Distant Thunder (Kichitaro Negishi – 1981)

Mitsuo (Toshiyuki Nagashima) est un jeune homme de 26 ans qui gagne sa vie grâce à la serre à tomates familiale qu’il gère quasiment tout seul. Son père s’est enfui avec sa bonne amie et Mitsuo vit dans la maison familiale avec sa mère et sa grand-mère sénile. Rien de bien exaltant aussi ne dit-il pas non lorsque sa mère lui propose de rencontrer une fille qui serait un bon parti : Ayako (Eri Ishida), la fille d’un type tenant une petit station service. Mais avant de la rencontrer, il batifole un temps avec la patronne d’un bar, Kaede (Rie Yokoyama). Mais découvrant qu’elle est mariée, il n’ira pas plus loin avec elle et laissera son pote Hiro lui faire une cour assidue… et dangereuse.

遠雷 (Enrai)

Film ATG sorti en 1981, Enrai récolta l’année suivante moult récompenses à divers festivals, notamment celui de meilleur acteur pour Toshiyuki Nagashima. Si bien sûr les récompenses ne font pas forcément les bons films, il faut reconnaître ici qu’il n’y a pas tromperie sur la marchandise tant le film sonne juste dans cette petite chronique d’un mariage qui alternera les moments doux avec des psychodrames, psychodrames qui loin de déstabiliser la mariage à venir, sera un engrais vivifiant, à l’image de ceux que Mitsuo utilise pour ses tomates.

Pour le côté documentaire de la chose, on apprend par ailleurs qu’une tomate ne doit surtout pas être cueillie lorsqu’elle est trop rouge. Non, attendez, ne partez pas, le meilleur est à venir !

La comparaison n’est pas si forcée quand on sait combien ces légumes fonctionnent comme un leitmotiv tout le long de l’histoire, la serre où Mitsuo les cultive fonctionnant un peu comme un révélateur des passions qui se jouent chez chacun des personnages. C’est par exemple un endroit où, malgré l’inconfort, on y fait fréquemment l’amour :

Une bijin, des plans de tomates : le bonheur d’un homme tient parfois à peu de chose.

Alors que Mitsuo et Ayako ont entériné le choix du mariage et qu’une réelle complicité amoureuse est en train de se faire sentir, l’endroit verra une multiplication de petits gestes amoureux qui culmineront avec cette scène durant laquelle ils feront l’amour dans l’obscurité, scène faisant écho à leur première scène intime du film, dans un love hotel juste après leur première rencontre. A cet instant, un virage décisif est pris : le charmant petit couple sait que le mariage sera la conséquence inéluctable (et ardemment voulue) de leurs ébats dans la paille.

Mais la serre est aussi témoin de moments plus durs. Tout n’y est pas édenique. Si on y trouve d’un côté de belles tomates bio et les seins d’Eri Ishida (là aussi, le parallèle n’est pas à prendre à la légère, on ne soupçonne pas assez la suggestivité érotique des tomates !) …

Seins d’ailleurs garantis 100% bio et élevés au grain. 

… Mitsuo doit aussi batailler contre des insectes qui menacent de ruiner sa récolte. Cette menace annonce celle qui peut planer au-dessus du projet de mariage et qui est le fruit aussi bien de l’indécision d’Ayako au début, que des déboires de Hiro avec sa patronne de bar (mais aussi d’autres émanant de la famille même de Mitsuo, comme ce père volage ou sa grand-mère franchement pénible). Les vingt dernières minutes du film sont sur ce point particulièrement réussies puisqu’il s’agira pour Mitsuo d’être présent à son mariage, d’être pleinement heureux, de bien commencer sa vie avec sa jeune épouse (qu’il a par ailleurs mise en cloque) mais aussi de gérer le père Hiro pour lequel c’est loin de se passer aussi bien.

Hiro et Mitsuo, courageux cultivateurs de tomates.

Dans le rôle de Mitsuo, Nagashima est vraiment remarquable. Par son énergie et son bon cœur qui l’amène parfois à mettre en péril son propre bonheur, il m’a fait penser à Momojiro Hoshi, l’énergumène camionneur de la série des Truck Yaro, mais un Momojiro qui queuterait et qui serait capable de trouver sa dulcinée et de construire un foyer avec elle. Les scènes avec Eri Ishida (grosse envie de la voir dans d’autres films ) fonctionnent parfaitement…

Et Ô combien !

… et culminent lorsqu’ils chantent ensemble une chanson devant les invités du mariage. Nagashima, qui vient alors de vivre des montagnes russes émotionnelles, est alors vraiment touchant, pleurant à la fois de joie et de tristesse. C’est le 遠雷, la foudre du titre qui lui est tombée dessus, et sans doute sa vie avec Ayako lui en réservera d’autres (la dernière scène avec les promoteurs immobiliers cherchant à acheter son terrain peut être perçu en ce sens). Mais qu’importe ! il ne fait pas de doute que les deux personnages, éminemment optimistes, sauront parer aux coups du destin.

Deux heures et quart consacrée au désir de se marier d’un paysan faisant dans la tomate, ça peut paraître beaucoup, surtout si vous avez été échaudé par des films estampillés ATG (films parfois austères, il faut bien le dire). Mais l’excellente interprétation des acteurs, la virilité pétrie de bons sentiments émanant de Nagashima, et l’érotisme à la fois discret et torride des deux actrices principales concourent à faire d’Enrai un film extrêmement plaisant à suivre et finalement une bonne porte d’entrée dans l’univers ATG.

Sinon, n’oubliez pas, mangez des tomates, c’est plein de vitamines A, B, C et E.

8/10

 

Distant Thunder est sorti en bluray chez King Records. Très belle copie, sans sous-titres. 

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4 Commentaires

  1. Je viens de tomber amoureux de l’actrice.

    • Ce film m’a rappelé son existence. Je savais qu’elle avait fait l’objet d’un photobook signé Shinoyama mais je ne l’avais jamais vue dans un film. C’est réparé et je ne le regrette pas. Le moment où elle se montre dans le plus simple appareil dans la chambre du love hotel m’a bien coupé le sifflet.
      Tiens, en attendant un futur article “bijin de la semaine” :
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      • Elle a même sorti un photobook le mois dernier signé Peter Lindbergh… A presque 60 ans, on peut dire qu’elle vieillit bien.

  2. Elle a beaucoup travaillé pour cela : c’est l’une des égéries de RIZAP, l’entreprise qui propose des trucs pour mincir. Mate la métamorphose :

    Connaissais pas sinon ce photobook, m’en vais aller vérifier tout cela. Là, je me mate un épisode d’Ultraman 80 (j’adore ce genre de samedi après-midi !) dans lequel elle a joué. Ouais, ça sent un prochain article qui va lui être consacré.

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