Shugo Tokumaru, quand l’enfant prend son temps

Il est des artistes dont il est difficile, même après quatre albums, de se faire une idée. Shugo Tokumaru est de ceux-là. Et pourtant, on ne peut pas lui reprocher de ne pas s’être constitué un univers musical original. Multi-instrumentiste assurément talentueux, ce grand chat maigre s’est constitué un monde sonore fait de ces joujoux musicaux que l’on offre aux gosses. Il y a d’ailleurs un petit quelque chose de l’enfance qui se dégage de ses compositions. C’est un gentil bric-à-brac de sonorités en tout genre, tout cela semble très fragile, parfois un tantinet insignifiant, un peu vide. On a parfois envie de tirer Shugo par l’oreille, de lui dire d’arrêter et de s’appliquer un peu. Un peu comme devant un ado claquemuré dans sa chambre pour y aller de la gratouille. Ça expérimente, ça tente des choses, mais tout cela semble manquer singulièrement de souffle et être voué à l’insignifiance.

Et le drôle possède chez lui une centaine d’instruments dont il joue sans aucun problème pour enregistrer tout seul comme un grand, piste après piste, chaque morceau.

Et puis voilà, on tombe sur des morceaux  comme Parachute ou Rum hee, et là on se dit que ce grand dadais de trente ans n’a peut-être pas tout dit. Il y a de l’universalité dans ces deux perles à la mélodie imparable. On y trouve surtout ce qui fait défaut à nombre de ses chansons  : de l’énergie. L’auditeur est assailli par une kyrielle de sonorités ; ce n’est pas tant une agression, plutôt une marche en avant qui apparaît dès les premières mesures comme irrésistible. Et au milieu de cette orgie sonore, la voix de Shugo, à la fois douce et décidée, scande des « parachute, parachute ! » comme pour freiner, stopper un morceau que l’auditeur aimerait entendre durer plus longtemps.

Rum hee, joyau du dernier album (Port Entropy), possède les mêmes caractéristiques. Mélodie qui accroche dès la première écoute, faux capharnaüm sonore que l’on devine parfaitement maîtrisée, et toujours cette énergie communicative. En voici une magnifique interprétation donnée par Tokumaru pour la NHK :

Il y a clairement un souffle bien différent de nombre de compositions racornies, étriquées qui émaillent encore ses albums. On pourrait craindre qu’une certaine routine s’installe, que ce gosse de Tokyo se vautre un peu trop paresseusement dans ce mélange de pop/folk/électro. Reste que ses deux derniers albums (EXIT et Port Entropy donc) sont nettement plus intéressants et prometteurs que ses deux premiers (Night Pieces et LST). Un grand enfant que je vous dis, ce Shugo Tokumaru. Il grandit lentement mais ne le brusquons pas,  quand la maturité arrivera, cela risque de faire mal.

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2 Commentaires

  1. D’accord, L.S.T. c’est charmant et psychédélique miniature fait à la maison, mais y a pas une mélodie qui reste en tête. Il a progressé depuis.
    Bon, Shugo je me souviens l’avoir vu lors d’un festival à Boulogne-Billancourt, jouer dans une bibliothèque (!!). A l’époque, ma copine avait écrit un scénar qui se passait en partie au Japon, elle avait une boite de prod (qui ne fonctionnait pas), et à la fin du concert, elle me sort « Viens, on va lui demander de jouer dans le film! ». Y avait pas d’argent, pas de producteur, pas de casting, enfin rien d’autre qu’un pauvre scénar pas au point et elle s’est jeté sur le pauvre Shugo en train de ranger son matos pour lui proposer, dans un anglais un peu pathétique que j’essayais d’arranger, de faire l’acteur dans un film que bon là pour l’instant y a rien de concret mais comme ça se passe au Japon et que t’as une bonne tronche et que le personnage principal bosse dans la musique tu pourrais le faire hein hein hein ? Inutile de dire que le Shugo en question est resté un peu interloqué, je crois qu’il nous a gentiment pris pour deux tarés, ce qui n’était pas loin d’être la vérité vu le degré d’avancement du « projet ». Pfff, la te-hon…

  2. Même chose pour Night Pieces. C’est à partir d’Exit que les albums me semblent plus consistants et proposent des chansons qui restent en mémoire.
    Belle anecdote sinon. Mais je suis d’avis que ta copine n’est pas allée assez loin, sûr qu’avec un peu d’insistance l’ami Shugo cédait ! Lui proposer d’aller manger au MacDo du coin ou, mieux, de s’enquiller quelques bières à la buvette aurait pu faire toute la différence.

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