Dôsei Jidai, Lorsque nous vivions ensemble, Tome 2

Lors de mon précédent article consacré à ce manga, j’avais suggéré que cette chronique de la vie d’un couple pouvait se savourer  par petites tranches, puisque finalement, on assistait à de petits épisodes de leur vie quotidienne, sans réelle ligne directrice. En fait, j’avais tout faux. Dans le deuxième tome qui vient de paraître, finis en effet ces petits moments, finies les scènes intimistes. Tout va mal : le lecteur assiste, impuissant, au fulgurant délitement de leur relation. Autant le premier tome est lumineux, avec parfois des moments de doute, autant ce tome est franchement sombre. Avortement, tentative de suicide, folie, asile psychiatrique, voilà, pour donner une idée, quelques épisodes qui permettent de composer les 700 pages du volume. C’est sinistre, mais en même temps fascinant. On aimerait que cela se passe mieux pour eux, mais cette descente aux Enfers, portée par le style toujours admirable de Kamimura, a quelque chose d’hypnotique.  Autant le premier tome peut effectivement se lire par petits bouts, autant celui-ci  peut se lire d’une traite, inquiet du sort de Kyoko, et curieux de l’évolution de Jirô, indéniablement le personnage principal de ce volume.

Pour ce qui est des audaces graphiques, Kamimura remet le couvert, rien ne change, rassurez-vous. Chaque planche est un éblouissement… ou, parfois,  un traumatisme. A ce titre, la scène d’avortement, avec son découpage minimaliste, possède une dureté sèche que j’ai rarement vue en bande dessinée. Et l’on comprend volontiers pourquoi Kyoko est durablement perturbée après cette épreuve.

La mécanique du couple est donc considérablement grippée durant ce tome. On termine la lecture un peu déçu, après tant d’épreuve, on aurait aimé que cela se termine un peu mieux pour ce qui est à mes yeux le couple le plus charmant, le plus réussi, le plus « vrai » de l’histoire de la bande dessinée. Petite consolation : ce n’est pas fini, un ultime tome (sans doute aussi un gros pavé de sept cents pages) nous attend, avec son lot de passages virtuoses graphiquement, d’érotisme, de moments durs et, espérons-le pour Kyoko et Jiro, de moments de tendresse retrouvée.

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2 Commentaires

  1. « et, espérons-le pour Kyoko et Jiro, de moments de tendresse retrouvée. »

    Avec un titre pareil… C’est pas gagné…

    • L’imparfait du titre gagne au fil des tomes une aura de plus en plus pessimiste. Mais, jusqu’à un certain point, il laisse la place dans l’imagination du lecteur à des tentatives pour l’expliquer de façon positive. On se dit qu’on ne va pas nécessairement vers la rupture consommée mais vers quelque chose de moins amère qui expliquera le titre. En vain bien sûr mais c’est tout l’art de Kamimura je trouve d’avoir su nous rendre ses deux héros tellement proches et familiers que l’on se prend à espérer pour eux alors que l’issue est franchement inéluctable.

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