Les Travaux et les Jours
Anders Edström et C. W. Winter – 2020
Huit heures pour couvrir quatorze mois de la vie de Tayoko Shiojiri, vieille agricultrice dans la contrée de Shiotani, près de Kyoto. Ajoutons tout de suite qu’elle est la belle-mère d’Edtröm pour bien comprendre qu’il n’y a rien de fictionnel et qu’il ne faut s’attendre à aucune péripétie narrative. Ça aurait pu car, après tout, avec les « Asadora drama » de la NHK, on a des feuilletons très longs s’attardant souvent sur le quotidien d’un personnage féminin, mais là, non, Edtröm a pour objectif de plonger le spectateur dans un quotidien banal, répétitif et, si l’on n’a la bonne posture d’esprit, contemplatif. Jeanne Dielman ? Peuh ! Un épisode d’Heidi, en comparaison.
Formellement, il y a un important travail de fusion entre les innombrables plans statiques, cherchant à fixer le moindre recoin de la maison de Tayoko Shiojiri ainsi que ses environs, et un fond sonore donnant à entendre les moindres bruits de cet univers. Là où un autre réalisateur aurait cherché à envelopper le spectateur avec une musique savamment choisie, Edtröm se contente de sons en prise directe : grillons, vent, pluie ou paroles (on a droit à des discussions qui peuvent frôler le quart d’heure).
L’ensemble m’a donné l’impression d’une baignade aventureuse au milieu d’un lac dont le bord opposé est visible, mais fort loin. Au début, l’eau m’a semblé fraîche et agréable, me faisant me souvenir de choses vues, senties au Japon, lors de pérégrinations dans des endroits comme celui illustré durant les huit heures. Très bien rendue aussi est cette sensation d’un temps à la fois vide et rempli de choses triviales mais signifiantes pour la paysanne et ses proches (tout bêtement, bêcher son jardin, aller faire des courses…), tout comme l’importance de la parole de ces vieilles gens, portées à restituer le passé alors que la mort se rapproche un peu plus pour eux à chaque semaine (on assistera d’ailleurs au décès d’un des personnages). Mais voilà, une fois que le « système contemplatif » est assimilé, le spectateur se trouve face à une alternative : continuer pour atteindre l’autre rivage, ou bien se noyer au beau milieu du lac. J’ai préféré une troisième voie, me saisir de la télécommande pour une fin de visionnage en marche forcée.
J’ai vu que le film se payait des critiques dithyrambiques. Alors il ne s’agit pas de critiquer un projet hors-normes et exigeant. Des films longs et contemplatifs, j’en ai vu assez pour dire que j’apprécie cela. Mais il me semble qu’on est avec ce film au-delà d’une certaine limite qu’un spectateur même rompu à ce genre d’approche peut supporter (et je ne suis pas sûr que le voir en trois parties – comme il a pu être montré dans des festivals – y change grand’chose). J’y vois davantage un tour de force un peu vain, vain parce que visant à atteindre une durée démentielle au détriment d’un montage évacuant les répétitions, au prétexte que le quotidien n’est après tout qu’un perpétuel ressassement.
5/10








