Stopover Tokyo (Richard L. Breen – 1957)

STOPOVER TOKYO

Ah ! les films d’espions ! l’exotisme ! les petites pépés ! les gadgets ! les savants fous mégalomanes ! les scènes d’action dantesques ! les Astons Martins ! Ça a quand même du bon. Surtout à partir de 1962, date de la sortie de James Bond contre Docteur No car, avant cela, il faut bien dire que les films du genre ne correspondent pas forcément au cocktail bourre-pifs et mousmés aguicheuses en milieu exotique.

Ah bon ? Ben merde alors, je l’ai échappée belle !

Un exemple avec ce Stopover Tokyo qui, cinq ans avant le premier James Bond, nous sert une histoire de gentil agent américain envoyé à Tokyo pour empêcher une tentative d’assassinat d’un dignitaire yankee par une immonde pourriture d’agent double communiste. Peu d’action, peu de corps pulpeux murmurant des « oh ! James ! » enfiévrés mais voilà : le film se passe au Japon et il n’en fallait pas plus pour attiser ma curiosité. Et puis, souvenez-vous du Barbare et la Geisha, autre film en cinémascope sorti un an plus tard et qui était loin d’être sans qualités, notamment en ce qui concernait sa représentation du Japon. Certes, ça allait cette fois-ci se faire sans le Duke, le physique de Wayne n’étant pas ce qui se fait de mieux pour jouer l’agent secret raffiné en complet veston. Mais qu’importe ! Puisque ce que l’on perd en gueule de cowboy on le gagne en petite gueule d’amour avec, tenez-vous bien…

♫Johnatan Heart, oh oh oh !♫

Eh oui, le rôle principal est tenu par Robert « l’amour du risque » Wagner. Mais que les réfractaires à cette grande série se rassure, Robert Wagner n’a pas toujours ressemblé à un Sean Connery du pauvre, il a été jeune lui aussi, il a aussi eu des groupies qui se sont titiller les tétons devant des photos de lui en maillot de bain rouge :

Oh !… Oh !… Oh !… Robert !

Indéniablement, on tient là un héros qui, sans être révolutionnaire, aura un minimum de crédibilité à l’écran. Reste l’héroïne. Là aussi, si je vous dis Joan Collins, évitez de penser à ça :

Joan Collins, adepte des cosplays sur les 101 Dalmatiens.

Projetez-vous plutôt en 1957, date où l’on commençait à la considérer comme une rivale de Liz Taylor :

She’s got ze look.

Après le héros jeune, fort et beau, on a donc un petit couple glamour qui devrait bien s’emboiter fonctionner. Oui, je corrige car, en fait d’emboitement, on n’a droit qu’à ça :

Et sans la langue encore !

Tenez-le vous pour dit : Stopover Tokyo est un film familial. Certes, il y a des barbouzes :

Mais pas bien méchants les mecs. Ça observe en loucedé, ça fait son rapport à son chef, éventuellement ça pose une bombe pour faire une blague à un diplomate, mais pas de quoi traumatiser un gamin. Notre héros (au fait il s’appelle Mark Fannon) sera à un moment bloqué dans un sauna. Pas grave : une petite perte de connaissance et c’est comme par enchantement qu’il se retrouve le lendemain dans un lit d’hôpital en compagnie d’une charmante infirmière :

Oui, cette histoire d’espionnage au Japon a tout d’une promenade de santé. Et on peut se demander quel est finalement l’intérêt d’un film d’espionnage aussi ronronnant et qui semble être prétexte à nous servir une romance entre deux beaux jeunes gens. Il est vrai que frais minois et les yeux cristallins de Joan Collins peuvent suffire au spectateur pour lui faire oublier le spectateur le manque de rythme du film :

C’est vrai, il faut aimer se contenter d’un tel programme. Ou plutôt, il faut être sensible à la magie des vieux films hollywoodiens qui, même sans grande consistance, peuvent vous faire passer un agréable après-midi à siroter tranquillement une tasse de chocolat alors qu’il pleut dehors et qu’il n’y a rien d’autre à regarder qu’un film d’espionnage. Dans cet état d’esprit, on est prêt à tout avaler, y compris plusieurs couches de coulis de guimauve :

La petite n’enfant s’appelle Koko et est la fille d’un Jap’ lâchement dézingué dans le dos alors qu’il donnait au téléphone de précieux renseignements à Fannon. Elle est mignonne Koko, tellement mignonne que Fannon n’osera pas lui dire que son papa, eh ben il s’est pris deux trois bastos dans le buffet. Au lieu de cela, oncle Mark, ce grand fauve au cœur sensible, jouera le temps de sa mission au papa de substitution, le tout ponctué de scènes assez longues et évidemment déconnectées de tout rapport avec l’intrigue principale. Et si je vous dis qu’en plus une musique chinoise cliché à souhait accompagne le moindre babil de la charmante enfant, vous comprendrez que Stopover Tokyo n’est définitivement pas un films pour les durs habitués à voir du roman porno à la buvette.

Et malgré cela, one more time, je n’ai pas boudé mon plaisir, toujours grâce à cet esthétisme cinémascope qui se suffit à lui-même pour attirer mes bonnes grâces, mais aussi grâce aux décors particulièrement soignés. Comme pour le Barbare et la Geisha, le film a été tourné sur place, lors d’un tournage qui a duré cinq semaines dans la région de Kyoto, à l’époque le coin le plus touristique du Japon. Joan Collins en gardera un bon souvenir, alors qu’elle aura tendance  à considérer le film comme l’un des moins bons de ceux tournés avec la Fox. C’est un peu ce qui se passe dans l’esprit du spectateur. A défaut d’actions, on attend un peu de suspense à la manière des films d’espionnage tournés par Hitch, en vain. On comprend vite que l’on ne verra pas un chef d’œuvre inoubliable. Resteront malgré tout dans l’esprit les traces d’un Japon classiquement tiraillé entre tradition et modernité :

Golf et Fuji san.

Il y a bien sûr un exotisme de carte postale, mais c’est un exotisme bien fait, soigné, allant dans les détails et ne cherchant pas à servir au spectateur des scènes amalgamant japonaiseries et chinoiseries. Pas de tromperie sur la marchandise, c’est du garanti 100% made in Yamato, comme tous ces 1500 habitants de la petite ville de Zeze enrôlés comme figurants. Et l’on comprend mieux alors l’intérêt d’un tel film : il commence comme un film de genre, avec ses codes hollywoodiens. Mais très vite il se délite, comme si la Japon, avec la pesanteur de ses traditions, de son histoire, de ses magnifiques paysages, s’insinuait dans le personnage. Pas de scènes à la Lost in Translation : Fannon parle anglais et se fait comprendre. Il est à la fois à part et comme les autres :

C’est tout l’intérêt finalement de cette relation amicale avec la petite Koko. Du début à la fin on la voit en kimono. Elle s’occupe de carpes koi, fait des danses traditionnelles, habite dans une magnifique maison au milieu d’un non mions magnifique jardin japonais :

D’une certaine manière, Koko est le Japon. Indécrottablement. Quand on lui proposera à la fin d’aller vivre aux Etats-Unis en la compagnie des deux héros, elle refusera sans ambages, attachée qu’elle est à ses racines et à sa vieille nourrice. Au-delà de l’aspect cucul des scènes avec ces deux personnages, on se dit que Koko soit une gamine plutôt qu’une bijin est une bonne chose. On échappe ainsi au cliché de la liaison avec l’exotique autochtone, le bon coup que l’agent secret se procure entre deux scènes d’action. Les geisha ? Elles sont malicieusement évoquées par Joan Collins au début du film et vaguement aperçues dans le hall d’un hôtel :

Mais ce sera tout. La rencontre avec l’autre ne se fera pas par l’entrecuisse, Fannon fera son apprentissage du pays par cette gamine qui se prend tout de suite d’amitié pour ce gaijin. Evidemment se pose la question : est-ce que l’on attend vraiment ce genre de chose dans un film d’espionnage ? A priori non. Mais lorsque l’on sait que l’année précédente était sorti l’Homme qui en savait trop, chef d’œuvre du film d’espionnage utilisant lui aussi à grosses louches un certain pathos lié au thème de la famille, il n’est pas absurde de penser que Stopover Tokyo ait eu une petite influence hitchcockienne (1).

(1) Sans dévoiler la fin, la scène finale de la cérémonie peut rappeler la scène de concert de l’Homme qui en savait trop. Pas le même décor mais l’enjeu est le même : empêcher l’assassinat en public d’un politique. Là s’arrête la comparaison car pour le suspense et la virtuosité de la mise en scène, on repassera.

Du même tonneau (ou presque) :

Lien pour marque-pages : Permaliens.

3 Commentaires

  1. J’espère que je vais pouvoir mettre la main sur cette antiquité.
    Tu apprécieras sans doute le film Yakuza de Pollack avec Robert Mitchum qui dézingue du yak au côté de Ken Takakura.

  2. Yakuza fait partie de ces films archi connus que je n’ai jamais vus, et c’est pourtant pas faute d’aimer Pollack, Takakura et Mitchum !

  3. Ping :Rififi à Tokyo (Jacques Deray – 1963) « Bulles de Japon

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *