Fugainai boku wa sora o mita (Yuki Tanada – 2012)

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Takumi, un lycéen, entretient une liaison avec Satomi, une jeune femme mariée à un homme quelconque et manipulé par une mère hystérique qui n’a qu’une obsession : que son fils adoré ait un enfant. Devant la difficulté à en avoir un, Satomi multiplie ses chances en faisant régulièrement l’amour avec Takumi sans chercher à se protéger. Tout bascule quand la belle-mère découvre qu’elle trompe son fils avec un lycéen. Le marché est terrible : soit elle accepte de partir aux Etats-Unis pour trouver une mère porteuse, soit elle refuse mais alors la sex tape de ses ébats avec Takumi sera diffusée partout. Pendant ce temps Ryota, un ami de Takumi, doit faire face à une mère irresponsable endettée jusqu’au cou et s’occuper d’une grand-mère sénile tout en bossant au convini du coin pour essayer de subvenir aux besoins de la famille…

Fugainai boku wa sora o mita (« paresseux, je regardais le ciel ») commence avec deux cosplayeurs qui se le jouent hentaï et se termine avec une scène d’accouchement. Entre les deux on assiste à deux heures vingt parfaitement maîtrisée par Yuki Tanada, la réalisatrice de Ain’t no tomorrow et qui, avec ce 5ème film, signe un petit chef d’œuvre et montre encore une fois combien elle est capable de filmer l’adolescence. L’adolescence et la famille puisque le film ne se contente pas de suivre Takumi et Ryota. Au fur et à mesure que l’intrigue se développe, il se montre ambitieux et finit par nous livrer toute une galerie de portraits d’enfants miséreux et pratiquant le vol à l’étalage, d’adolescents désireux de connaître leurs premiers émois, d’autres plus préoccupés par leur avenir afin de s’émanciper le plus tôt possible, un père lâche, une femme au foyer désespérée, une mère possessive et une autre mère aimante dont le métier est le plus tragique et le plus beau qui soit :

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Tragique et beau car entre ses mains passent des enfants dont la vie ne tient parfois qu’à un fil. En tant que sage-femme elle se doit d’aider au maximum ces petites vies à franchir un cap. Mais il faut tenir compte d’un autre facteur, celui de la volonté, de la capacité à vivre du nouveau-né et sur ce point, certains sont plus armés que d’autres. Il n’en va guère autrement de son fils Takumi, grand bébé de 17 ans :

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Ici en compagnie d’une demoiselle de son âge folle amoureuse de sa personne. Cela pourrait parfaitement bien se passer, n’était son désir de jouer à d’autre jeux en compagnie d’une femme plus âgée :

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Précisons ici que Tanada a une manière de filmer les scène de sexe à la fois très crue et très juste.

Ce sera sa faute, son boulet qu’il va devoir expier plusieurs semaines. Filmés pas les soins de la belle-mère, les deux tourtereaux vont voir leur réputation en prendre un sacré coup. Ainsi Satomi qui voit sa porte d’entrée quelque peu malmenée :

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Ou Takumi qui voit ce type de flyer…

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… être distribué dans la moindre boîte aux lettres de son quartier et bien sûr dans le moindre pupitre des salles de son lycée.  Il décide alors de rester chez lui, prostré, indifférent aux encouragements de sa mère ou de son ami Ryota :

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Véritablement, Takumi est ce « boku » (moi) du titre, cette personne paresseuse, lâche, qui regardait le ciel bleu, ici matérialisé par le rideau. En cela le titre international fait un contresens. The Cowards who looked to the sky : en aucun cas Ryota est un lâche. Fils unique d’une famille pauvre, il n’a de cesse de lutter pour au contraire essayer de s’en sortir. Ainsi travaille-t-il dans un convini après ses cours, convini dans lequel il doit supporter un supérieur désagréable. Il accepte aussi de s’occuper d’une grand-mère sénile qui ne l’aidera guère en provoquant à un moment une petite catastrophe dans l’appartement. Enfin, alors qu’il s’apprêtera à arrêter les études, il suivra les conseils d’un collègue de travail et continuera au contraire à s’accrocher afin de mieux pouvoir s’extirper de ce bourbier.

Il est donc la parfaite antithèse de Takumi. Lui aurait une parfaite raison de rester prostré à côté d’un rideau bleu mais au lieu de cela, il décide de lutter, à l’image du nourrisson que l’on verra plus tard dans le film. Comble de l’amitié, il enfoncera davantage son ami en postant des centaines des flyers évoqués dans des boites aux lettres. Manière sans doute de purger la rancœur liée à sa situation précaire mais aussi de montrer son mépris envers l’attitude pleutre venant d’une personne qui a toutes les conditions réunies pour réussir sa vie. A côté de cela, il le défendra face aux moqueries bien grasses d’autres élèves et essaiera de le secouer pour le convaincre de revenir au lycée.

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Ce sera l’un des doubles enjeux du film : d’un côté Satomi lutte pour donner la vie (mais cet acte trouvera sa réponse en quelque chose de plus satisfaisant pour elle), de l’autre Takumi essaiera de revenir à la vie. Les deux personnages ont fauté mais, comme le fera remarquer Mitsuyo, la pétillante assistante de la mère de Takumi, qui n’a pas fauté ? Ou plutôt : qui n’a pas un jour utilisé à mauvais escient son pénis ou son vagin ? Ce sera toute la malice de l’ultime dernier plan du film.

Film lumineux, Fugainai boku wa sora o mita offre au spectateur trois magnifiques portraits qui se complètent au fur et à mesure, au gré d’une narration suivant à tour de rôle les différents personnages et revenant à loisirs par des flash-backs sur leur passé. Rien de répétitif, tout est fait avec limpidité, avec bonheur par une Yuki Tanada inspirée qui nous fait ressentir une impression de flux narratif parfaitement adapté à cette idée de lutte pour la vie.

8/10

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Un Commentaire

  1. J’ai beaucoup aimé les deux premiers films de la réalisatrice, surtout « Moon & Cherry ». Comme tu le dis, elle filme les scènes de sexe de manière frontale, toujours avec justesse.

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