Underwater Love (Shinji Imaoka – 2011)

underwater love poster

Habituellement, un film où l’on voit des seins et des fesses à l’air a déjà de solides bases pour susciter ma sympathie. Et quand en plus il possède un fond underground gentiment foutraque où l’imagination peut vagabonder et trouver des sens cachés, on peut être sûr que l’envie me prendre de pondre un article. Mais là, malgré les seins, les fesses et le côté expérimental jemenfoutiste de l’objet, j’avoue rester un peu sec. Pas très emballé, Olrik. C’était pourtant pas faute d’être tombé ici et là sur des articles et des commentaires élogieux qui, le temps de leur lecture, ont su me communiquer leur enthousiasme et me donner l’envie de le voir.

Mais justement, après l’avoir vu, j’ai l’impression d’en avoir été pour mes frais. Peut-être une question d’humeur, au sens médical du terme. Un peu trop de bile sans doute, ou trop de mélancolie. Ou le temps, ou les changements de saison, ou un dîner mal digéré, que sais-je encore ? En tout cas je n’ai pas marché et cette déception me montre combien l’inventivité d’un sous-genre (nulle péjoration ici) peut, bien plus que les métrages davantage dans une certaine « norme », à la merci de la clémence du spectateur. Ou plutôt de sa tolérance, sa capacité à transformer le plomb en or. Car bien souvent dans ce type d’oeuvre, la mise en scène cotoie le minimum syndical ou, lorsqu’elle montre des vélléités auteurisantes, flirte avec le péché de jeunesse, l’oeuvre étusdiantine un brin enflée et maladroite. Mais bien souvent aussi, c’est cet aspect maladroit, inachevé qui donnera du prix aux yeux de certains (dont je fais partie, je l’avoue). On parlera alors de « légèreté », de « poésie », on fermera complaisamment les yeux sur les failles pour ne voir à la fin qu’une oeuvre originale -ce qu’elle sera réellement, loin des standards mainstream.

C’est finalement une disposition qui n’est pas uniquement propre au pinku. Bisseries, zèderies, tout cela participe du même type de réception, celle d’aficionados parfois bêtement crétins (« ouah ! T’as vu le dernier Miike ? Trop dég ! Génial ! »), parfois éclairés et à la faconde anamorphoseuse (« il y a dans Fudoh de Takashi Miike une dénonciation de la désespérance adolescente japonaise qui tend au génie. Afin de le montrer, nous allons d’abord nous pencher sur blabla… »). Dans les deux cas, il s’agit d’un terreau particulier constitué de Happy Few où la moindre graine, aussi insignifiante soit-elle, pourra germer et recueillir des regards approbateurs, loin de ceux d’une citique plus « officielle ».

A cela s’ajoute l’effet internet qui, en accélérant la diffusion d’informations et en augmentant la possibilité de chaque film d’être vu, donne parfois l’impression d’un nivellement des valeurs. C’est du moins ce que je ressens lorsque je vois le compte twitter de Sancho does Asia. Assurément l’amateur de cinéma asiatique y trouvera son compte en matière d’infos quotidiennes. Mais il lui faudra aussi prendre un sérieux recul pour trier et séparer le bon grain de l’ivraie, bien avoir à l’esprit que le dernier Kiyoshi Kurosawa n’est pas, dans le tweet suivant, du même tonneau que ce Mega Boobs Tokyo Zombie, assurément plein de qualités mais moins destiné à apporter une pierre au 9ème art.

Du coup, pour en revenir à Underwater Love, j’avoue sur le coup ne pas avoir trop su si j’ingurgitais un truffe ou une simple gueulardise. Un peu déçu par rapport aux éloges lues ici et là, je penche plutôt pour la deuxième. Je ne vais pas nier que le film est original. Après, est-ce qu’il est bon ? C’est là une tout autre histoire. Allez, voici en deux mots l’histoire :

Asuka, gentille imbécile heureuse, est sur le point de se marier avec son patron, jeune homme pour qui le mariage est manifestement le meilleur moyen de s’en offrir gratuitement une bonne tranche quotidienne :

 Mais voilà, comme dans tout bon conte qui se respecte, un élément dit perturbateur va débarquer et chambouler la petite vie tranquille d’Asuka :

Mais qu’a-t-elle donc vu ? Pour le savoir, clique sur l’image.

Oui, un beau jour, notre belle aux yeux de batracien rencontre un kappa ce qui est somme toute assez logique. Pas un kappa ordinaire d’ailleurs, puisqu’il s’agit d’un ancien camarade de lycée, décédé puis réincarné en cette affectueuse créature ! Affectueuse car notre kappa s’accroche à Asuka, charmé qu’il est par cette jeune femme à la fois pure et ne rechignant pas à l’idée de se faire traverser quotidiennement par un vit.

Une princesse moderne quoi !

En attendant, le kappa va trouver un pis aller en la personne de Taki :

Qui, comme on le voit, est assez ronde et ne porte pas de culotte.

… collègue d’Asuka bien en chair et arrondissant ses fins de mois en vendant ses fesses au premier venu.

Un conte moderne quoi !

Tel le Petit Chaperon Rouge face à un loup qui parle, elle n’est pas surprise plus que cela à l’idée de rencontrer un Kappa :

– Oh, kappa ! Comme tu as un grand vit !

– C’est pour mieux te *** mon enfant !

Et c’est tout ébaubi que le spectateur assistera pour la première fios de sa vie à une scène de copulation entre un être humain et un kappa. Reste une question : kappa arrivera-t-il à enfiler Asuka ? Celle-ci va-t-elle ressentir quelque chose pour lui ? Le maire UMP de leur village consentira-t-il à valider leur union ? Et, surtout, le spectateur aura-t-il la patience de tenir jusqu’au bout ?

Un peu comme Taki attendant un client sous la pluie.

Cette patience, je l’ai eue. Pour un film d’une heure vingt, le contraire eût été malheureux. Mais pour ce qui est du plaisir, j’avoue ne pas avoir eu totalement mon compte. Non que le film est déplaisant, il est en fait plutôt sympa. Mais voilà, comme tous ces films étiquetés « sympa », il tombe rapidement dans l’anecdote et une sorte de mystification. Je commence à être las de ces films qui exhibe à l’envi une esthétique volontairement cheap comme pour mieux contrer d’éventuelles critiques sur la forme. J’aimerais dire que les actrices sont bien peu girondes pour un films érotique, que les scènes de sexe sont bien peu enthousiasmantes, que la photographie est souvent dégueulasse, que les personnages sont ridicules, tout comme les quelques chorégraphies qui émaillent le film et dans lesquelles on a accès aux sentiments d’Asuka. Et je ne parle pas des ritournelles sur bontempi qui accompagnent ces moments et du costume de kappa à côté duquel le pire kaiju est un modèle de réalisme. Je ne le dis pas car j’aurais l’air de ne pas comprendre que le film baigne dans un second degré qui autorise tout, en particulier l’imperfection. Du coup, la moindre critique serait déplacée : on est dans le sympa, le léger, le poétique du bout de ficelle, inutile de critiquer : c’est voulu ! Le film n’est pas mauvais, il fait semblant d’être mauvais pour être bon. Enfin, original. Car pour ce qui est de savoir si le film est « bon », autant aller dans des marécages japonais pour essayer de dégoter un vrai kappa. On pourra ergotter tant que l’on veut sur les qualités du film, Underwater Love est la preuve que la frontière entre un pinku underground intéressant et un nanard peut être aussi fragile que la culotte d’une actrice dans un rape movie d’Hasebe.

Sur ce, les notes :

note-olrik-underwater-love

 

Du même tonneau (ou presque) :

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2 Commentaires

  1. Bien d’accord ! J’ai acheté le DVD UK suite à de nombreuses critiques élogieuses et je suis tombé de haut : c’est laid, chiant et je serai moins poli que vous en disant que l’actrice principale est bien laide pour un pinku !

    Par contre, la B.O. n’est pas déplaisante, du moins un ou deux titres…

    Comment expliquer ces critiques ? La présence de Doyle à la photo (mais putain, ça ne se voit pas !) et de Tom Mes à la critique, qui a dû être épargné par tous ses amis.

  2. Rassuré de voir que je ne suis pas le seul à avoir trouvé ce film plus que moyen. Et effectivement, la martingale Christopher Doyle a pas mal été brandie par ceux qui ont aimé le film. J’avoue ne pas être trop regardant sur la photo lorsque je regarde un pinku contemporain mais là, difficile de ne pas faire faire la grimace devant ces images dont le bruit (même dans des scènes lumineuses) m’a parfois rappelé celui de ma minable caméra Aiptek. Et curieusement, on n’en parle pas comme si, one more time, le film « baign[ait] dans un second degré qui autorise tout ».

    Curieux quand même, ce besoin, dès qu’on est dans l’underground, l’indépendant, de montrer des images dégueulasses.
    Quant à Tom Mes au scénar’, effectivement

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