The DC Archives : Playlist #4 : une playlist velue mais qui ne sent pas sous les aisselles

Aujourd’hui la DCA (Drink Cold Archives) de Bulles de Japon vous propose une séquence émotion puisqu’il s’agit rien moins que mon tout premier article pour Drink Cold.

Tout commença le 26 décembre 2009. deux jours après le Père Noël, un visiteur à lunettes laissa un commentaire dans un modeste article sur Yuriko Hishimi. Trois semaine après, c’était au tour d’un mec dégarni de laisser un commentaire dans un autre article bijinesque. Puis, quelques jours plus tard, je reçois dans ma boite un message de ce Clarence Boddicker me proposant d’écrire un truc pour son blog collectif, une buvette culturo-trash nommée Drink Cold. Je vous passe les détails de l’argumentaire pour me convaincre, disons juste qu’à côté, Tony Blair faisant son lobbying pour obtenir les J.O. de 2012, i’ fait débile.

Aux yeux du patron des lieux, il s’agissait de mettre à l’épreuve une potentielle nouvelle plume. Aux miens, il s’agissait de faire venir quelques nouveaux visiteurs et, surtout, s’essayer à l’humour. Terrain glissant s’il en est quand on n’a pas l’habitude, et encore plus lorsqu’il faut descendre dans cette fosse aux lions que mes lecteurs connaissent bien.  Pas joué d’avance, ça non, d’autant que les rédacteurs n’avaient pas vraiment les mains palmées pour pondre des billets, intimidant tout cela (mais stimulant). Et je vous passe les détails sur la présence en embuscade de deux membres du crew, les tortueux FJ & KK, sortes de Satanas et Diabolo de l’humour poil de bite dans le champagne (éventé le champagne). Le genre méchants en nougat qui ne s’aperçoivent pas qu’ils ne font plus rire que les lardons.

« Kiki ! Demain je publie un article vulgaire et méchant, ça va être génial !

– Urk ! Urk ! »

La ritournelle bien connue du « c’était mieux avant » n’allait pas tarder. Mais en attendant, d’autres ritournelles n’allaient pas tarder, elles, à résonner en cette journée du 7 mars 2010. Optant sur un article de type « playlist » pour faire mes preuves, je balançai aux esgourdes de mes lecteurs 12 fabuleux morceaux, sûr que j’étais de l’intelligence et de la puissance absolue de mes goûts musicaux (si j’en fais trop, dites-le-moi hein!). Pop-folk, OST d’anime, enka festif, groove vintage, chanson de Gainsbourg version roman porno, reggae, vieux samouraï qui chantonne du Joe Cocker, j’en passe et des meilleurs. Le lien Mediafire n’existe plus depuis belles lurette mais Megane a eu la bonne idée de mettre les playlists sur Mixcloud. Ami lecteur, va donc te chercher une boisson fraîche (obligatoirement alcoolisée), assieds-toi confortablement dans ton fauteuil, détends-toi, fais respirer tes aisselles, appuie sur « play », un petit voyage dans le temps t’attend.

**

*

Ça y est, j’y suis. Simple kouhai, je dois passer ce matin remettre mon article  à la rédaction de Drink Cold. On m’a demandé de patienter dans une salle d’attente qui jouxte le bureau du boss. Un peu crispé, je me demande à qui je vais avoir affaire. S’agit-il d’un rédac chef du type « sévère mais juste », un peu comme Jason Robards dans les Hommes du Président ?

« C’est ça ton papier sur Sakura Sena ? Mouais, c’est pas encore aujourd’hui qu’on aura le Pulitzer. Fais comme elle, gonfle-moi plus ça et mets-y plus de photos, fils. »

Ou vais-je avoir droit à ça :

Suspense ! D’autant que la rencontre avec le grand Manitou n’est qu’une étape. Comme je l’ai dit, je ne suis qu’un kouhai, avec les risque de bizutage ou, pire, d’ijime que cela implique. Je vous avouerais que l’idée d’un passage de bite au cirage ne me plaît que très médiocrement. Enfin, on verra bien. En attendant, il faut que je me dépêche de terminer mon papier. La playlist est prête, ne restent plus que quelques détails. Allons-y :

Playlist #4

Une playlist velue mais qui ne sent pas sous les aisselles

« Hmmm… boire frais en écoutant la playlist d’Olrik… le pied! »

01– Shugo Tokumaru – Parachute

Histoire d’éviter de me crasher d’emblée dans ma participation à ce site, je commence avec un morceau qui s’intitule « Parachute », en espérant qu’il sera de bon augure. L’album dont il est extrait, « Exit », a pour particularité d’avoir été intégralement réalisé par le seul Tokumaru dans sa chambre à coucher, entouré de la centaine d’instruments de musique que ce malade collectionne et dont il joue sans problème. Le résultat ici est un petit bijou aérien et mélodieux,  dont l’atmosphère n’est pas sans évoquer certains morceaux de Jim O’Rourke.

02  Jim O’Rourke – Mad Shinjuku

Tiens, quand on parle du loup. Big Jim vient de faire son entrée dans la buvette avec sa mine des mauvais jours. Le nouveau compositeur de Koji Wakamatsu (B.O. d’ United Red Army à son actif) saisit sa  gratte, monte sur scène (enfin, le petit espace entre le pachinko et la borne Street Fighter II) et passe ses petits nerfs avec Mad Shinjuku. Six minutes de protestations estudiantines électriques. Bienvenue au Japon de 1968.

C’est quand même autre chose que de jouer du Bon Jovi sur Guitar Hero (expérience vécue hier, un cauchemar), hein ? Cela dit, revenons à un peu plus de calme. Tiens ? un mec avec une veste rouge s’approche du jukebox, y glisse une pièce de 100 yens (notre juke, importé du Japon à grands frais, n’accepte que ce type de pièce). Que va-t-il choisir ?

03 Yuji Ohno : Unreleased BGM collection (morceau sans titre)

Excellent ! Car enfin, en matière de musique d’anime, Yuji Ohno se pose là. Cobra, Lupin, souvenez-vous de toutes ces heures passées devant le petit écran à mater des histoires peuplées de héros roublards et d’héroïnes « généreuses ». Ce morceau tout en décontraction fait immédiatement son petit effet. Le type à la veste rouge offre une tournée générale, les piliers au comptoir arrêtent de parler de la dernière défaite du PSG et se dirigent au milieu de la salle pour esquisser quelques pas de danse. Parmi eux, tu remarques, ami lecteur, une asiatique aux cheveux châtains, très court vêtue et dotée d’une splendide poitrine. Tu décides :

A)    De tenter un petit emballage maison. Comme tu n’es pas un dieu de la danse, tu t’approches d’elle lentement et fébrilement en priant pour que le prochain morceau soit un slow. Rends-toi alors directement au morceau n°5

B)    Rien ne presse, le slow arrivera bien assez tôt. Pour l’instant, tu vas tenter de t’approcher d’elle en cercles concentriques et en faisant des claquettes. Contente-toi de passer à la chanson suivante.

04 Rumi Koyama : Anata ni maketa no

Houlà ! Mais ça balance ça ! Tu te rends tout à compte que tu n’es plus maître de tes hanches. Normal, le morceau est extrait de l’excellente compilation de l’éditeur Hotwax :Queens of Japanese Pop. Avec ce deuxième single de la belle Rumi Koyama, sorti en 1970, il est bien difficile de résister à cette voix joliment soul, à ce nappage de cuivres motownesque, et surtout à cet irrésistible groove. La buvette commence tout à coup à faire penser à certaines scènes des Blues Brothers.

A noter que la jaquette est une des plus loufoques de l’histoire de la Jpop. Chanteuse quasiment dénudée sous le regard désapprobateur d’Adolf : on peut imaginer que c’est une photo qui a dû faire führer en son temps (un frisson de honte me parcourt l’échine au moment où j’écris ce calembour tellement prévisible).

05 Hiromi Maya et Kaori Taniguchi :Ai no Hanazono (je t’aime)

Ça y est ! le slow arrive ! Et pas n’importe quel slow : une reprise de Je t’aime moi non plus par Hiromi Maya et Kaori Taniguchi, deux naughty girls issues du Roman Porno. Sans doute Maya se donne-t-elle moins qu’une Bardot ou une Birkin mais l’effort pour faire sa petite ingénue en chaleur est rafraîchissant. Version charmante donc, même si je ne peux m’empêcher de penser que Gainsbourg nasillant en japonais, ça l’aurait fait aussi.

En tout cas, avec la pulpeuse poupée que tu as invitée et que tu tiens maintenant dans tes bras, ce morceau commence à bigrement t’exciter petit canaillou. Mais cette main que tu laisses traîner sur son derrière rebondi, est-elle bien raisonnable ? Apparemment, ce n’est pas vraiment de l’avis de la demoiselle, si l’on en croit du moins la marque d’un joli rouge incarnat qu’elle t’a laissée sur la joue. Tu regagnes tout penaud le comptoir, prêt à noyer ton chagrin dans l’alcool. Un petit pincement au cœur te saisis quand tu remarques que cette petite mijaurée se trouve avec le type à la veste rouge et qu’ils ont l’air de bien rigoler. Tu t’aperçois au passage que tu as perdu ton portefeuille. Ne t’inquiète pas, je t’offre un verre de shochu, je suis comme ça, moi.

06 ShintaroKatsu : Unchain my Heart

Le morceau suivant a une petite vertu consolatrice. Apparemment foutu emmerdeur dans la vie, splendide sabreur au grand écran, Shintaro Katsu avait une autre caractéristique : il aimait à pousser la chansonnette. Ça croonerise à donf, ça croonerise d’ailleurs tellement que l’on a parfois l’impression qu’il chante avec des chamallows dans la bouche. Ça reste raisonnable dans cette reprise d’Unchain my heart, mais que Zatoichi est appliqué ! En cela la jaquette est trompeuse : pour le côté gringo crasseux fumant des cigarillos, on a peut-être plus de chance de le trouver chez Joe Cocker. On regrette qu’il n’y ait pas le mordant bien viril que l’on trouve dans la bande annonce de cet obscur nanar (cliquez sur la pochette). Les amateurs de la série « Be a Man, Be a Male » devraient apprécier.

07 Little Tempo et Yoko Fujita : Cha no Aji

Vous aimez le reggae ? Pas de chance, moi pas (rire de Krusty le Clown). Mais, allez, avec ce morceau, extrait de la BO de Cha no Aji (the Taste of Tea), je vais faire une exception. Little Tempo, sympathique groupe sans prétention s’est pour l’occasion associé à Yoko Fujita pour fournir cette charmante ballade qui conclut à merveille la chronique d’une famille japonaise habitant à la campagne. De subtiles et fraîches senteurs campagnardes balayent tout à coup les odeurs caractéristiques dégagées par les mâles de la buvette.

08 Yura Yura Teikoku : Gakkou e ittekimasu

Après la ballade, la promenade. « Ittekimass ! » (« j’y vais! ») lance au début un des membres de Yura Yura Teikoku. D’après le titre, on est censé aller à l’école. Mais avec ces quatre minutes d’exploration, de tripatouillage sonore, on a plutôt l’impression d’un aller simple pour faire l’école buisonnière. Peut-être pas le meilleur morceau pour découvrir ce groupe qui a récemment été brillamment utilisé par Sion Sono dans Love Exposure, mais le côté capharnaüm électronique zappaïen me plaît bien.

09 Ikue Asazaki : Tokuno Shimasetsu

Histoire de vous prouver que, bordel de merde ! il peut y avoir de la poésie sur ce site (et pas que des photos de « bar-touze »), on enchaîne avec un morceau d’Ikue Asazaki, la grand-mère qui chante. Non, ne partez pas, restez, nous sommes aux antipodes du tube de Jeanne Calment. A mi chemin entre le new age et le folklore okinawaien, madame Asazaki semble à chacune de ses compositions touchée par la Grâce.

10  Pipi et Cotto : yasai ga tabetai

Et on passe le relais à Pipi et Cotto (non, ce n’est pas un fake, ce groupe a réellement existé). La buvette va bientôt fermer et la magie de mamie Asazaki a un peu trop bien opéré : certaines paupières sont tout à coup bien lourdes. Heureusement, Pipi et Cotto, groupe folk des 70′s,  propose le morceau le plus festif de son unique album : Yasai ga tabetai, autrement dit, on veut manger des légumes ! Le refrain vous montrera quelle vertu aphrodisiaque les légumes peuvent parfois avoir. Non, il n’y aura pas cette fois de mauvais jeux de mots avec le mot carotte dedans.

11 Kiyoshi Hikawa : Zundoko Bushi

Plus que cinq minutes avant la fermeture quand tout à coup un beau gosse s’engouffre dans la buvette accompagnée de…  deux cents nanas en costume blanc à gros pois rouges ! Euh… allons-nous survivre ? rien n’est moins sûr. Mais on s’en fout car  il s’agit du grand, de l’unique, du magnifique Kiyoshi Hikawa, surnommé « le prince du enka ». Comment ? Un minet chantant de l’enka ? Oui, mais attention, il a une manière bien à lui de se distinguer dans ce genre musical. Kiyoshi Hikawa, c’est un peu comme Jimmy Connors en fin de carrière : il prend tous les risques. Matez un peu ses videos sur youtube : on est systématiquement devant un kitsch flamboyant qui fait plaisir à voir. Le morceau proposé est peut-être son plus connu.

« Kitsch, moi ? Les gens sont méchants ! »

Et puis, autre chose, ce type est un véritable appeau à belettes ambulant. L’inviter de temps en temps à la buvette, endroit sympathique mais dont les effluves de Mandom, de sueur et de riri peuvent effaroucher les gnous égarés, serait un moyen infaillible d’apporter une certaine mixité dans notre lectorat. Regardez-le sur la pochette : pourquoi croyez-vous qu’il a le teint cireux et de vilains yeux rougis ? Mais parce qu’il ne dort presque pas ! Chaque nuit, c’est le même cirque, une bamboula innommable durant laquelle il fait comme Charles Bronson dans la Grande Evasion : il creuse des tunnels !

En attendant, cher lecteur, tu as l’embarras du choix avec toutes ces danseuses. Tu remarques que l’une d’elles te fait un peu de gringue. Clairement, tu n’auras pas besoin de faire des claquettes cette fois-ci. Un sourire, quelques paroles amicales, une invitation à aller un prendre un verre chez toi et zou d’la route ! c’est parti. Arrivés à ton appartement, vous vous affalez sur le canapé pour discuter gentiment autour d’un verre. Vous avez le bon goût de remettre ma playlist. Peu à peu, vos bouches se rencontrent, vos yeux s’enflamment, vos genoux tremblent, vos mains s’égarent. C’est alors que retentit…la ghost track (qui saura me donner le nom du compositeur ?) que j’ai malicieusement glissée dans ma playlist ! Tu hésites, vas-tu t’essayer à reproduire ce que tu entends ? Réfléchis bien, tu t’es déjà pris une mornifle de la plantureuse créature que tu soupçonnes d’ailleurs de t’avoir chouravé ton larfeuille. Peut-être gagnerais-tu à attendre la prochaine playlist d’ Emi avant de te lancer dans ce genre de pratique. Emi, qui, je le rappelle, aime à malmener physiquement certains salary men consentants :

 Elle te sera de peut-être de bon conseil. En attendant, remets ma playlist à zéro et contente-toi du tout-venant, ce sera sans doute plus sage.

Du même tonneau (ou presque) :

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4 Commentaires

  1. Ah le lecteur ne se chargeait pas hier soir, j’étais toute tristesse de ne pouvoir écouter cette playlist, mais c’est réglé.

    Très sympathique dans l’ensemble, le passage Tokumaru -> O’Rourke est un peu surprenant mais bon on s’y fait. J’ai beaucoup apprécié 茶の味 aussi.
    Et après Pipi et Cotto, on va les chercher ces légumes ?
    Et je découvre que le « tube » des Romanesques est en fait une reprise de Hikawa Kiyoshi, ça valait le coup de passer 45min à rien faire.

  2. Excellentissime M. Olrik

    Bouffe-tout, un fan

  3. @ Zoda : pour Cha no Aji, de très loin le meilleur morceau de la B.O., même si ce dernier n’est pas dégueu non plus :

    ‘tain, je ne connaissais pas les Romanesques et je viens de voir sur youtube à quoi ça ressemble. Ça décourage toute critique constructive.

    @ Bouffe-tout :
    Merci ! Mais j’attends que des lectrices passionnées me disent la même chose pour faire des dédicaces tout comme Monsieur Araki :
    null

  4. Bon bha du coup grâce à cette playlist j’ai vu Cha no Aji et je regrette pas. Un peu long mais vraiment drôle et touchant. 🙂

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