Ce week-end avait lieu le 36ème festival de la bande dessinée d’Angoulême.  Comme toujours il y avait un monde démentiel et, comme c’est le cas depuis quelques années, la part consacrée à l’international était non négligeable. Ainsi, pour le pays qui nous intéresse, il y avait des événements intéressants pour le Japon. Cela dit, autant l’avouer tout de suite, je suis sérieusement et honteusement passé à côté cette année. Je m’en veux en particulier pour avoir foiré la séance de dédicaces qu’il ne fallait pas rater : celle de Hiroshi Hirata, un des maître du gekiga (le manga réaliste adulte), vénérable monsieur de 72 ans qui a gratifié l’assistance venue nombreuse d’un petit show dans lequel maître Hirata, vêtu d’un kimono, a bu du saké comme avant d’aller à une importante bataille et a entamé une sorte de chant guerrier. Lorsque j’ai vu la file de personnes attendant pour une dédicace, je me suis dit que ce n’était pas le peine de rester. Et pourtant, lorsque j’ai vu plus tard en quoi consistait la dédicace (juste une page magnifiquement calligraphiée, pas de dessin), j’ai compris que l’attente n’aurait pas été aussi longue que je le croyais. Bref, je n’ai plus que mes yeux pour pleurer maintenant et j’y réfléchirai à deux fois l’année prochaine lorsqu’un maître du manga honnorera le festival de sa présence.

     sans-titre-2

     Hirata était donc  »L’Invité » parmi les dessinateurs japonais. D’ailleurs, j’écris « les », il faut que je précise qu’ils n’étaient qu’une poignée. En cela, la « manga building » (l’espace Franquin aménagé pour la deuxième année consécutive pour faire – approximativement – penser à un builduing du quartier d’Akihabara) ne tient pas encore toutes ses promesses. Cela reste encore un gentil foutoire où, certes, il y a eu une jolie expo consacrée à Shigeru Mizuki, certes, Hiroshi Hirata y a cassé la barraque avec sa prestance et certes, le dernier Miyazaki, « Ponyo sur la falaise » y a été projeté en avant-première, mais à part cela, c’est un espace qui manque encore cruellement d’artistes japonais venus pour l’occasion. Espérons que dans les années à venir nous verrons plus de dessinateurs en dépit évidemment de l’important voyage que représente un déplacement à Angoulême. En cela on peut excuser Shigéru Mizuki de ne pas être venu puisque son grand âge et sa santé fragile rendaient difficile un tel périple. Autre défaut de cet espace consacré aux mangas : ben justement, le manque d’espace. Quand on voit le masse de gens s’attroupant dans les moindres recoins des deux étages consacrés aux différentes activités, on se dit que les organisateurs devraient tout de même songer à revoir leur copie. Commencer par installer une bonne climatisation par exemple. Vous savez les gars, c’est pas fait par les chiens ce genre de truc, et ce serait faire preuve d’un peu plus de respect envers les visiteurs qui raquent tout de même assez cher leur billet d’entrée (treize euros), ainsi que les invités qui doivent faire des dédicaces dans des conditions pas vraiment optimales. Quand on sait combien un kimono tient chaud, j’imagine que Monsieur Hirata, 72 ans, a tout de même bien dû sentir passer sa séance de dédicaces. Et puis, quitte à clamer que l’espace Franquin est tout pareil qu’un building d’Akiba, autant aller à fond dans la similitude et y intégrer un de ces systèmes de climatisation omniprésents au Japon.

Exposition Shigeru Mizuki

Exposition Shigeru Mizuki

    Finissons-en avec l’espace manga : une dessinatrice, Junko Kawakami, faisait une démonstration de son travail dans un petit local, pas très visité, pour changer. Attraction calme, sans prétention et intéressante, qui avait tout à fait sa place dans le building. Je passe sur une certaine faune constituée d’ados habillés à la mode d’Harajuku et truffant leur langage de « sugoi! », « kawai ! » et autres « ulusei! » Curieux comme ce qui peut sembler bon enfant chez des jeunes Japonais est tout de suite sinistre chez des occidentaux….

_dsc0087

Junko Kawakami

     Pour finir, le bâtiment des archives départementales, juste à côté de la gare, a été pris possession par une école de design d’Osaka. Cette école possède un département manga et l’on pouvait assister à la démonstration du savoir-faire de jeunes artistes de cet établissement. Assez étonnant d’ailleurs : une dizaine de jeune filles (vraisemblablement autour de quinze ans) étaient sagement attablés et enchaînaient différents dessins en tous genres. J’ai pu récupéré le dessin d’une d’entre elles (peut-être la future Rumiko Takahashi, qui sait ?) puisque leur production était destinée à être offerte aux visiteurs. Là aussi, un moment sans prétention mais sympathique, et qui en disait long sur le fantastique vivier de jeunes talents qui doit se trouver au Japon.

_dsc0145

Un échantillon du "Osaka Sogo College"

Du même tonneau (ou presque) :