Le féminisme par le massage soap

Ce qui est sympa avec Go Nagai, c’est que son œuvre constitue un puit sans fond de trucs et de machins aussi sexy que débiles, faits pour nous payer une bonne tranche de rigolade accompagnée le long de la lecture d’epistaxis plus ou moins abondants.

Ayant décidé récemment de lire La Nouvelle Héloïse suite à un pari avec des amis (oui, je sais, un rien nous amuse), je me suis dit qu’il pouvait être bon d’alterner les tranches de dix pages pléiadisées et larmoyantes avec quelques chose d’un peu plus… délassant. Elle est gentille Julie, et assurément on l’imagine jolie mais enfin, s’il faut compter sur les lettres de Saint-Preux pour avoir le détail passionnée de ses charmes, ça peut attendre longtemps. Le style est là, la cartographie des sentiments langoureux aussi, reste… le fouettage des sens quoi ! Pour l’instant je reste aimable, j’adore Rousseau en général (surtout les Confessions) mais enfin, si Saint-Preux ne se lâche pas dans les prochaines lettres, s’il n’érogénéise pas sa prose en évoquant le physique de cette petite gourgandine de Julie, ça risque de me lasser cette histoire, d’autant que lire dix pages en pléiade truffées d’analyse de sentiments et restituées dans l’orthographe de l’époque demande un peu d’efforts. Bref, ayant prévu le coup (de tout façon je suis du genre à tout prévoir), j’ai intelligemment mis sous le coude une autre œuvre pour à la fois me détendre et me redonner de l’énergie après une séance de lecture rousseauisante. Mesdames et Messieurs, laissez-moi vous présenter…

Angel ou la nouvelle masseuse soap !

Si vous avez aimé Warau Salesman, Lovely angel est fait pour vous. Oui, je sais, entre la plastique d’Angel et l’horrible personnage méphistophélique de Fujiko Fujio, il n’y a absolument pas le même plaisir rétinien. En fait, c’est au niveau des histoires que l’on peut rapprocher les deux séries puisqu’elles adoptent toutes deux comme personnage principal un être mystérieux qui déboule par hasard dans la vie d’un quidam pour lui proposer une sorte pacte afin de l’aider à améliorer sa vie. Chaque histoire se conclue sur cette nouvelle vie, vie qui sera systématiquement pire qu’avant dans Warau Salesman, et meilleure après être passée par les mains expertes d’Angel.

Qui est en fait Angel ? Un ange ? La déesse de la chance ? Carrément la déesse Kannon (pour le coup l’onomastique fontionne au poil pour une version française) comme le suggère une planche dans une histoire ? On n’a pas vraiment la réponse puisque chaque personnage superpose à la bijin sa propre interprétation. Pour le lecteur, il se contente de ce nom, Angel, qui résume parfaitement sa mission, à savoir descendre parmi les hommes pour remettre certains moutons noirs dans le droit chemin. Errant dans les rues avec une grosse valise, régulièrement taquinée par un coup de vent pervers, elle cherche une de ces brebis égarées (souvent un mâle). Assez vite, la présentation se fait de manière explosive, on tourne innocemment une page et paf ! un bonnet M (au bas mot) vous saute à la figure :

Paf ! Comme dirait Gotlib : « Vé ! La pitchoune ! »

C’est qu’Angel a un métier bien particulier. Warau salesman est un vendeur ambulant, Angel est vendeuse de ses charmes dans le cadre de son admirable profession : masseuse soap à domicile ! Une fois chez le futur client, elle appuie sur un boutons de sa valise et, Ô surprise ! ladite valise se transforme en mini baignoire, première étape indispensable à tout bon massage soap qui se respecte.

On attend avec impatience de trouver un jour cet objet dans les catalogues de Noël !

Problème : les tarifs absolument prohibitifs et qui varient en fonction du pouvoir d’achat des clients. Mais le père Nagai semble prendre tellement s’émoustiller à dessiner sa créature dans des poses explosives, que les personnages craquent aussitôt et n’hésitent pas à casser leur tirelire puis le berlingot d’Angel qui, en experte habitée par la déesse Kannon, ne tardera pas à leur faire connaître le plaisir suprême, plaisir à chaque fois exprimée en une planche remplie de bulles libidineuses…

Pas exactement des Bulles de Japon mais on apprécie aussi.

… ou alors donnant un avant goût de ce que serait une copulation dans l’espace.

Malaxés, caressés, fouragés, empoignés, sucés, les personnages de chaque histoire finissent l’aventure totalement transfigurés, prêts à se lancer dans l’aventure d’une renaissance spirituelle et professionnelle. Ainsi ce joueur de mah-jong :

?!

… qui met en danger sa vie à trop vouloir jouer avec la pègre locale. Apès sa rencontre avec Angel, il se rangera et contentera de jouer dorénavant au mah-jong avec sa grand-mère à la maison de retraite.

De même pour ce vigoureux rikishi :

?!!!

Messieurs de ces dames, il est payé par ses fans pour leur donner du bon temps. Mais voilà, exténué par ses performances sexuelles à répétition, il en oublie le dohyo et finit par devenir un sumo sans avenir. Après le massage d’Angel, il se découvre une autre force physique et spirtuelle qui lui permettra de devenir yokozuna.

Dosukoi !

Après, tous les personnages ne finissent pas toujours bien leur histoire. Car le manga est aussi peuplé par une galerie de salopards pour lesquels on se dit qu’ils ne méritent pas vraiment les services de l’ange shampouineuse à gros seins. Témoin ce photographe professionnel qui transforme ses séances de shooting en séances de viol, ou encore ce vil gynécologue qui profite de ses consultations pour faire des vidéos à la portée documentaire discutable :

Eh bien, avec ce genre d’individu, ce n’est plus #balancetonporc mais #châtietonpourceau puisqu’Angel se trouve alors secondée dans sa mission par une sorte de soeur jumelle, Black la démone. Et là, point d’extase pour les moutons noirs, juste la pire des humiliations. Pour le photographe violeur, il connaîtra la joie de voir des photos de lui publiées dans des magazines :

BWAHAHA !

Tandis que d’autres apprendront ce que ça fait que de se prendre un vit dans l’anus alors qu’on n’a rien demandé :

MOUAHAHA !

Bonne fée aidant les hommes méritants mais un peu clèdes, consolatrice des femmes bafouées par de vils pourceaux, pourfendeuse des Weinstein en herbe, Angel est une héroïne qui saura plaire à la fois à Monsieur et à Madame, pour le cas où cette dernière serait une féministe enragée. A défaut de valise-soap, l’achat de cet excellent manga en cinq tomes est vivement recommandé pour les fêtes !

Sur ce, je vous laisse, je m’en retourne à ma Nouvelle Héloïse (passe à l’attaque Saint-Preux, merde quoi !).

Du même tonneau (ou presque) :

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Un Commentaire

  1. Chouette découverte et superbe article: MERCI! :DDDD

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