Du bain de foule au bain glacé

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Dimanche 24 juillet

Le W-E vient de s’achever et avec lui l’Erekocha matsuri, ce festival de danse que je me fais à chaque fois une joie de suivre mais qui cette fois-ci s’est quelque peu dérobé à mes attentes. D’abord parce que lors de la première journée, j’ai dû me coltiner Olrik jr et Olrik the 3rd de midi à 16h30. Or, j’ai très vite compris combien le festival n’allait que médiocrement les intéresser. Du coup il a fallu ménager des pauses kakigori et une halte au mr Donut du coin afin de ne pas les laisser sombrer dans le plus noir désespoir. Bien joli mai ce n’est pas cela qui allait me laisser les coudées franches pour faire des photos comme je voulais.

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« Laisse tomber les photos Olrik kun, et viens plutôt faire un duel de verres de shochu avec moi ! »

Quant à aujourd’hui, déception à nouveau du fait d’une maudite pluie qui s’est déclenchée vers 16 heures et qui a fini par avoir la peau de ma patience. A 18H30, de guerre lasse, j’ai rangé l’appareil photo et me suis rendu au sento afin de racler la crasse et rentrer frais et dispo à la maison où la dégustation d’une bière achèverait de me retaper.

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« Kami Sama ! Bulles de Japon est à Erekocha matsuri ! Saluons ses lecteurs ! »

Malgré cela, la provision de photos et de vidéos a été faite. Reste à éplucher le résultat, chose que je ferai en rentrant en France. Pour le moment, petite pause, on empoignera frénétiquement l’appareil très bientôt puisque the Olrik family va être « on tour » le temps de déclencher un Japan Rail Pass d’une semaine pour un périple qui nous enverra du côté de Takatsuki, d’Osaka, de Kyoto et de Tokyo, avec pour cette dernière un passage de deux jours pour mézigue façon loup solitaire.

Petite déception l’Erekocha de cette année donc, mais pour la première fois, je me rends compte que je glisse sur cette petite avanie. Il faut vous dire ici que lorsqu’il se trouve au Japon, le père Olrik est une sorte d’Harpagon terriblement avare de son temps. La moindre journée, la moindre heure, la moindre minute devant êtres mises à profit afin de retourner en France sans la moindre once de regret, état d’esprit qui m’a parfois amené, j’avoue, à être un tantinet infect, m’amenant à refuser en bloc des visites organisées par ma femme sous prétexte que je ne voyais en elles aucun intérêt et surtout pas un intérêt photographique.

Tout cela pour dire qu’en temps normal, j’aurais été d’une humeur massacrante. Mais là, serein je suis, sans doute parce que la fièvre de ce festival causée par la chaleur, la fatigue et ces numéros de danse, est tout de même bien présente. Ensuite parce que les deux journées se sont conclues ICI, et que je ne connais pas de meilleurs moyens pour effacer toute aigreur de l’âme et ce sentiment de fatigue qui peut surgir lorsque l’on se trouve noyé par l’effervescence d’une foule japonaise compactée sur des trottoirs. Oui, sur le coup de 18H30, je sentis qu’il était définitivement temps de changer de type de bain.

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A partir de cet instant commence la deuxième partie de l’article. Evidemment, comme  je n’ai pu entrer avec mon appareil (pas le génital, l’autre, le GX80), je vais illustrer l’article avec des photos prises sur le net. Evidemment – vous vous en doutez bien – elles ont été choisies selon leur pertinence informative. Ainsi cette photo où vous pouvez apercevoir en bas, près du bord du bassin, un de ces petits seaux qui permettent de se mouiller avant de pénétrer dans l’eau.

Ce sento est de ces sentos hybrides qui possèdent des bassins intérieurs mais aussi une partie à l’extérieur essayant de restituer l’atmosphère des onsens. Je me souviens de mon émerveillement lors de ma première visite dans ce type d’établissement. Après s’être délesté de ses affaires mises dans un casier, on file tout nu dans la partie intérieur où l’on va se décrasser, assis sur un petit tabouret en plastique, en usant du savon et du shampoing fourni par la maison et surtout la douchette située à cinquante centimètres du sol. Je rêve du jour où cela sera la norme en France. Qu’on se le dise, la douche est un moment qui doit se vivre assis et non debout, meilleure position pour se frotter partout sans risquer de sa casser la gueule et surtout pour pleinement se décontracter.

Tellement plus plaisant.

Une fois l’opération terminée, on peut s’essayer aux différents bassins proposés : bassins d’eau chaude, d’eau glacée, d’eau tempérée, d’eau envoyant de petites décharge électriques, d’eau parfumée, d’eau envoyant des jets à forte pression pour faire leur fête aux bourrelets, il y en a pour tous les goûts. Personnellement, je tâte de tout excepté du bassin Claude François. Se détendre dans de la flotte qui vous balance des décharges, merci bien !

L’endroit le plus apaisant est bien sûr l’extérieur. D’abord à cause du soin qui a permis de recréer l’atmosphère d’un onsen (tout cela fait un peu artificiel, certes, mais on s’y sent tout de suite bien), ensuite pour le calme qui y règne, l’intérieur résonnant souvent du bruit des multiples douches prises au même moment. A l’extérieur, sauf lorsqu’il y a quelques enfants, les gens ne se parlent pas, ou alors en toute discrétion. On n’est clairement pas là pour rigoler mais pour se laver, non pas le corps, opération effectuée au tout début à l’intérieur, mais l’esprit. Pour cela, chacun semble avoir ses moyens de prédilection. J’ai vu des hommes qui passaient moins de temps dans les bassins que sur les chaises en plastiques à disposition, le regard absent ou les paupières fermées, perdus dans une longue inaction que l’on suppose être la parfaite antithèse du travail effectuée dans la journée.

Pour moi qui ne suit qu’en vacances, occupé à sillonner des matsuris pour prendre des photos, c’est autre chose. Mais après le tourni causé par un matsuri brassant des dizaines de milliers de personnes, il y a aussi le besoin de se régénérer afin de ne pas décevoir Madame qui ne retrouverait plus son héros mais à la place une sorte de larve indigne. Pour cela, j’ai trouvé la combinaison ultime qui me permet à chaque fois de ressentir ce qu’a pu éprouver Ulysse après avoir été baigné par les Phéaciennes et avec les bons soins d’Athéna. Pour ceux qui projetteraient un jour de se rendre au japon et de tenter l’aventure dans ce type d’établissement, c’est le moment de sortir votre calepin à spirales. Notez bien :

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1) Le sauna

Tous les onsens et les sentos n’en disposent pas mais celui-ci, si (au pire, allez dans le bassin le plus chaud). On passe une porte pour pénétrer dans une antichambre qui donne déjà une solide idée de l’enfer qui vous attend. Un petit jet d’eau est gentiment mis à disposition pour vous rafraîchir le gosier. Un conseil : ne le snobez pas, une gorgée ou deux d’eau bien fraîche est le meilleur moyen de faire long feu (c’est le cas de le dire) dans l’endroit  qui vous attend. Vous passez alors par la deuxième et dernière porte et là, vous comprenez illico que vous allez morfler (si j’ai bien lu la pancarte sur la porte, les enfant de moins de douze ans sont priés de rester en dehors, tu m’étonnes, John !). L’endroit présente quatre grosses marches en bois recouvertes de serviettes éponges sur lesquelles on est prié d’aller disposer un postérieur déjà ruisselant de sueur par tous ses pores. C’est bien simple : tout vous brûle. La peau, les yeux, la gorge, les poumons, le zob et même les cheveux ! on a aussitôt envie de repartir mais comme on s’appelle Olrik et qu’il y a déjà à l’intérieur des habitués qui endurent stoïquement leur combustion, on se dit qu’allez ! on va faire un effort, qu’on va s’asseoir dignement et se fixer un objectif de quelques minutes. Fort opportunément une horloge se trouve à l’un des murs pour vous aider à atteindre cet objectif. Sauf que cet outil se transforme très vite en instrument de torture. Vous fermez les yeux pour oublier le temps qui passe puis vous les ouvrez pour vérifier l’heure mais là, stupeur ! c’est pour constater que seules dix secondes se sont écoulées. Autant dire que les dix petites minutes que vous vous êtes fixées comme objectif ont alors l’apparence du doux rêve et que ce sera plutôt cinq que dix.

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Pendant ce temps, de l’autre côté de la palissade séparant les bassins des hommes de ceux des femmes, ça papote et ça met la clim’ à donf !

Et le téléviseur placé derrière une paroi en plexiglas pour vous distraire n’y change rien. Il est certes trippant de voir des matchs de sumo dans cet endroit, mais il n’empêchera en rien le moment où votre corps l’emportera sur votre volonté et se lèvera pour sortir. On descend les marches d’un pas qui se veut assuré pour montrer quel cador vous avez été mais en fait, c’est avec la conscience qu’il s’en faudrait de peu pour que vous trébuchiez devant tout le monde et que vous étaliez piteusement comme un sumo novice devant un yokozuna. Vous repassez par l’antichambre et là, en reprenant au passage une gorgée d’eau, vous comprenez qu’il n’y a finalement pas que la bière dans la vie et que l’eau, c’est quand même pas mal. Vous repassez par la première porte, avalez de larges goulées d’air frais, vous êtes maintenant prêts à tenter…

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2) Le bassin du zéro absolu

Oui, souvenez-vous du zéro absolu dans certains épisodes de Saint Seiya, c’est l’expérience qui vous attend. Le bassin fait autour de 10° mais après l’enfer du sauna, autant dire que le choc thermique vous donne l’impression de plonger dans un lac de Sibérie. Avant cela, un petit tonneau rempli d’une eau plus chaude de quelques degrés vous invite à vous en asperger avant de connaître les délices de la glace liquide. Le bassin fait à peu près deux mètres de diamètre et est constitué de rochers habilement disposés, certains permettant de s’asseoir, le temps de mouiller les jambes avant de tenter l’immersion totale. C’est ce que je fais, le misérable gaijin que je suis n’a pas encore la force d’airain de certains homo japonicus faisant limite un triple salto arrière dans ce bassin juste après le sauna.

Une fois immergé, c’est le panard total. Cette fois-ci pas de problème avec le temps. Au sauna il ne passait pas assez vite, là il pourrait se passer une heure qu’on aurait l’impression d’y avoir passer seulement une poignée de minutes. C’est de nouveau une sensation d’engourdissement mais bienfaisante celle-ci, pas agressive comme l’autre vécue au sauna. L’effet reste cependant le même : qu’il faille descendre des marches ou en monter pour en sortir, le pas sera hésitant. Et quand vous en serez sorti, il sera même quelque peu défaillant. Si dans le sauna le corps criait son envie de sortir, après le bain froid il semble vous susurrer, totalement inerte, qu’il serait bon de le laisser se reposer quelques instants dans un endroits adaptés. Inutile de discuter, vous voyez bien que ça commence à tourner autour de vous et en ce qui me concerne, c’est quasiment en rampant que je me traîne jusqu’aux…

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3) Pierres de réconfort

Ce n’est pas une invention des Japonais à destination de la Corée mais bien du meilleur moyen de remplir les batteries mentale et physique de votre organisme. Il s’agit en fait de pierres chauffantes. Rassurez-vous, ce n’est pas l’horreur du sauna qui recommence, les pierres sont juste un peu chaudes, pas brûlantes. On met un peu d’eau dans un petit récipient, on balance le tout sur la place où on veut s’allonger, puis, justement, on s’allonge et on attend. Avec pour ma part à chaque fois le même effet en pierre chauffantesdeux temps. D’abord l’impression d’être au centre de tout et que tourne autour de moi. Dans le sens physique de l’expression : si j’ouvre les yeux je m’aperçois que ces derniers ont bien du mal à accrocher les détails visuels devant eux, ceux-ci dansant une sarabande inquiétante. Mais ce n’est pas grave : on ferme les yeux et on laisse s’égrenner les minutes. Pensez à ce que vous voulez, l’issue sera inéluctable : après le zéro absolu, c’est l’éveil au septième sens que vous atteindrez. Moi, je pense seulement au plaisir de me trouver là. Après quelques minutes je lève les paupières : la sarabande s’est arrêtée. Je reste encore un peu pour la forme, histoire de penser à la chance d’avoir fait ce premier voyage douze ans plus tôt, d’y avoir rencontré ma femme et d’avoir continué depuis à faire ces séjours ponctuant une parenthèse existentielle qui semble vouée à ne pas connaître de fin.

Pour le sento/onsen, il y a en revanche bien une fin. En quittant les pierres chauffantes, je m’aperçois que je ne sais trop si je suis chaud à l’extérieur et froid intérieurement, ou si c’est l’inverse. Une chose est sûre : ma carcasse est alors un cocon sur lequel glissent les éléments extérieurs. Il n’a plus qu’à se rhabiller, à déguster une de ces petites bouteilles de lait vendues à l’entrée puis à regagner la maison. Tout à l’heure la surexcitation y régnait du fait d’une après-midi passée entre grands-parents et petits-enfants. Il n’y restait plus qu’à siroter une bière fraîche et à profiter béatement de l’atmosphère en se disant que ouais, cet erekocha matsuri un peu raté, ce n’était pas si grave.

 

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2 Commentaires

  1. J’ai d’abord lu l’article « désir de vert ». Et force est d’avouer que faire un footing c’est queud en comparaison de l’odyssée corporelle que semble constituer un passage au sento ou au onsen 🙂 Bons bains futurs, Olrik, mes amitiés à madame et à Olrik the second et the third, et peut-être bons fragments de match de tennis : Kei Nishikori est en demi-finale du Masters 1000 de Toronto, où il défiera Stanislas Wawrinka, en grande forme.

    • j’ai connu cette après-midi à Kyoto une expérience phyique encore plus extrême : tenir dans mes bras, durant quinze minutes, un Olrik the third terrassé par la fatigue alors qu’il faisait un joli 35°C. J’ai à ce moment un peu mouillé le maillot.
      Sinon je suis totalement connecté du tennis, en dehors de tes articles que je lis le matin lorsqu’ils tombent dans ma boite mail. En fait pour moi, l’actu Nihikori c’est surtout voir ici sa trombine sur des pubs. la dernière en date était pour des produits d’entretien ! Peut-être va-t-il nettoyer vite faire notre ami helvète ?

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