5 centimètres par seconde (Makoto Shinkai – 2007)

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   Actuellement sur les écrans en France, la Tour au-delà les nuages permet enfin de faire découvrir l’univers de Makoto Shinkai. Enfin car le succès constant mais finalement étouffant de Miyazaki a tendance à occulter le fait que les productions Ghibli ne sont que l’arbre qui cache la forêt et que non, l’animation japonaise, en dehors de ce studio, n’est pas synonyme de médiocrité.

     La Tour au-delà les nuages le montrera aisément. Néanmoins, je suis un peu déçu par ce choix. J’aurais aimé que, quitte à jouer la carte de la nouveauté, on choisisse une autre des oeuvres de Shinkai : 5 centimètres par seconde. On peut cependant comprendre pourquoi il n’a pas été retenu : trop simple dans l’histoire qu’il raconte, pas assez mouvementé, etc. L’histoire ? Tout simplement le récit d’une histoire d’amour déçue. La première partie, Okasho (« essence de fleur de cerisier), racontre la rencontre puis la séparation (à cause d’un déménagement) à la fin du collège de deux amis semblant faits l’un pour l’autre.  La seconde, Cosmonaut, suit le parcours du jeune garçon, devenu lycéen, et l’amour platonique et douloureux qu’il inspire à l’une de ses camarades de classe. La troisième, Byōsoku 5 Senchimētoru (« 5 centimètres par seconde »), raconte sur un registre amer l’entrée du héros dans la vie active, et son sentiment d’avoir raté les plus belles années de sa vie.

     Pas d’happy end donc. Et pourtant, pourtant, on sort de ce film totalement ébloui et heureux. Ebloui par les images, heureux d’avoir assisté à un échantillon de vie empli de sensibilité. Makoto Shinkai a souvent dans son pays été qualifié de « nouveau Miyazaki ». Ce surnom est un peu idiot car les deux réalisateurs ne poursuivent pas les mêmes buts. Cela dit, ce surnom est intéressant car il sous-entend chez Shinkai la capacité à parfaitement maîtriser la technique pour concrétiser un univers aussi onirique que personnel. C’est ce qui est fascinant dans ce film : il y a une sorte d’hyperréalisme lyrique que je n’ai vu nulle part ailleurs. Le moindre décor, le moindre plan, le moindre détail vous font entrer dans une réalité quotidienne japonaise ébourrifante de beauté. On en vient d’ailleurs à se demander le but de ce réalisme. Est-ce le pouvoir de l’amour, qui tend à tout magnifier ? Ou bien une façon de montrer ce terrible et ironique ancrage dans la réalité, alors que l’on aimerait être dans un autre sphère avec celle que l’on aime ?  Il y a sans doute un peu des deux. Les personnages du film ont à la fois un côté aérien et un côté englué dans la vie quotidienne. On hésite donc à la fin entre un sentiment de tristesse ou une impression de plénitude. A l’image finalement du morceau de Yamazaki Masayoshi (« One more time, One more chance ») qui vient royalement conclure le film, dans une séquence où l’on assiste sur un rythme saccadé à une partie de la vie des personnages.

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Pour finir, voici le passage dans laquelle on entend la belle chanson de Yamazaki Masayoshi :

Et le clip semi-original (en réalité réalisé lors de la ressortie de la chanson en single en 1997) :

Du même tonneau (ou presque) :

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2 Commentaires

  1. Très belle critique de cette oeuvre de Makoto, que je trouve également supérieure à « La Tour au delà des Nuages ». Elle me semble plus juste et plus aboutie. Enfin, c’est déjà une réjouissance que Shinkai Makoto commence à être reconnu en France, et cela aurait pu être pire (le choix aurait pu être porté su Hoshi no Koe, qui est sans conteste l’oeuvre de Makoto que j’apprécie le moins, en raison de son charadesign auquel je suis complètement hermétique)

    • Assez d’accord. On s’est souvent extasié sur le fait que ce film n’a été fait que par une seule personne. C’est vrai que de ce point de vue, ce film est un exploit. Mais pour le reste, j’avoue m’être bien ennuyé. La SF en animation japonaise peut-être assez casse-gueule.

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