« J’aime ! Tu aimes ! Il aime ! Nous aimons ! Vous aimez ! Ils aiment le music hall ! Les Cinglés du music hall ! Une émission de Jean-Christophe Averty pour ceux qui aiment vraiment le music hall ! »

Les Cinglés du Music-Hall, la lénifiante émission de Jean-Christophe Averty, fait partie de ces émissions radiophoniques que je regrette. Non que je sois un spécialiste des vieilleries qu’il y diffusait, ce serait plutôt le contraire, mais il y avait toujours un plaisir particulier à bouquiner tranquillement après le déjeuner, la tasse de café à portée de main, en écoutant cette voix zézayante balançant dix mots à la seconde et les vieux 78 tours crachoteux de sa dantesque collection.  Durant une heure, l’émission transpirait la passion et nous faisait faire un bond temporel de plusieurs décennies dans de vieux cafés parisiens ou des boites de la Nouvelle Orléans. Même si je n’y connaissais rien, j’aimais. Et de toute façon, j’ai toujours été bienveillant envers le vieux créatif sulfureux des 70′s qui avait entre autre réalisé le fameux clip de l’intégralité de Melody Nelson :

Bref, cette intro digressive pour dire qu’il m’arrivera d’évoquer des chansons d’une sorte d’âge d’or de la chanson populaire japonaise. Paniquez pas ! J’en vois déjà qui se crispent, qui imaginent que Bulle de Japon va bientôt en Chance aux Chansons et que je vais peu à peu me transformer en cette chose :

Salut Olrik ! Ça va ma puce ?

Allons, je vous le dis franco : pas de Mireille Mathieu, d’André Verchuren et son accordéon magique, ou encore de Riquita jolie fleur de java et autre Josélito à la voix d’or. Non, on essaiera de viser la crême de la crême oldies japonaise. Et pas de pensums explicatifs : je ne suis pas une bête en la matière, je découvre en même temps que vous. Juste de petites plongées dans l’océan enka (et pas seulement l’enka d’ailleurs) comme ça, rapidos, en apnée, histoire de dénicher des perles susceptibles d’êtres originales. Si c’est le cas, tant mieux, sinon, tant pis, je ferai mieux la prochaine fois…

… grâce à tonton Jean-Christophe qui me prodiguera des conseils d’une main de fer.

On commence donc avec une chanson d’Hibari Misora datant de 1954. Car tant qu’à commencer cette série , autant le faire carrément avec celle qui est considérée comme la reine de l’enka. Jugez plutôt : 40 ans de carrière, 1200 chansons, 68 millions de disques vendus, 150 rôles au cinéma. Rien de préfabriqué dans son succès : alors âgée de 9 ans, elle participa à un concours de chansons de la NHK. À la fin de sa prestation, le public fit trembler la salle de ses applaudissements mais les juges, totalement choqués par cette gamine qui chantait comme une femme de 30 ans, refusèrent de faire retentir la clochette pour la désigner comme la gagnante. Qu’à cela ne tienne, l’opiniâtreté d’Hibari lui valut ses premiers succès puis assez rapidement une place de n°1 dans l’industrie musicale japonaise. En 1957, alors âgée de 20 ans, son compte en banque atteint les 30 millions de yens. Ajoutons à cela qu’elle était  une bijin et vous comprendrez que parfois il y a vraiment de quoi être écœurés par la bonne étoile de certains :

Hibari dans les années 50. Matez-moi la mousmé les gars !

Écœurée, une jeune fan de 19 ans le fut puisqu’elle essaya de défigurer son idole à coups de projection d’acide chlorhydrique. Hibari s’en sortit de justesse… au contraire de de l’acteur Shinichi Nishimura qui, assis juste à côté d’elle, en prit plein la gueule et devint aveugle! Lui, c’est clair, n’était pas né sous la même étoile qu’Hibari.

Voilà pour le contexte de la chanson du jour, datée de 1954. Pour le reste, on verra ça à l’occasion d’autres chansons. Sachez juste qu’Hibari est morte dans l’alcoolisme dans les années 80. Son décès a été un événement au moins aussi marquant que la mort de Johnny Halliday chez nous, c’est vous dire.

I saw a pretty cowboy m’a tout de suite tapé dans l’oreille par son ambiance country et cette voix américaine fleurant bon la cowgirl délurée. On sent une certaine facilité chez Hibari à pousser la chansonnette dans un américain marshmallesque. Il faut dire ici que, fascinée par Julie London ou Nat King Cole, la belle eut toujours la tentation d’avoir un style musical américain. Cela malheureusement n’arriva pas et il faut se contenter de quelques perles éparses comme cette chanson comprenant des paroles en anglais et en japonais. Mettez donc votre plus beau kimono et votre stetson pour l’écouter, vous m’en direz des nouvelles :

Du même tonneau (ou presque) :