À l’Ombre des Jeunes Filles en Fleurs

La tribune des musiciens formait au-dessus de lui un tremplin naturel et tentant sur lequel sans une hésitation l’aînée de la petite bande se mit à courir: elle sauta par-dessus le vieillard épouvanté, dont la casquette marine fut effleurée par les pieds agiles, au grand amusement des autres jeunes filles, surtout de deux yeux verts dans une figure poupine qui exprimèrent pour cet acte une admiration et une gaieté où je crus discerner un peu de timidité, d’une timidité honteuse et fanfaronne, qui n’existait pas chez les autres. «C’pauvre vieux, i m’fait d’la peine, il a l’air à moitié crevé», dit l’une de ces filles d’une voix rogommeuse et avec un accent à demi-ironique. Elles firent quelques pas encore, puis s’arrêtèrent un moment au milieu du chemin sans s’occuper d’arrêter la circulation des passants, en un conciliabule, un agrégat de forme irrégulière, compact, insolite et piaillant, comme des oiseaux qui s’assemblent au moment de s’envoler; puis elles reprirent leur lente promenade le long de la digue, au-dessus de la mer.

Proust, À l’Ombre des Jeunes Filles en Fleurs

Scène étrange à laquelle j’ai assisté dans l’arcade du centre ville de Miyazaki. Un homme très diminué, en fauteuil roulant, s’était mis en tête de se diriger vers un groupe de jeunes filles qui parlaient et riaient fort. Dans quel but ? Mater de plus près de l’épiderme bijinesque en pleine moiteur estivale j’imagine. En tout cas pas pour tailler une bavette puisque l’homme était manifestement incapable de parler. Au contraire des filles qui s’attroupèrent autour du gus avec force rires et commentaires moqueurs. Alors que je poursuivais mon chemin, j’entendis derrière moi un « kawai! ».

Pour marque-pages : Permaliens.

3 Commentaires

  1. Rien n’arrête Pépé Malin !

  2. A l’agonie physiquement, totalement gaga, le mec continue malgré tout d’approcher des bijins pour essayer de leur palper leur derrière !
    A bien y réfléchir, je me dis que finalement ce serait pas si mal de terminer ainsi sa vie.

    • Tu m’enlèves les mots du clavier là. Moi qui est une peur bleue de la vieillesse… j’avoue que ça me fait réfléchir… sympa comme scène vécue.

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