Père Castor goes Japan !

Aujourd’hui, article pédagogique. Oublions pour un temps les bijins pulmonées en bikini et les pelloches douteuses, approchez-vous avec votre progéniture pour écouter…

Et ouais ! Article littérature en culottes courtes, et même pas peur ! Car si ce n’est pas forcément ma came, j’ai tout de même été marqué comme tout le monde par des lectures à l’époque où je ne connaissais pas les noms de Takashi Miike ou de  Megumi Kagurazaka. Et les redécouvrir par hasard ne se fait pas sans un certain plaisir. Je goûterais assez peu de tomber sur des livres des bibliothèques verte ou rose, lectures dont je garde un souvenir un peu terne. Mais les lectures période maternelle et début de l’école primaire, ça oui, j’ai apprécié. Et au premier rang de ces lectures se trouvent bien entendu les inextinguibles bouquins du Père Castor.

Bien entendu car lorsque l’on songe au nombre de lardons qui ont entraîné leurs mirettes à lire leurs premiers textes via les albums du Père Castor, ça laisse songeur. Même si mes souvenirs sont un peu vagues, je me souviens quand même de quelques livres découverts à l’époque de la Maternelle, notamment celui-ci :

Des dizaines d’années plus tard, je m’en suis souvenu et l’ai acheté pour en faire la lecture à Olrik jr. Expérience saisissante. Alors que je le feuilletais, j’avais l’impression qu’il ne s’était pas passé trente années depuis la précédente lecture mais juste quelques journées, petite madeleine qui fit aussitôt jaillir un plaisir enfantin devant ces illustrations bien connues et souvent touchants voir magnifiques (je me souviens de celles de l’artiste russe Hélène Guertik), ces péripéties à la fois tristes et amusantes, et cette police de caractère à la fois délicieusement vieillotte et en même temps fascinante car porteuse d’histoires à la portée de l’intellect d’un galopin de cinq ans.

Plaisir de redécouvrir ces ouvrages donc, mais aussi plaisir de voir combien tous ces albums (entrés récemment au patrimoine de l’UNESCO) semblent inusables près de 90 ans après leur création (pour ceux que ça intéresse je signale le numéro de « La Fabrique de l’Histoire » consacré à cette collection).

Bref, je dois en fait à Olrik the 3rd l’idée de faire un article sur le Père Castor ou plutôt, à l’un de ses titres. Dans sa classe de CE1, chaque jeudi après-midi, c’est destination la bibliothèque de son école pour emprunter un livre.  À la maison, après l’avoir aidé à faire ses devoirs je lui demande ce qu’il a choisi et là, il me montre ceci :

Surprise ! J’avais pourtant pas mal exploré le rayon Père Castor de différentes librairies pour acheter des titres aux kids, jamais je n’étais tombé sur ce livre. Si cela avait été le cas, je me serais bien sûr empressé de l’acquérir, surtout qu’un rapide coup d’œil à l’intérieur me fit comprendre qu’il était particulièrement intéressant. Une recherche sur le ouèbe me fit comprendre pourquoi pourquoi je n’étais jamais tombé dessus. D’abord, il faut savoir que le Père Castor, c’est 320 albums sous la direction de Paul Faucher (de 1931 à 1968), à l’origine de la collection, et une soixantaine d’autres jusqu’à 2014. Comme c’est souvent le cas avec des collections aussi vastes, certains titres tombent dans l’oubli et finissent par ne plus être réédités. C’est le cas de ce Tomoko le Japonais (paru en 1975) mais aussi d’autres albums réunis sous le label « Les Enfants de la Terre », initiée en 1948. Le propos : faire découvrir le monde aux petits lecteurs en leur faisant suivre non pas les aventures mais le quotidien d’enfants dans différents pays. C’est ainsi que l’on a Sarah la petite Tzigane, Habib petit Arabe de Tunisie, Antonio un petit Italien, Apoutsiak le petit flocon de neige et plein d’autres. Avec pour particularité d’avoir vu confié leur écriture à des spécialistes. C’est ainsi que l’album consacré à Apoustiak l’esquimau a été écrit et illustré par Paul-Emile Victor, excusez du peu. Pour Makoto le Japonais, c’est une certaine Colette Burgé. Je n’ai rien trouvé concernant son pedigree, mais à la lecture du livre, je gage que la dame connaissait (ou connait, peut-être est-elle encore vivante. Colette, si tu es une lectrice de Bulles de Japon, n’hésite pas à te manifester, j’ai kiffé ton travail !) un peu le pays dont elle parlait.

Autre particularité commune à ces albums : la masse d’informations. Cela reste encore accessible pour des enfants, ce n’est pas aussi foisonnant que la collection « La vie privée des hommes » mais tout de même, on a bien plus de textes que pour Michka l’ours. Il y a en fait trois states d’informations :

D’abord le dessin, immédiatement accessible et très attrayant. Pour Makoto, c’est Christian Broutin qui s’y est collé. Ses dessins au crayons de couleurs sont joliets comme tout et bien documentés. Je n’ai remarqué aucune anomalie.

Ensuite vient le texte principal, celui qui raconte le quotidien de Makoto et de sa famille. Burgé le fait de manière simple, vivante et variée, passant volontiers de Makoto aux autres membres de la famille. On apprend ainsi que le père est amateur des combats de sumo à la TV, que la grande sœur Yukiko adore la fête des poupées du mois de mars ou encore le petit frère Akira prend de l’assurance quand il répond « yada ! » à sa mère.

– Enfin, pour les fins lecteurs qui aimeraient en savoir plus, il y a des textes explicatifs, dans une police plus petite, qui accompagnent le tout.  Ce n’est pas systématique, le procédé dépendant sans doute de la mise en page pour ne pas trop alourdir l’ensemble. Grâce à ces quelques passages, le lecteur apprend ainsi ce qu’est un tokonoma, un soroban, un kanji ou un tatami.

En 27 pages, l’album propose donc un mini immersion en terrain japonais à la fois rafraîchissante, instructive et bien conçue. J’ai été impressionné par ce travail de vulgarisation qui a su rester simple sans être simplet, explicatif sans être lourd. Il en ressort une certaine justesse qui, associé au chouette travail de Broutin, ne sera sans doute pas sans fasciner le jeune lecteur et, qui sait ? instiller dans son esprit un début de fascination pour ce pays qui lui donnera plus tard envie de le découvrir lui-même.

Cerise sur le gâteau : pour le papa qui prendrait en charge la lecture parce que son gosse ne lit pas encore assez bien, il y a une récompense, même deux, puisqu’à la cinquième page la maman de Makoto a la bonne idée de se rendre au « furo », nous faisant admirer au passage une auguste partie de son anatomie :

Oh my !

Et quelques pages plus loin, c’est tante Akemi qui décide de se la jouer bikini idol des plages :

Christian Broutin se fait plaise, et il a bien raison.

Bon, vous vous en doutez, l’album fera l’impasse sur les verres engloutis par Monsieur Sato au Golden Gai après le travail ou sur les virées nocturnes du grand-père de Makoto dans les soaplands de Kabukicho. Mais ce n’est pas grave, la qualité de ce récit immersive est telle que l’on pardonne bien volontiers ces oublis.

Envie de vous procurer Makoto le Japonais ? La seule solution est de vous rendre du côté de l’occasion (pas mal d’offres sur Priceminister), de chiner ou d’aller voir du côté de la bibliothèque de votre ville. Pour ma part j’ai fait de l’exemplaire raboulé par Olrik the 3rd des scans dont proviennent les quelques illustrations qui accompagnent cet article. En attendant, peut-être, une réédition en fac similé du côté des « Amis du Père Castor », société qui l’air d’être assez active (voir leur site).

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5 Commentaires

  1. Merci pour la découverte oncle Olrik !
    Question : c’est pour testé tes lecteurs qu’un Tomoko a remplacé un Makoto dans ton texte, ou tu pensais à quelqu’un d’autre à ce moment-là ? 😀
    Toujours plaisir de te lire !

    • “Question : c’est pour testé tes lecteurs qu’un Tomoko a remplacé un Makoto dans ton texte, ou tu pensais à quelqu’un d’autre à ce moment-là ?”
      Oups ! Lapsus inévitable, c’est quelqu’un de la famille de Madame qui est beaucoup dans nos conversations en ce moment. Ça m’apprendra à taper un texte tout en suivant le sumo à la TV.
      J’irai explorer ton site, et pas que pour le Japon, Taipei m’intéresse aussi. Tes photos flattent la vue, ça devrait bien se passer je pense.

      • Re-oups ! Belle fo-faute dans mon commentaire aussi, ça m’apprendra à lire ton blog au lieu de dormir. ^^
        Dokokade ne bouge plus depuis longtemps mais j’y accueille toujours avec plaisir les visiteurs égarés. Je ne sais pas si tu as déjà eu l’occasion de passer à Taïwan, mais si ce n’est pas le cas et que vous avez la possibilité de faire une escale lors d’un retour au pays de Madame, je pense que toute la famille devrait y trouver son compte. 😉

  2. Salut, j’ai trouvé l’article original et intrigant. Franchement, çà donne envie d’aller à la recherche des beaux albums du père Castor.
    Allez les mioches, on court à la Médiathèque suivre les conseils de tonton Olrik.
    Oui, c’est bien celui qui met des raclées à papa à Windjammers.

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