steve Miller Band, Eric Clapton, Antonin Artaud, etc. etc. Je renonce à tout recopier. Devant un tel étalage, on a d’abord un sourire indulgent. Et puis, on se dit que, finalement, un groupe de rock qui a de telles valeurs ne peut pas être complétement mauvais. Des p’tits gars bien que j’vous dis, les musiciens de Happy End !





Très bon, je viens de découvrir cette alboum.
Je commence à piocher dans ces listes et je suis agréablement surpris.