Angoulême 2017

Petit retour sur l’édition 2017 du festival d’Angoulême. Impossible de bouder mon plaisir, ce festival fut un excellent cru, et rendu pour ma pomme encore plus appréciable par toutes les découvertes et les belles choses que j’ai ramenées dans mon antre.

Tout a commencé le dimanche matin. Dans la voiture : Olrik Jr, Olrik the 3rd et mézigue. Dans le deuxième véhicule composant le convoi : un pote de lycée, amateur de BD et faisant souvent le trajet de sa Touraine pour  l’occasion  (au passage, merci encore pour l’excellente bouteille de Nikka offerte en guise d’omiyage). Une fois garés sur le parking du musée de la BD, on admire le beau ciel bleu qui laisse augurer d’une magnifique journée et on prend la navette pour rejoindre le centre-ville. Pas pour entrer dans l’un des chapiteaux (les « bulles »), non, d’abord pour retrouver mon cousin qui doit nous filer les pass VIP :

Mon cousin.

Bon et généreux cousin, homme de pouvoir à poigne qui, de par sa fonction au festival, a cru bon d’ajouter aux pass ces deux beaux cadeaux :

Et un kilo de BD dans la besace, un !

Oui, la journée promettait décidément d’être belle. Un court passage par la bulle du champ de Mars afin de voir d’éventuelles séances de dédicaces intéressantes (Tiens ! Mari Yamazaki à 14H30 !) puis on file à la bulle du Nouveau Monde où je sais que le stand du Lézard Noir devait accueillir Eldo Yoshimizu. Surprise ! J’arrive en plein dans une séance de dédicaces, sans file d’attente… et sans dédicaces car nulle trace du mangaka ! L’employée gothique du stand m’apprend alors que Yoshimizu était parti faire une courte pause et qu’il allait revenir pour poursuivre sa séance de travaux forcés. M’attendant à une file monstre, j’achetai illico son fameux Ryuko et attendit l’homme, qui ne tarda pas à revenir avec son assistante-interprète. Pas vraiment de discussion avec l’artiste. Lui lancer un « j’aime beaucoup ce que vous faites », très peu pour moi, d’autant que je n’avais pas encore lu Ryuko et qu’il ne s’agissait pas de le distraire pour qu’il foire son dessin. J’attendis patiemment cinq minutes, ne perdant pas une miette du beau visage en train de se former de l’héroïne en pleurs, cinq minutes durant lesquelles Olrik jr, 11 ans, tailla une bavette en nihongo avec son assistante. Brave petit !

La séquence bisque bisque rage de l’article est terminée. Stay cool, il n’y en a pas d’autres.

Autant le dire, après ce coup de chance, il pouvait y avoir ensuite les pires coups fourrés, le festival était d’ores et déjà réussi. Mais il ne fallait pas s’arrêter en si bon chemin. Situé à deux pas de la bulle du Nouveau Monde, le musée d’Angoulême promettait d’être intéressant de par une exposition consacrée à Kazuo Kamimura. Si je me souviens bien, le mangaka avait déjà eu les honneurs d’une expo à Angoulême il y a une dizaine d’années. Une trentaine d’originaux avaient alors été exposés au sous-sol de l’espace Franquin. Déjà sympa mais pas le meilleur lieu pour rendre honneur au génie de l’artiste. Là, au musée, ç’a été une tout autre chanson. Il fallait d’abord passer par un escalier dont la paroi en verre laissait apparaître la cathédrale juste à côté. Petite élévation mêlant ancien et moderne, le tout pénétré par de généreux rayons de soleil : à cet instant, un petit pressentiment me fit penser que tout cela n’était que le prélude à un 7ème ciel graphique des plus plaisants.

Je ne me trompai pas : l’expo fut fabuleuse. Et précisons, elle l’est car elle restera visible jusqu’au mois de mars. 150 œuvres, planches ou illustrations, intelligemment regroupés dans diverses thématiques (les fleurs, les femmes, l’érotisme…) mettant magnifiquement en valeur l’art de Kamimura. Mon pote tourangeau, qui ne connaissait pas, fut vivement intéressé, tout comme Olrik jr qui se pique de pratiquer le dessin. Olrik the 3rd, lui, s’en foutait un peu, tout occupé qu’il était à digérer son hamburger et ses frites ingurgités un quart d’heure auparavant. Des aspects de l’esthétique de Kamimura mis en valeur dans l’expo, je retiens surtout son art de la composition des planches, souvent audacieux voire expérimental, son sens du dépouillement rappelant celui des estampes japonaises, la sensualité et la force se dégageant de ses personnages féminins (notamment de par le soin accordé à leurs yeux), l’imagination pour mettre en scène des passages érotiques (excellent planche où un accouplement est représenté uniquement par des pieds) ou encore ses belles tentatives de colorisation à l’aérographe, rappelant au passage l’illustrateur rôdé à toutes les techniques qu’il fut avant d’être mangaka. Précisons aussi que l’expo baigne dans une ambiance sonore parfaitement cohérente puisqu’il s’agissait d’une playlist composée exclusivement de chansons japonaises des années 70. J’espérais à la sortie trouver un catalogue de l’exposition malheureusement, une jeune femme ayant participé à l’élaboration de l’expo me dit qu’il n’y avait rien de tel, à son grand regret tant le succès et les retours positifs semblent avoir été nombreux. Néanmoins, le staff serait en train de réfléchir sur la possibilité de proposer prochainement ce type d’ouvrage, affaire à suivre donc.

En attendant, il y a de fortes chance que j’y retourne afin de prendre à nouveau mon pied.

Après Eldo Yoshimizu, après Kazuo Kamimura, allais-je réussir la passe de trois avec une dédicace de Mari Yamazaki, la mangaka de l’excellent Thermae Romae ? Hélas, non. Comme il fallait s’y attendre, il était un peu tard pour s’en inquiéter, les réservations pour les dédicaces étaient déjà complètes. C’est le problème de la bulle du champ de mars et d’une éditeur comme Casterman, forcément plus visible que le Lézard Noir. La tendance est au nombre de place limité voire au tirage au sort comme à la loterie. Pas grave, je me consolai ailleurs en achetant ceci :

On en reparle prochainement.

… puis en me rendant à l’expo Hermann (trop de monde !) et surtout à l’expo Will Eisner qui, dans un autre style que celle consacrée à Kamimura, était aussi de grande qualité :

Sympathique reconstitution graphique d’une ville américaine la nuit, l’expo proposait une sélection de planches originales à tomber par terre et illustrant différents aspects de la geste eisnerienne. Comme l’expo a été faite à la fin de journée, à un moment où tout le monde en avait un peu plein les bottes, je dois dire que je n’en ai pas pleinement profiter. Néanmoins cette visite en appelle une autre, l’expo étant clairement de celles qui, de par la richesse de ce qu’elle propose, n’offrent pas toutes leurs pépites dès la première exploration. Ça tombe bien, elle est visible jusqu’au mois d’octobre. Il sera sûrement impossible de résister à l’appel du Spirit dans les mois à venir.

En résumé, si je n’ai pu tout voir, j’en ai vu assez pour affirmer qu’Angoulême 2017 a été une belle édition, rattrapant totalement les polémiques féministes et le couac lors de la remise des prix qui s’étaient produits lors de la précédente édition. En terme de représentation du manga, évidemment impossible de faire mieux que l’année dernière avec Otomo président du jury mais après, si chaque édition propose une expo consacrée à un mangaka aussi soignée que celle sur Kamimura, on ne fera pas la fine gueule. Vivement le programme de la prochaine édition, donc. En attendant je vous laisse, j’ai ma dédicace d’Eldo Yoshimizu à admirer.

Du même tonneau (ou presque) :

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4 Commentaires

  1. Bonjour,

    je suis également très intéressé par un éventuel catalogue sur l’expo de maître Kamimura. Vu votre réseau BD digne d’un ponte de la Stasi n’hésitez pas à tenir au courant d’un quelconque ouvrage, je crains que cette info soit peu relayée.

    Bonne continuation.

    • Entendu l’ami, je vais même faire mieux que de vous tenir au jus, je vais demander à mon cousin d’utiliser son pouvoir pour accélérer les choses. Il a des employés très… « persuasifs ».

  2. Quel bonheur ce festival avec la tribu Olrik… Magnifiques expositions sur Kamimura et Eisner. Un achat du club des divorcés (volume 1 évidemment) s’impose.
    Deux regrets cependant : ne pas avoir pu profiter d’une exposition Hermann qui m’a semblé trop dense, peut-être est-ce la foule qui m’a donné cette impression ; deuxième regret : constater que « le Spirit » et « un pacte avec Dieu », les deux œuvres mises en valeur dans l’expo Eisner n’ont pas été réédités depuis un bon moment en France…

    • Yep, ce fut une bonne journée passée ensemble cher ami.
      Pour info, je me suis procuré le tome 1 du Club des divorcés sur le site de la Fnac. Comme tu l’auras deviné, il est devenu assez difficile à trouver. J’ai commencé à le lire : c’est magnifique.
      Pour l’expo Hermann, j’avoue que j’étais au creux de la vague à ce moment-là. Tu as dû t’en rendre compte car j’ai vite retrouvé Olrik jr et Olrik the 3rd sur leur canapé à côté. C’est que l’on commence à se faire vieux !
      Pour the Spirit j’ai mené l’enquête car comme toi j’ai eu envie d’en lire après la magnifique expo. L’intégrale parue chez Soleil est épuisée et on la trouve à un prix prohibitif sur des sites marchands.
      Mais si ça t’intéresse, j’ai tout de même de quoi étancher ta soif. Je te recontacterai…

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