Love Hotel (Frédéric Boilet / Benoit Peeters)

    

Love Hotel est une bande dessinée française qui possède plusieurs points communs avec les polars de Romain Slocombe. Dans les deux cas, leurs auteurs sont des français fascinés par le Japon, tout comme les deux héros respectifs : Gilbert Woodbrooke et David Martin. Le mot « héros » n’est d’ailleurs à prendre qu’au sens de « personnage principal » car ils ne brillent pas vraiment par leurs qualités : maladroits, obsédés par les japonaises, disposant d’un coeur d’artichaut qui les met parfois dans des situations embarassantes, ils ont tôt fait de transformer leur séjour au Japon en potentielle catastrophe. On retrouve par ailleurs la figure de l’ « ami » européen encombrant. Chez Slocombe, c’est Julius B. Hacker, dans la BD de Boilet, c’est Roger Simonin, un authentique beauf français.

     Dans les deux cas, on retrouve ce mélange d’humour et de gravité. Donnons ici un aperçu de l’histoire de Love Hotel. David Martin, fonctionnaire au ministère de la jeunesse et des sports, est envoyé au Japon pour une mission quelconque. David n’a rien d’un carriériste, non, utiliser ce voyage pour booster sa carrière n’est pas son genre. Son but est en fait de rapidement se débarrasser des corvées professionnels pour retrouver l’élue de son coeur : Junko, sa petite amie… lycéenne.  Malheureusement pour lui, le lecteur sent d’emblée que quelque chose cloche avec cette gamine. Les gloussements, les sourires entendus qu’elle adresse à sa copine en présence de David semblent lourds de signification. La seule chose que l’on apprend au début, c’est qu’elle s’apprête à participer à un jeu télévisé, un « concours pour les écolières » pour reprendre ses mots. Cela tombe évidemment un peu mal : les doux moments en tête-à-tête vont se faire bien rares pour David. Pour passer le temps, il y a la vie nocturne dans les petits bars de Sapporo (où il y aura bien sûr un accrochage avec quelques yakuzas locaux, esprit de Gilbert Woodbrooke, es-tu là ?) et la découverte des love hotels en solitaire. En deux mots à propos de ce type d’établissement, ce sont des hôtels spécialisés dans la location de chambre – souvent à l’heure – destinée aux ébats intimes.  La décoration peut souvent être assez spectaculaire. Ainsi, la chambre de David, lors d’une scène au milieu de l’album, fait tout pour évoquer Venise, jusqu’au lit qui représente une grosse gondole. Devant les images d’ « Adult Video » que lui balancent la télé de sa chambre, David sombre peu à peu dans un rêve acide qui préfigure la descente vers la douloureuse désillusion qui va suivre. Sans trop révéler la suite, disons-juste, en ce qui concerne Junko, que David découvrira que le jeu télévisé en question, est un jeu particulièrement douteux dans lequel des jeunes filles participent à des épreuves aussi drôles que lècher lascivement des boules de glace ou que montrer la plus belle culotte possible. Comme pour Woodbrooke, le héros est en décalage entre une image idéalisée du Japon (et de sa petite-amie) et ce qu’il en est réellement.

     Si vous aimez donc les histoires douces amères mettant des gaijins maladroits avec un Japon déconcertant, Love Hotel a de quoi attirer votre attention. En sachant cependant que le style graphique, très particulier, ne doit pas être perçu comme rebuttant. Passées les premières pages, on s’y habitue très vite et, si l’on prend en compte le fait que l’histoire se passe dans un Sapporo enneigé, on ne peut que trouver que ces « taches noires blanches » (dixit Jean-Paul Jennequin) font merveille, comme si elles étaient le symbole du constant balancement entre les scènes nocturnes et les scènes diurnes sous la neige.

Love hotel est paru chez Casterman et aux éditions Ego comme X.


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