Gantz (Shinsuke Sato – 2010)
A chaque fois c’est la même chose : après une adaptation cinéma d’un manga j’y vais de mon « on ne m’y reprendra plus » mais, invariablement, je cède à la curiosité dès que sort un nouveau film de ce genre. J’ai pourtant longtemps résisté pour ce Gantz mais voilà, j’ai craqué le week-end dernier. J’aime le manga original et la version animée, avec sa lenteur et son atmosphère sonore particulièrement soignée, avait plutôt recueilli mes faveurs. Mais voilà, ce qui est possible en terme d’immoralité, de sexe et de violence pour un anime l’est nettement moins pour un film mainstream. L’adaptation de Kaiji en était une nouvelle fois la preuve et Gantz ne déroge pas à la règle : c’est lisse. Pas trop mal foutu, mais désespérément lisse, sage, évacuant tout ce qui faisait le sel du manga d’Hiroya Oku.
Ainsi le personnage principal, Kei Kurono. Dans le film, Kei est étudiant. Mauvais choix. Dans le manga, il est lycéen. Comprenez une sorte de post ado englué dans sa médiocrité quotidienne et ses pulsions libidineuses. Seul compte son petit univers, son petit ego, les autres, qu’ils soient homme ou femme, jeune ou vieux, n’étant que d’obscurs étrons que sa seigneurerie se garderait bien d’aider, voire même de regarder :
Mais on ne saurait vraiment lui reprocher d’être une petite raclure égoïste puisqu’il apparaît en fait comme le pur produit de son époque :
Il s’agit de la scène d’ouverture : un SDF est tombé sur une voie de métro. Un jeune homme, Katô, hésite le temps d’un instant puis descend sur la voie pour secourir le pauvre type. Il devient alors le centre d’attention, un spectacle vivant qui permet aux voyageurs de se divertir de leur train train. Y arrivera ? Y arrivera pas ? Il ne vient à l’idée de personne de lui prêter main forte, comme si la vie d’un ivrogne était moins importante que de se distinguer de la masse. Il faudra toute la force de persuasion de Katô pour convaincre Kei de l’aider – et de signer par là sa propre mort. Fait révélateur : Katô et Kei sont d’anciens excellents amis mais au début de l’histoire, alors qu’ils sont côte à côte sur le quai, ils ne se reconnaissent pas. Ou plutôt, si : Kei reconnaît son ancien pote mais se garde bien d’entamer la conversation. Le passé semble pour lui comme dénué de sens, seul compte désormais le présent et ses plaisirs égoïste.
On se demande bien comment on peut trouver un intérêt à une histoire où le personnage est une petite merde arrogante et cynique. Et pourtant, ça marche, on est intrigué par cette personnalité cloaqueuse qui va être enrôlée malgré elle dans un jeu hyper violent et qui va lui faire comprendre la valeur de la vie ainsi que l’entraide et la considération de l’autre. Apprentissage de longue haleine : lorsque l’on croira que Kei se bonifie, ce sera pour s’apercevoir aussitôt que le jeune homme possède encore de bons gros remugles de bassesse.
Dans Gantz- le film, on perd toute cet aspect au profit d’un héros gentillet, sans aucune aspérité, joué par un Kazunari Ninomiya bien fade. Remarquez, il y a bien chez lui un côté tête à claques mais absolument pas pour les mêmes raisons. On n’a pas envie de le détester, on n’a pas envie non plus de l’aimer, en fait on s’en fout.
« On s’en fout? » Il est complètement pas gentil lui !
Autre élément qui contribuait à rendre le manga intéressant : ces innombrables planches de tergiversations entre les joueurs dans la « Gantz room » :
Lorsqu’un nouveau joueur est propulsé dans cette pièce, le jeu est déjà commencé pour lui. Avant même qu’il prenne connaissance de sa mission, il doit affronter les autres joueurs, qu’ils soient newbies comme lui ou déjà initiés. Pour les premiers il s’agit de les connaître, de savoir pourquoi ils sont là, comment ils sont morts (c’est la condition pour pouvoir accéder à cette pièce), ce qu’ils ont éventuellement à se reprocher et, surtout, comment comptent-ils jouer : en solo, en traître ou collectivement. Pour les seconds, c’est à peu près le même topo : il y a ceux francs du collier qui vont tout de suite mettre au parfum les autres, et ceux qui ne vont rien dire tout simplement parce qu’il n’en ont rien à carrer du sort des autres. Du coup, avant d’être un jeu d’ultra violence, Gantz a des allures de jeu de société d’où il ressort que l’individualisme est un état tellement répandu qu’il devient bien difficile de mettre en place une stratégie collective, quand bien même cette dernière aurait pour objectif la survie d’un groupe. Sur ce point, une fois encore, le film passe totalement à côté, préoccupé qu’il est de balancer en deux heures les trois premières missions du manga (1). A peine arrivés dans la Gantz Room que les joueurs sont déjà propulsés dans l’aire de jeu. On a tout juste le temps d’apprécier les fesses de l’idol Natsuna :
Ou tout du moins ce que l’on en voit
… que l’on doit s’enquiller illico les méchants aliens à supprimer. Dommage une nouvelle fois car cela nous fait quitter l’atmosphère fangeuse du récit au profit d’une ambiance plus « drama hi tech ».
Tenez, d’ailleurs, puisque l’on parle de fesses, difficile de passer à côté d’une autre caractéristique du manga :
Mais que diable est-elle en train de faire ?
Messieurs les otakus, Hiroya Oku vous a compris ! Il sait combien une scène de fellation effectuée par une jeune fille à son petit ami est importante à vos yeux (même si elle l’est moins à la narration). Du fan service en veux-tu en voilà, de préférence accompagné de gros melons, de tétons finement ciselés et de chattes bien pourvues. Nous venons de voir un screenshot de l’arrivée de la môme Kishimoto, voici ce que ça donne sous la plume d’Oku :
« HAHH » effectivement. Et ce n’est que le début puisque passée la surprise l’un des joueurs ne trouve rien de mieux à faire que de l’emmener dans une pièce à côté pour essayer de s’offrir par la force une turlute gratos. Evidemment, on pourrait se dire que le film fait bien de ne pas jouer la carte de ce racolage franchement servile. Mais justement, c’est ce racolage sans retenue, ce sexe obsesionnel qui permet à Gantz d’avoir cette atmosphère particulière, quelque part entre cauchemar et fantasme obsesionnel. Kei illustre parfaitement ce rapport au sexe, lycéen puceau qu’il est obsédé à l’idée de se faire dégorger le poireau autrement que devant des bijins sur papier glacé. La compagnie de Kishimoto sera d’abord dénuée de tout sentiment d’amitié, la belle n’étant à ses yeux qu’un pur objet sexuel, une masse de chair qu’il espérera bien pénétrer lorsque cette dernière viendra chez lui toute éplorée pour lui demander de l’héberger pour la nuit. Quand il s’apercevra que la jeune femme en pince pour Katô, ce sera la douche froide. A nouveau les frustations vont bouillir dans sa pauvre carcasse de puceau, à tel point qu’il n’hésitera pas à proposer du but en blanc à Sakuraoka, une nouvelle joueuse, d’aller baiser avec lui juste à côté de la Gantz room. Ce qu’elle fera :
L’univers de parallèle de Gantz agit en fait comme un révélateur des passions des personnages. Sages lorsqu’il s’agit d’attendre le métro pour se rendre à leur boulot, méconnaissables lorsqu’ils partent en mission. Tous ne sombrent pas dans la soif de sexe ou de violence mais les échantillons de société qu’offre Oku au lecteur ne lassent pas d’inquiéter. Dans un univers en liberté (le terrain de jeu, qu’il se passe à Shinjuku ou à Dotonbori, leur garantit de ne pas être vus par les « vivants ») , les facettes cachées ne tardent pas à se révéler, laissant libre cours à des pulsions incongrues en plein champ de bataille :
J’avoue, j’aime Gantz justement pour cette imagination qui repousse les limites du racolage pour livrer un univers hors norme où le seul échappatoire pour l’auteur est de jouer toujours plus fort la carte de l’escalade :

« WTF?! On dirait un article d’Olrik pour Drink Cold ! »
C’est basique, mais ça marche, et qu’importe si Oku semble actuellement avoir toutes les peines du monde pour terminer sa série, il restera dans l’esprit du lecteur des scènes graphiquement très fortes, quelque part entre les estampes de Yokai et les visions dantesques de l’Enfer de certains peintres européens. Or, que reste-t-il dans l’esprit du spectateur qui vient de voir Gantz – le film ? Des scènes d’action pas trop mal réussies, du sang qui gicle pour montrer qu’attention ! on est dans un film pour les durs hein ! des combinaisons noires qui en jettent, des méchants finalement assez originaux et des héros qui peuvent mourir à la fin (3). Pour la noirceur, la violence exacerbée, le sexe, les gros seins et le tableau d’une société arrogante et satisfaite de son individualisme, on repassera. Et le pire dans tout ça c’est qu’un deuxième volet est sorti au mois d’avril dernier (Gantz : perfect answer). Allez, cette fois-ci je vais tenir bon et plutôt que de céder je vais me refaire les 26 épisodes de l’anime :
Coming next : un article touffu pour DC.
(1) A titre de comparaison, ces trois missions occupent l’essentiel des deux saisons de l’anime (26 épisodes au total).
(2) sur ce plan, Kei évoluera de manière plus mature dès qu’il aura trouvé un petite amie en la personne de Tae. Détail révélateur et qui montre que la passion de Kei pour la jeune fille est pure : Tae est plate comme une seiche.
(3) Là aussi, le film est bien inférieur au manga qui n’hésite pas à faucher à tire larigot ses personnages.






Mouais, ça n’a pas l’air fameux. Et j’ai eu ma dose de mauvaise adaptation de manga. Un comble quand on pense que le manga est plus parfois plus proche du storyboard que de la bande-dessinée (occidentale s’entend).
Mais dis toi que ça aurait pu être pire, tu aurais pu regarder Space Battleshit Yamato.
Meganekun, des nichons = un commentaire.