This is Cosmosco !

Et trois mois et demi après le précédent article, pondons-en donc un nouveau ! Le terme « pondre » convient d’ailleurs assez bien. Pas non plus qu’écrire ces lignes soit douloureux mais enfin, ça me coûte quand même un peu.

N’imaginez pas non plus que durant  cette absence j’étais à l’agonie, intubé quelque part, luttant de toutes mes forces d’otokorashii contre le covid. Ou bien scotché sur mon téléviseur à jouer à des jeux PS5 (ça, ce serait plutôt Olrik jr qui a un peu merdé son deuxième trimestre au lycée, le p’tit con !).

Non, la raison est la même qu’il y a un an, raison évoqué dans cet article, l’écriture de fiction me prend toutes mes journées. Et pourtant, ce n’est pas l’envie de consacrer un peu de temps à ce site qui me manque. À chaque week-end, je me dis que je vais bien trouver un sujet à développer, pas forcément sur un article fleuve, juste deux-trois cents mots, emballé c’est pesé et on n’en parle plus. Mais non, rien à faire, l’appel de la fiction et de mes personnages est le plus fort. Ce qui explique pourquoi, quasiment un an jour pour jour après cette étrange (et néanmoins bienfaisante) maladie (l’écriturite, pas le covid), j’ai écrit près de 1800 pages, soient 640000 mots, 126 chapitres. Le premier jet du tome I (c’est un cycle romanesque) a été achevé durant l’été 2020 et les multiples relectures définitivement terminées en novembre. Dans la foulée j’ai enchaîné avec le deuxième tome, la bête fait ses 980 pages et je me donne encore deux mois pour peaufiner le texte.

Entretemps j’ai donné à lire et à corriger le manuscrit du premier roman à une amie, fine lectrice disposant de yeux bioniques pour repérer les erreurs (on a beau être 7ème dan en orthographe, on peut en laisser passer une chiée), avant de l’envoyer en janvier aux éditions Bragelonne (tant qu’à faire, soyons ambitieux. Et puis « Bragelonne », c’est tellement dumasien, comment résister ?). Apparemment, le délai avant d’avoir une réponse se situe entre six mois et un an chez eux, mais quand je lis cet article, je me dis que ça doit bouchonner pas mal et que ce n’est pas gagné. Pas grave. J’attends jusqu’à juillet puis j’enverrai le chef-d’œuvre chez un autre éditeur. Et de toute façon, j’ai le tome III qui va bientôt m’accaparer l’esprit, on va pas non plus se ronger les sangs avec tout ça !

En tout cas, voilà, tout cela pour dire que les Bulles de Japon bullent méchamment et que ça risque de durer encore un peu (beaucoup ? passionnément ?…). Mais allez, grâce à un peintre qui est venu dans mon bureau la semaine dernière et dont l’intervention m’a obligé à en virer tous mes livres (j’en ai encore mal au dos), il se trouve que je suis retombé sur ce photobook d’Araki…

 

… et que je vais exceptionnellement prendre un peu de temps pour vous en causer un peu.

J’avais complétement oublié que je me l’étais procuré sur Mandarake lors d’un séjour au Japon. La demoiselle en couverture est cette Cosmosco (Aki Sakurako de son vrai nom), un peu l’équivalent de Melody Nelson pour l’homme à l’iguane. Rassurez-vous, on n’est pas non plus en Gainsbarrie, le livre est relativement sage. Mélangeant N&B et couleur, le livre fait la chronique sur plusieurs années du lien entre le photographe et un de ses jeunes modèles, dans une période où la jeune fille est en train de se transformer en jeune femme. Rien de scabreux, c’est juste élégant, gentiment sensuel et assez varié dans son contenu, le tout agrémenté de commentaires manuscrit d’Araki et de beaux dessins d’éléphants.

 

Si vous n’êtes pas fana de son Tokyo Lucky Hole et de ses photos poilues qui tachent un peu, Cosmosco est pour vous ! Et doublement pour moi car on retombant sur le visage de la couverture, j’ai dit la même chose qu’Angelo Badalamenti dans Mulholland Drive :

This is the girl !

Il n’est pas toujours aisé de se représenter mentalement à quoi ressemble un personnage de roman. D’ailleurs on en éprouve pas forcément le besoin en tant que lecteur. Mais quand vous êtes le marionnettiste en chef, c’est autre chose. En tout cas, moi, j’ai besoin pour certains personnages, pas forcément pour tous, de les désembrumer un peu, d’avoir en tête quelques traits, une couleur de cheveux, une expression, une rondeur aimable (surtout une rondeur aimable d’ailleurs), etc.

Et parmi le noyau dur de personnages importants à qui je fais subir certains désagréments, se trouve justement une gamine de seize ans pour laquelle la redécouverte de cette couverture a été une révélation. Oui, this is the girl indeed ! Ses traits s’en approchaient déjà dans mon esprit mais là, ça va être maintenant un vrai plaisir de voir ce visage mutin apparaître au milieu de la forêt de mots d’un paragraphes. Ce qui prouve au moins une chose : on sous-estime trop les bienfaits qu’il peut y avoir à être emmerdé dans votre bureau par un artisan peintre.

 

Lien pour marque-pages : Permaliens.

13 Commentaires

  1. « Olrik est revenu !! » J’entends les cris de joie des adorateurs de dieux oubliés. Vivement la suite de tes pérégrinations littéraires, j’ai hâte d’en savoir plus et surtout de voir ta saga publiée. Evidemment, nous pourrons envisager d’en faire un JDR !!

  2.  » Evidemment, nous pourrons envisager d’en faire un JDR !! »
    Ça pourrait être beau ! ^^
    Le pire c’est qu’il y aurait matière à.
    Content d’avoir un commentaire d’Applewood en tout cas, ça faisait longtemps, et comme l’annulation définitive au mois de juin du festival d’Angoulême ne permettra pas de nous revoir, j’essaierai de te contacter très bientôt.

  3. Comme d’autres je me posais des questions sur cette pause… Mais après lecture de ce billet, je lis que tout va bien, et donc en pleine activité créatrice ! On suit l’affaire. Bonne continuation ! (ps : c’est drôle parce que je suis en pleine découverte, à travers un gros gros volume, d’un photographe de la même génération qu’Araki, Masahisa Fukase, mais lui décédé en 2012).

  4. Quel est le volume en question ? Une édition japonaise je suppose ? Je ne crois pas que Fukase (je dois avoir un dossier avec certaines de ses photos dans mon disque dur) ait eu l’honneur d’une publication en France.

    • C’est une monographie réalisée – fort bien par ailleurs – par les éditions Xavier Barral et parue en 2018.

  5. Petites questions techniques : tu écris combien d’heures par jour ? Tu as ralenti le rythme de tes lectures par rapport à d’habitude ou pas du tout ?

  6. Pour le nombre d’heures, tout dépend de si je suis en vacances ou en période de travail, ou si je suis en phase d’écriture ou de relecture.
    La semaine dernière j’étais en vacances et cela a été assez épique. Réveil à huit heures, écriture jusqu’à onze, puis reprise à treize pour quatre-cinq heures devant mon écran. Mais je raisonne plus en terme de nombre de mots à écrire par jour plutôt qu’en nombre d’heures. 2000 est le minimum, 4000 une bonne moyenne, à partir de 6000, c’est youpi ! Là où je suis assez content de moi, c’est que même en période de travail professionnel, j’arrive à garder une tension qui me fait revenir chez moi non pas patraque mais avec l’envie d’en découdre, de relire et de pisser de la ligne.
    Quant aux lectures oui, le rythme a baissé, c’est certain. Mais ce qui a changé surtout c’est que le choix des livres se fait en fonction de ce qu’ils peuvent m’apporter dans ce que j’écris. La pure lecture plaisir déconnectée de tout se fait surtout par les mangas et la BD.

  7. « Mais ce qui a changé surtout c’est que le choix des livres se fait en fonction de ce qu’ils peuvent m’apporter dans ce que j’écris.  »

    Un exemple peut-être ?

  8. Tiens, « Claudine à l’école », que je t’ai pas mal vanté. Je l’ai commencé parce que j’ai eu l’intuition qu’il allait m’être utile. Bingo !
    Relecture aussi de « La Pierre et le Sabre » et « La Parfaite Lumière », d’Eiji Yoshikawa.
    Et dernièrement j’ai lu pas mal de Sonnets de Louise Labé aussi.
    Colette, Yoshikawa, Louise Labé… ne t’inquiète pas hein ! tout cela fait sens dans ma tête !

    • Mmm… Je me souviens d’une interview de Leïla Slimani qui disait que ses lectures, en période d’écriture, étaient liées à son roman en cours. Des lectures qui n’y étaient pas liées par le thème, mais par la musicalité.

      On va dire que ta trilogie improbable Colette / Yoshikawa / Labé suit cette même démarche ^^

  9. Non, non ! Musicalité ET thème.

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