Pauvres humains et ballons de papier

Pauvres Humains et Ballons de papier (Ninjō kamifūsen)
Sadao Yamanaka – 1937

Sadao Yamanaka… vingt jidaigeki tournés de 1932 à 1937 (dont seuls trois ont survécu et sont encore visibles), considéré comme un maître à l’égal d’un Ozu et d’un Mizoguchi, deux de ses films ont été choisis par Kinema Junpo dans son classement des 25 meilleurs films japonais de tous les temps, bon, autant dire qu’on est face à du lourd et que ça vaut le coup de prendre une heure et demie pour visionner Pauvres Humains et ballons de papier, considéré comme l’un de ses chefs-d’oeuvre.

Après, il faut avouer que ça fait tout drôle de passer de la trilogie du samouraï de Yôji Yamada à ce film de 1937. Pourtant, il y a un point commun, celui de ne pas idéaliser le métier de samouraï. Je manque évidemment de connaissances pour le confirmer, mais j’ai l’impression que le but de Yamanaka était de présenter cette condition de manière âpre, loin d’un idéal flamboyant. Rien de tel en tout cas chez Matajuro Unno, le rônin du film qui vit dans un quartier pauvre avec son épouse et qui cherche désespérément à se faire embaucher auprès de l’ancien maître de son père. Et quand je dis désespérément, c’est vraiment ça. On a pitié de le voir faire la carpette, d’essayer coûte que coûte d’obtenir un entretien auprès de ce type que l’on devine dès le début être un fieffé connard. Et tandis que le rônin multiplie les tentatives, sa femme reste dans leur taudis à confectionner des ballons de papier qu’elle pourra revendre. On le sent, cette histoire peut potentiellement mal se terminer pour eux, d’autant que le film s’ouvre sur l’annonce dans le quartier d’un suicide, celui justement d’un rônin. Et à côté de cet arrière-plan tragique, il n’y a non pas la joie, mais une vie grouillante et criarde émanant du peuple : un prêteur sur gages et ses yakuzas, un coiffeur qui organise illégalement des jeux d’argent, une fille à marier, des commères qui commentent la vie du quartier. On passe d’un fil narratif à l’autre, un peu pris dans cette vie grouillante où se mêlent légèreté et gravité.

Un film qui demande quand même, pour être pleinement apprécié, d’avoir une idée précise de ce qui faisait ailleurs dans le domaine du jidaigeki. Le film se termine sur un dernier plan symbolique assez remarquable et qui à lui seul justifie la grosse réputation de Yamenaka. Il mourra l’année suivante en Mandchourie, âgé de 28 ans.

7,5/10

 

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