Raw Japan

     dead-men

     Depuis plusieurs années maintenant, on le sait, le Japon est à la mode. Et le touriste français ne craint pas de faire un voyage de plus de dix heures pour visiter le pays de ses rêves. Il en revient souvent aux anges. Cela a été mon cas. Le Japon, pour reprendre une expression d’un vieux reportage que j’avais vu à la TV, « c’est de l’exotisme plein la gueule ». Profusion d’images, de sons, de saveurs, de situations, on en sort profondément changé.

Reste qu’il existe un autre Japon, moins « image d’Epinal », qui gagnerait à être plus connu auprès de ceux qui sont persuadés, alors même qu’ils n’y ont jamais mis les pieds, que le Japon est le pays de leur vie. C’est une constante lorsque des reportages sont réalisés sur une certaine génération manga. Il y a toujours une ado, fringuée « comme une Japonaise » (c’est-à-dire, dans son petit imaginaire, comme une habituée du quartier d’Hatajuku), qui confie à la caméra, des trémolos dans la voix, qu’un jour, c’est sûr, elle ira vivre au Japon.

Bon. D’accord. Mais sait-elle qu’il existe ce que j’ai utilisé pour le titre de cette photo, c’est-à-dire un « raw Japan », un « Japon cru », un Japon à mille lieux de l’imagerie fun, cool, touristique et rassurante que véhiculent les mangas et les animés (je précise au passage que je sais pertinemment qu’il existe des oeuvres de ce type qui présentent le Japon sous un jour particulièrement sombre ; mais ce ne sont pas les plus connus) ? Cette photo a été prise dans le quartier de Minami Senju, à Tokyo. En fait, quand j’y pense, mon premier contact avec le Japon (c’est-à-dire le moment tant attendu où j’allais enfin pouvoir me balader dans des rues, voir des enseignes avec des kenjis, sentir des odeurs de bouffe typiques), après plusieurs heures dans les airs, sur les rails et sous la terre, s’est fait avec ce quartier. Il n’y a rien à Minami Senju, en tout cas pas grand chose. Quelques combinis, des hôtels pas trop chers (dont certains arborant une pancarte disant que seuls les clients japonais sont autorisés)… et une certaine misère. Ainsi ces hommes dont on ne sait s’ils sont des SDF ou des chômeurs, affalés sur le bitume brûlant de juillet, terrassés par la chaleur et l’alcool (voyez les verres posés à côté d’eux). Et je pourrais citer d’autres détails : des hommes pissant sans retenue dans un coin, des vieux lâchant de gros molards sur le trottoir, le mythe du Japonais attaché à la propreté, avec ce style de quartier, en prend un coup.

Après, je dois dire que ce n’est pas un quartier que je déteste. Je l’aime en fait. D’abord parce qu’il a été mon premier vrai contact avec le Japon. Et, même si ce n’était pas un contact spectaculaire, il y avait tout de même une saveur toute simple qui suffisait à mon bonheur. Ensuite, parce qu’il m’a justement permis de rencontrer ce Japon brut, un peu caché comme une chose honteuse, pas glamour pour deux sous, mais profondément humain.

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4 Commentaires

  1. Ah je viens de comprendre. Ton RSS feed balance des vieux posts dans mon Reader pour je ne sais quelle raison.
    Tant mieux, ça me permet de découvrir ces vieux trucs.

    Sinon excellente photo, et même si tu le sais déjà, moi aussi c’est le Raw Japan qui me plait, celui des campagnes, des culs terreux et des pêcheurs dans leurs îles.
    Harajuku, j’y ai passé 10 minutes, je doute en passer une 11e un jour.

  2. Oups ! Désolé mais je fais le ménage, je bidouille notamment avec les catégories, ça doit être la cause. A priori j’ai fini, ça devrait se calmer.

    Pour Harajuku, Shibuya, Shinjuku et consorts, c’est un peu comme une petite drogue que je me permets de temps en temps. Pas indispensables pour que je sois heureux au Japon, mais quand j’y suis, Seigneur ! quel pied ! Un concentré d’humanité électrisant, totalement enivrant.

  3. T’excuse pas, comme je disais, ça me permet de découvrir de vieux posts (toi aussi t’apprêterais-tu à suivre les traces de la taverne et avoir ton .com à toi? 🙂
    D’ailleurs c’est qui l’admin du nouveau drink cold ? J’ai envoyé un message à Clarence à propos d’un truc, mais pas sûr que ce soit lui en fait.

  4. Pour DC cool…
    Des conseils j’en ai plein, mais par contre, je retrouve plus ton mail. 🙂
    Écris-moi donc (normalement tu as mon adresse avec le commentaire, sinon c’est ogijima at gmail.com

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