Les Sept Samouraïs (Akira Kurosawa – 1954)

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Parmi les multiples critères qui font d’un classique un chef d’œuvre absolu du 7ème art, je vois ceux-ci : une capacité à émerveiller le spectateur à chaque visionnage, une capacité à livrer à chaque fois des détails qui en accentue la richesse, une capacité à se bonifier non pas en fonction de l’âge de l’œuvre mais celui du spectateur. Si je ne me suis pas trompé c’est la troisième fois que je déguste le chef d’œuvre de Kurosawa. La première ne m’a laissé aucun souvenir, étant trop jeune à l’époque. La deuxième à l’époque des années fac avait été bien plus profitable et les 3 heures 20, après plusieurs visionnages des Sept Mercenaires, avaient constitué une fascinante découverte du matériau d’origine. La troisième, effectuée la semaine dernière, m’a laissé anéanti sur mon canapé. Anéanti mais ivre de bonheur d’avoir été immergé dans une œuvre à l’image du petit coin de verdure fleuri sur lequel s’allonge le jeune Katsushiro.

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Trop de fleurs, trop de détails à repérer, à soupeser au regard du reste du film mais qu’importe, on y est bien et on trouvera bien les moyens de leur jeter un sort lors de visionnages ultérieurs. Je lis parfois sur le net des commentaires de cinéphiles disant qu’ils attendent patiemment une ressortie sur grand écran d’un classique, si possible en version restaurée, pour enfin le voir pour la première fois de leur vie dans des conditions optimales. Vœu pieux que je respecte mais que je trouve en ce qui me concerne regrettable. Il peut être bon en effet de voir et revoir un film à différents moments de sa vie et ce quelque soit la qualité du support. Si l’œuvre est vraiment digne de sa réputation, elle entrera alors en résonance avec l’expérience, la maturité, la culture du moment du spectateur et chaque revisionnage agira comme une nouvelle révélation. C’est ce qui s’est passé avec les Sept Samouraïs. Je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de le revoir cet été lors de sa ressortie en salle mais du moins ai-je pu le voir dans une version blu-ray sur mon téléviseur. Cela aurait pu être mieux mais cela m’a amplement suffi pour me sentir propulsé au Japon du XVIème siècle et être touché par la bataille des sentiments qui se jouent entre ces êtres à la fois communs et d’exception.

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Récemment je suis tombé sur un article évoquant tout le bien que Godart pensait de Kurosawa : juste un « Ralph Habib un peu mieux nippé ». En comparaison, Mizoguchi savait au moins comment « dépasser l’anecdote et le clinquant pour nous délivrer la vérité brute avec une maestria ». A cela on va garder notre calme, sa la jouer zen en contournant le cafard et résister à la tentation de l’écraser. Car s’il y a bien un mot qui vient à l’esprit au visionnage de la moindre scène des Sept Samouraïs, c’est justement celui de maestria. Et à chaque fois sans clinquant, toujours avec une désarmante simplicité qui se passe de surcharge narrative pour expliquer ce qui se passe. Ainsi la naissance de la sensualité est à jamais symbolisé par le plan de la jeune Shino en train de se laver les cheveux :

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Et le plan qui suit montrant son père fait immédiatement comprendre son désarroi devant une transformation qu’il ne peut empêcher :

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L’épouse d’un des paysans, devenue prostituée et retenue captive par des brigands, fait sentir en un seul regard toute hébétude et le désespoir de sa situation :

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Katsuhiro, dans son idylle avec Shino, sera tout effrayé par ce que lui propose la jeune femme :

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Position sans ambiguïté qui aura pour résultat cette expression :

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Le jeune homme, idéalisant l’amour sur son coin de verdure, est choqué par la vision de l’amour que lui offre la jeune femme. A l’arrière-plan, les sombres ramifications des branches qui contrastent avec le tapis de fleurs. Si ces dernières renvoient à la conception naïve de l’amour, les branches pourraient être vues comme une représentation compliquée et obscure de l’amour (et de sa principale instigatrice, la femme).

Et l’on pourrait multiplier les exemples combien l’expression « mise en scène » n’est pas un vain mot chez Kurosawa. Chaque plan, chaque détail, chaque expression de visage fait sens. Un tel perfectionnisme pourrait agacer et faire crier à ce clinquant cher à Godart. Rien de tel ici. Les Sept Samouraïs sont de l’étoffe de ces contes et de ces mythes qui jouent sans retenue avec des thèmes (la mort, l’amour, la guerre) et des archétypes (le chef charismatique, le guerrier fanfaron, le jeune guerrier inexpérimenté, le guerrier maîtrisant son art à la perfection, le vieil aveugle à qui l’on vient demander conseil, etc.). Ne pas les accepter rend le visionnage insupportable. Mais les boire, c’est irradier le film d’un faisceau de symboles qui donnera l’impression d’avoir un condensé d’humanité, une épopée propre non pas à une seule nation mais au genre humain. Et donc avec une réception qui peut évoluer au fil de l’âge.

Pour ma part, je me contenterai d’évoquer ce qui constitue à mes yeux LA scène du film, scène dont je me suis demandé en la voyant comment j’avais pu l’oublier. Peut-être me poserai-je la même question pour une autre scène au moment de mon quatrième visionnage mais là, à la trentaine plus qu’entamée, elle m’est apparue de la même étoffe de ces scènes qui vous feraient presque crier grâce devant tant de puissance artistique, qu’elle soit le fait du réalisateur ou des acteurs. On est au cœur du film (grosso modo à la fin de la première moitié, les Sept sont réunis et ont pris leurs quartiers au village) et au cœur de ce qui va à mon sens cristalliser l’échantillon d’humanité et transformer les personnages en bien plus que de simples personnages de cinéma. Dans cette scène Kikuchiyo (Toshiro Mifune, j’ai presque honte de le rappeler) arrive tout content :

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Des paysans lui ont remis des armures et des armes ayant appartenu à des samouraïs. Puisqu’ils vont devoir affronter 40 bandits, c’est toujours ça de pris. Malheureusement, ses six compagnons montrent un tout autre visage :

sept samourais 10Incompréhension puis stupeur puisque Kyuzo lance un «j’aimerais tuer chacun de ces paysans». Rappelons que que Kyuzo est cet homme :

sept samourais 11Un homme au visage toujours de marbre, sorte d’incarnation du bushido, un guerrier dont la maîtrise dans l’art de tuer lui confère presque une aura magique. Ainsi son duel avec le samouraï fier-à-bras ou encore son intrusion en solitaire dans le camp ennemi pour s’emparer d’une arquebuse. Il reviendra sain et sauf, avec l’arquebuse, mais on ne saura jamais comment il s’y est pris. Peu importe en fait : quand Kyuzo se lance dans une action, c’est l’assurance de la voir couronnée de succès, qu’importe comment. Bref, c’est cet homme, ce magnifique samouraï, peut-être l’égal du chef Kambei Shimada, qui lâche ces paroles menaçantes. C’est que lui et ses compagnons ont compris une chose : les objets qu’apporte  Kikuchiyo ont appartenu à des samouraïs qui ont été assassinés par les paysans. Du coup, aider ces personnes leur devient immédiatement révoltant. L’histoire est alors au bord du gouffre, les six pourraient très bien décider de repartir et laisser les villageois se débrouiller tout seuls.

Reste que, voilà, si le spectateur est surpris par la sortie de Kazyo, ses quatre compagnons (le cinquième, le jeune Katsushirô, est dans sa verte vallée avec la belle Shino, pour lui il s’agit d’un enjeu bien différent et plus important) le sont bien plus devant la réaction de Kikuchiyo :

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Alors péteux de sentir unanimement désapprouvé (surtout qu’il a reconnu savoir pertinemment qu’il s’agissait d’armes de samouraïs assassinés), il passe illico à la révolte. Et attention, la transformation va être totale. De sous-samouraï irresponsable et inconscient de l’honneur voué à un guerrier quand bien même il serait mort, il va devenir non pas un grand samouraï mais simplement un homme tout à coup infiniment supérieur à ses maîtres. D’abord au premier plan, voûté, comme écrasé par l’ambiance et les cinq hommes, il va se redresser et accaparer l’espace sonore et celui de l’écran :

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La fin de sa tirade a en apparence des allures de défaite :

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Mais si défaite il y a, elle est plutôt à chercher du côté de ses cinq camarades :

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Pour les bienheureux qui n’auraient pas encore vu les Sept Samouraïs, gardons secret la teneur de ses propos. Disons juste que par ses paroles une double fusion s’est opérée. D’abord celle du monde des samouraïs avec celui des paysans. Puis celle de ces samouraïs d’excellence avec ce guerrier crotté, fort en gueule, vulgaire qu’est Kikuchiyô. C’est tellement improbable qu’on en doute, surtout lorsque le malicieux Heihachi présente la bannière qu’il a tissée :

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A la question de Kikuchiyo lui demandant ce que représente le triangle, Heihachi répond: «mais c’est toi !», provoquant l’embarras de Kikuchiyo et l’hilarité des six autres représentés sous forme de cercles. Face à l’attitude de Kikuchiyo on pourrait avoir l’impression qu’il est toujours « à part » dans le sens qu’il n’est toujours pas digne d’être sur le même plan que les six samouraïs. Et pourtant, il ne fait alors aucun doute que c’est tout l’inverse. Oui, il est bien « à part », mais plutôt dans le sens qu’il est quelqu’un d’exceptionnel qui mérite d’être en avant. Plus qu’un maître dans les arts martiaux (chose qu’il n’est pas d’ailleurs), il est celui qui a ouvert les yeux à ses compagnons, qui leur a donné une leçon, qui les a fait progresser, devenir meilleurs : en cela il mérite d’être dissocié symboliquement par ce triangle qui donne forcément à penser. Le féru de philosophie zen ou bouddhiste pourrait sûrement fournir une multitude d’interprétations à ce triangle et ces cercles. Si l’on accepte l’anachronisme, je trouve très adaptées les paroles de Morihei Ueshiba, le fondateur de l’aïkido, pour qui le triangle symbolise « l’âme commune » tandis que le cercle est « l’âme vigoureuse ». Kikuchiyo est cet homme qui réalise l’exploit de galvaniser d’un côté les paysans, de les faire s’élever vers les samouraïs, et d’abaisser de l’autre ses compagnons, abaisser dans le sens qu’il les fait quitter leur piédestal afin de les mettre à hauteur d’homme pour qu’ils comprennent le misère du sort de ces paysans. Il est le parfait trait d’union entre ces deux castes, un samouraï villageois, un homme-triangle épousant la forme même du village :

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Il est d’ailleurs amusant de noter que la préoccupation première de ce village en forme de pubis est d’abord de cacher les filles de peur que les samouraïs mercenaires ne les violent.

Aussi, dès cet instant, dès cette prise de conscience des autres samouraïs et cette acceptation de Kikuchiyo comme un des leurs, le groupe est mûr pour réaliser des exploits de légende et l’on se dit que ce chiffre de 40 bandits à vaincre n’est finalement que peu de chose pour ces sept-là et ces dizaines de villageois qui sont maintenant les armes à la main. D’une certaine manière, cela rappelle les Trois Mousquetaires lorsque Athos, Porthos et Aramis prennent sous leur aile le jeune d’Artagnan. A partir de ce moment, le groupe devient quelque chose d’autre, une sorte d’entité quasi mythologique n’ayant d’autre but de se plonger dans l’action pour réaliser des exploits frôlant la démence, comme dans l’épisode du bastion Saint-Gervais. Dément, Kikuchiyo le sera pour tous les autres : vociférant, hurlant, il sera sur le terrain un véritable démon, offrant son corps aux coups plutôt que cherchant à le protéger. Il y a en lui du titan que rien ne peut arrêter : flèches, lances, sabre, tout semble glisser sur lui. Cerise sur le gateau, tout comme Kanbei et Kyuzo, il aura les honneurs du ralenti pour glorifier un de ses exploits. Mais il y aura malheureusement une contrepartie : il partagera avec trois compagnons un autre point commun : celui de périr à cause d’une balle d’arquebuse.

Il est significatif qu’aucun des quatre samouraïs qui vont périr n’aient été atteint par une arme « noble ». Leur gloire n’est pas totale, subsiste cette honte d’avoir été vaincu lâchement par une arme moderne. Tout comme le Vicomte de Bragelonne peut être vu comme un roman historique crépusculaire, il y a dans les Sept Samouraïs un côté jidai geki ou chanbara crépusculaire. L’heure est-elle encore à ces guerriers assoiffés de gloire ? On rappelle ici que nous sommes au XVIème siècle et que oui, le monde des samouraïs a encore quelques siècles devant lui. Mais la modernité arrive, une modernité qui avec son lot d’armes nouvelles désenchante forcément cet univers mythologique. Et il y a la paix. Et l’économie, avec cette scène finale où l’on voit les paysans en fête en train de célébrer une nouvelle plantaison du riz. Et aux plants de riz enfoncés dans la terre par les mains de jolies paysannes aux croupes rondes et dont on devine qu’elles seront elles aussi bientôt reparties pour un nouveau cycle de fertilité :

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… répondent ces sabres enfoncés dans les formes rondes de quatre tumulus funéraires :

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Il y a forcément de l’amertume à la fin chez le spectateur. Une amertume liée à un fort sentiment de gâchis. Mais avec son corollaire : l’impression confuse que tout cela est nécessaire pour achever de donner de la puissance au tableau. Qu’est-ce qui est plus grand, plus extraordinaire qu’un exploit effectué par un incroyable héros ? La mort de ce même héros. Elle est l’ultime commotion qui vient saisir le spectateur et lui faire connaître le plaisir doux-amer devant le spectacle d’un édifice qui s’écroule.  Mais elle est aussi l’ultime condition pour consacrer le héros et le récit en quelque chose de supérieur. Kikuchiyo aura commencé sa vie comme paysan. Puis il sera devenu un vagabond, un faux samouraï, puis un homme samouraï, puis un héros. Puis quelque chose d’autre. Lui qui cherchait plus que tout à devenir samouraï, il en est devenu l’incarnation, le résumé fulgurant tout de fureur et de grandeur. Bref, il est devenu un mythe.  Et les Sept Samouraïs, avec sa collection de motifs symboliques, la plus glorieuse épopée du cinéma mondial.

«Le géant dormait de l’éternel sommeil, dans le sépulcre que Dieu avait fait à sa taille.»

le Vicomte de Bragelonne, chapitre CCLVI, La mort d’un titan

Du même tonneau (ou presque) :

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15 Commentaires

  1. Ce qui me dérange avec le « cafard », c’est l’impression de le voir s’obliger à fustiger un cinéaste au nom d’une réflexion de groupe au dépend de réflexion personnelle. La gué-guerre Cahiers/Positif, chacun tablant sur des cinéastes qu’ils défendaient corps et âme et en dégommant d’autres parce que idéalisés par la concurrence. Tout ça manquait beaucoup d’objectivité, même si l’objectivité en matière de cinoche (ou tout court), c’est dur d’en trouver… n’empêche, ils faisaient pitié à l’époque et le « cafard » faisait tout aussi pitié une fois face au maître.

    • Tiens, un article complet sur la question :
      http://www.lecinematographe.com/Akira-kurosawa-face-a-la-critique-francaise_a191.html
      A la place de Godard, je n’ose pas imaginer un Truffaut aussi piteusement sur la retenue en sa présence. Même s’il n’était pas connu pour avoir une plume faisant dans la demi-mesure, ça m’intéresserait d’ailleurs de savoir ce qu’il pensait des films de Kurosawa. Il a bien dû écrire des articles sur la question…

      • Intéressant ce papelard. Il rend bien compte de cette opposition.
        Quant à Truffaut, on peut effectivement supposer que son comportement aurait été tout autre, et à savoir s’il a écrit quelque chose sur le Bonhomme… je ne saurais dire. Il m’est arrivé de lire de vieux Cahiers. Par contre, je n’ai pas de souvenir de lui écrivant sur le maître.

        • La somme des écrits du père Truffaut doit être assez monumentale. Je ne veux pas croire qu’il n’ait jamais écrit Kurosawa. J’ai confiance, un type qui écrit CECI à Godard ne peut que porter un regard radicalement différent sur le maître.
          Enorme lettre qui me fait penser qu’il faudrait que je me procure l’édition de ses correspondances au livre de poche.

  2. Quelques miettes dans cette nécro dell’arte :
    http://www.liberation.fr/evenement/1998/09/07/un-homme-du-monde-entier-kurosawa-artiste-et-bon-vivant-raconte-par-son-ami-aldo-tassone_247584
    Où l’on peut lire, que Truffaut aurait dit de Kurosawa « qu’il ne sait pas montrer les femmes« . Et plus bas, que selon Antonioni, « Truffaut dit beaucoup de conneries« .
    Dans une itw de Truffaut par le cinéaste Kirio Urayama en 1963, le premier avoue n’avoir vu que trois films de Kurosawa.

    • Curieux qu’un cinéphile comme Truffaut avoue n’avoir vu que trois de ses films. Ou alors il y a de la posture de petit clan made in Cahiers, ce qui serait encore plus décevant.
      Reste qu’il serait intéressant de savoir s’il a vraiment dit cela sur les femmes de Kurosawa et quels sont ses arguments, sur quels films il se base. Après tout il faut bien reconnaître à Truffaut un certain talent pour peindre des femmes, j’ose espérer que ce ne sont pas que des paroles lancées pour épater la galerie.

      • Il doit bien y avoir une critique complète d’un film dans un des cahiers du cinéma…
        Dans son livre Les films de ma vie, il y a une sélection de 4 films japonais, mais pas de Kurosawa.

        • « Il doit bien », c’est ce que je me disais aussi mais après être tombé sur les index complets des 150 premiers numéros des Cahiers, il semblerait que non. A part Passions Juvéniles de Kô Nakahira, pas de films japonais critiqués par Truffaut. Quant à la critique des Sept Samouraïs, c’est Jean-José Richer qui s’y est collé. Si un lecteur l’a sous la main, qu’il n’hésite pas à la poster…

          • Ci-joint une synthèse de la critique française autour de Kurosawa.
            http://www.lecinematographe.com/Akira-kurosawa-face-a-la-critique-francaise_a191.html
            Ca confirme mes doutes, à savoir que Truffaut, Godard, devaient trouver Kurosawa trop conservateur (par positionnement idéologique ? ). Et pourtant, comme admirateur de Ford et Hitchcock, Truffaut avait quelques points communs évidents avec Kurosawa….

            Pour ma part, c’est une curiosité à chaque fois renouvelée de voir ce film. La prestation de Mifune est mémorable, ouais comme souvent avec l’animal, mais là, il crève l’écran, au propre comme au figuré, avec ce personnage « entre deux mondes ».
            On ne cessera de trouver la perfection dans ce film, c’est par contraste, l’imprévisibilité de ce chien enragé de Kikuchiyo qui me fascine.

            Personnage absent d’ailleurs dans le remake américain où seul Steve Mcqueen tire son épingle du jeu, avec ses mimiques improvisées entre deux prises pour se faire remarquer. Le reste est sec comme le jeu de Brinner. Un des derniers, sinon le dernier des western classique avant les spaghetti. La fin d’une époque. Le début d’une nouvelle, toujours Kurosawa au générique.

            Ps : Pour ne pas froisser Yul, je tiens à préciser qu’il reste pour moi, le plus grand chauve de l’histoire du cinéma.

            • Disons que dans les 7 Samouraïs c’est Mifune et les autres (mais quels autres !) tandis que des les 7 Mercenaires c’est Brunner/McQueen/Bucholz et les autres. J’inclus l’Allemand car il est finalement celui qui joue le rôle de Mifune, celui du chien fou d’origine paysanne qui va qui va éveiller les ardeurs aux combats des villageois. J’aime beaucoup sa prestation dans le film. Les 4 autres mercenaires sont finalement plus anecdotiques. Même le personnage joué par Coburn, qui établit une correspondance avec Kyuzo, est moins charismatique que ce dernier (et pourtant c’est Coburn, merde !).
              Mifune récupère aussi un peu du rôle de Bronson puisqu’il est le guerrier favori des gamins du village. C’est peut-être ce côté multi-facettes qui en fait un personnage absolument inoubliable.

              Petite anecdote que tu connais peut-être : lors de la scène du début avec McQueen sur la carriole, Brunner, excédé par continuelles mimiques de McQueen pour attirer l’attention, l’a alors menacé non pas de lui foutre son poing sur la gueule mais tout simplement… d’ôter son chapeau, la photogénie hypnotique du crâne de Ramsès ayant fait largement ses preuves. Je m’en suis encore aperçu la semaine dernière en revoyant les Dix Commandements. Et en blu-ray en plus, inutile de dire que son cuir chevelu n’est pas loin de détroner les pyramides pour le titre de 7ème merveille du monde. Faudrait que je me mate Taras Boulba un de ces quatre tiens.

  3. oh oui quels autres ! A ce propos, j’ai lu un peu par hasard un roman où il est question des Sept Samouraïs : Le Dernier Samouraï d’Helen Dewitt. Pas de Japon féodal dans ce livre, mais les péripéties d’une Américaine à Londres qui élève un enfant sans père, et qui voue un culte à ce film. Le garçon a ainsi 7 figures paternelles de substitution.

    Pour les Sept Mercenaires, je suis un peu dur avec ce film. Le casting, la musique… Le grand Yul n’a pas besoin de dialogue pour faire son effet.
    Il est presque meilleur en muet. En parcourant sa biographie, je découvre que le bougre est né quelque part entre Vladivostok et l’île de Sakhaline, se disant même mi-japonais, mi-russe pour brouiller les pistes.
    Faut que je revoie le Testament d’Orphée d’ailleurs, car j’en ai un souvenir plus que brumeux. J’ai dû piquer du nez avant son apparition.
    Et Coburn, bon sang ! Je l’avais presque oublié. La scène du couteau….

    C’est pas tout, je vais aller commander le poster allemand des Sept Samouraïs de Hans Hillman, qui est de toute beauté, et l’accrocher à côté de celui d’Agnès Lum.

  4. J’ignore s’il est bien écrit mais le sujet du livre est en tout cas original.
    Oui, tu me sembles dur avec les Sept Mercenaires. Je l’ai revu il n’y a pas si longtemps et à chaque fois c’est le même plaisir de gosse. Peut-être aussi que j’arrive plus à le voir comme un film à part entière plutôt qu’un remake. Quant à la musique d’Elmer Bernstein, toujours le même petit frisson de plaisir lorsque j’entends le thème principal.
    Je viens de voir la fameuse affiche, elle ne manque pas de gueule en effet. Dans le style affiches hors norme, les Polonais sont pas mal non plus :
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    Il y aurait un article à faire sur tous les posters qui ont été fait pour ce film depuis sa création, faudrait que je me penche un jour sur laquestion.

    • Je ne connaissais pas cette truculente anecdote du tournage des 7 Mercenaires, mais Brynner transpire l’énervement à chaque mimique de McQueen, c’est amusant.

      Il y a deux posters de Hillman, le premier n’est pas encore sérigraphié à ma connaissance. L’autre est très inspiré je trouve.
      http://rearwindow.ca/2013/04/14/1-movies-5-posters-seven-samurai/
      http://www.filmposter-archiv.de/filmplakat.php?id=12429

      Pour le roman de Dewitt, la lecture est ardue, une phrase est coupée au milieu et reprend trois pages plus loin au milieu d’une autre. C’est tantôt bavard, tantôt génial. Le gamin, un surdoué, apprend le japonais en matant le film, ce qui vaut notamment quelques digressions sur la traduction des dialogues. Je ne saurais dire cela mérite la lecture des 600 pages…

      Comme tu compares le village à un vagin (une interprétation inédite sûrement 😉 ), je me risque aussi à une fumeuse considération, pas du tout grivoise pour le coup. La solennité toute martiale de la musique des 7 Samouraïs et la date de sortie du film (1954) m’y incitent : La géographie en forme de cuvette du village est dans mon imaginaire la même que celle de Dien Bien Phu. Mais les rôles envahisseurs / résistants sont inversés…
      Comment cela a-t-il joué sur la réception du film par chez nous ? Aucune idée.
      Je me rappelle avoir lu que c’est le film préféré de Jacques Perrin, acteur fétiche de Pierre Schœndœrffer (La 317e section, Le Crabe-Tambour) qui participa à la bataille.
      Le hasard a des intuitions qu’il ne faut pas prendre pour des coïncidences, disait Marker. Je vais méditer sur cette citation énigmatique.

      • Intéressant d’imaginer l’impact du film sur des personnes ayant participé à Dien Bien Phu. Impossible que ce plan en plongée où l’on voit village en creux ne leur ait pas parlé.
        Pour le vagin, ma foi, je ne sais pas. Mais la semence et la fertilité sont bien des thèmes clés du film. Et n’oublions pas que le personnage le plus puissant du film est d’une certaine manière une femme : l’aïeule villageoise qui va tuer elle-même un des bandits fait prisonnier. Doyenne et femme, imbattable, même le chef des sept comprend que sont code de l’honneur ne servira à rien pour essayer de préserver la vie du prisonnier.

  5. Et puisqu’on parle d’un certain chien enragé, je viens d’apprendre que Keiko Awaji, l’actrice qui joue dans Chien Enragé avec Mifune, est morte hier. RIP.
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