Mutilations et énucléation sur la neige

Dans le lycée d’une petite ville de province dans laquelle il n’y a rien à faire, Haruka Nozoki doit faire face à des persécutions quotidiennes de la part de sept élèves de sa classe. Un jour, voyant qu’il n’y a à espérer aucune amélioration, sa famille lui donne l’autorisation de rester à la maison pour les deux derniers mois de sa scolarité. Mais ses harcelleurs ne l’entendent pas de cette oreille et décident rien moins que d’incendier sa maison, tuant ainsi ses parents et brûlant très gravement sa petite sœur. Dévastée, Haruka est recueillie par son oncle et, contre toute attente, revient au lycée quelques jours plus tard, avec peut-être le désir de se venger…

Liverleaf (ミスミソウ)
Eisuke Naitô – 2018

Eisuke Naitô doit kiffer salement les histoires de lycéens psychotiques puisque déjà en 2012 il avait réalisé Let’s make the teacher have a micarriage club qui relatait les curieux passe-temps d’une bande de lycéennes. Et en 2014, à noter aussi Puzzle se déroulant dans un lycée où tout part en vrille. Je n’ai pas encore vu ces deux films mais avec Liverleaf, il y a fort à parier que Naitô monte encore d’un cran dans l’horreur. Car il ne faut pas se leurrer par les beaux paysages enneigés dès les premières scènes. Assez rapidement, le tapis de neige va être éclaboussé de sang, dans des proportions plus ou moins grandes selon les victimes, donnant au film un air de Lady Snowblood, surtout lorsque la belle Haruka se fait impassible au moment de ses exécutions.

Petit moment de calme avant l’horreur.

Finalement, il faut reconnaître que ce mélange poésie de la neige / crimes sanglants permet d’avoir un curieux mélange qui rend le film intrigant à suivre. Photographiquement parlant, la copie est propre, le tout accompagné d’une ambiance sonore qui se tient en retrait pour ne pas gâcher le charme vénéneux des images.

Néanmoins, le film n’est pas non plus sans avoir quelques défauts, et pas des moindres. Adapté d’un manga de Rensuke Oshikiri, la film a la réputation de lui être fidèle. Et peut-être l’est-il un peu trop, ce qui pouvant être accepté dans un manga l’étant parfois moins dans un film. Il y a ainsi un gros problème de vraisemblance. Et pourtant je ne suis pas du genre à chercher la petite bête dans une narration, croyez-moi, je suis toujours prêt à accepter des entorses à la logique pour garder mon plaisir intact. Mais là, plus d’une fois je me suis dit : mais bon sang de bois, que fait donc la police ? On pourra arguer que leur absence donne au destin de Haruka des allures de cauchemar éveillé, franchement, que le scandale d’un incendie criminel et meurtrier passe comme une lettre à la poste, sans que l’ombre d’un condé s’abatte sur ce trou du cul du monde pour poser quelques questions, j’avoue que ça m’a un peu posé problème… surtout lorsque s’ensuivent un bon paquet de disparitions puis de meurtres et que là aussi, les pandores semblent préférer rester à la maison les miches au chaud.

Dans ce patelin, vous pouvez vous baladez dans les environs (mais aussi dans les rues) avec un puissant flingue à air comprimé et une arbalète sans qu’on vous fasse chier.

Sans la flicaille, la petite ville et ses environs devient donc un terrain de chasse où tout est permis. Je dis bien tout. J’évoquais Lady Snowblood, il y aura donc des attaques à l’arme blanche. Essentiellement. Mais avec à chaque fois un art consommé de l’effet gore.

Dites-vous bien que ce screen est l’un des plus soft.

Là aussi, j’imagine que le manga original devait proposer tout un tas de cases choc qu’il a plu à Naitô de reprendre. A-t-il eu raison ? Peut-être que certains spectateurs trouveront intéressant ce mélange belles images/ violence outrancière. Pour ma part j’ai trouvé justement que ces effets gores gâchaient pas mal l’ambiance car attirant trop l’attention sur eux et devenant rapidement un gimmick attendu. La question ne devenait plus « quel camarade Haruka va-t-elle maintenant exécuter ?» mais « à quelle horreur sanglante allons-nous avoir droit ? ». Avec à la clé un inévitable côté « série B » (pour ne pas dire Z) dû aux effets spéciaux défigurant le faciès des victimes (on pense surtout à la première). Bref, on se retient car on a envie de continuer de s’imprégner de la froide atmosphère mais intérieurement, on ricane un peu (la scène du ramasse-neige, OMG !).

Enfin, il y a la structure de l’histoire. Liverleaf propose une histoire de vengeance, celle de Haruka contre ceux qui ont incendié sa maison et tué ses parents. Mais finalement, la vengeance est vite expédiée et l’intrigue s’emberlificote avec une histoire de petit-ami et une autre fille de sa classe ayant subi un ijime durant l’absence de Haruka et décidant donc de se venger pour cela… de cette dernière ! Autant l’avouer, j’ai trouvé que la dernière demi-heure était du grand n’importe quoi, prétexte à tomber dans un jeu de massacre s’efforçant d’offrir çà et là des flashbacks exposant comment l’opération de l’incendie avait été effectuée mais dont les pseudos révélations m’ont paru peu intéressantes, ne contrebalançant pas en tout cas l’hystérie sanglante du film à la fin.

Tu l’as dit, bouffie !

Bref, pour ce qui est de l’unité d’action, on n’y est pas. Naitô aurait peut-être dû de se contenter de la vengeance de Haruka en l’étirant et surtout contenir les effets gores. Cela lui aurait évité de livrer un Titus Andronicus sur la neige certes joli visuellement, mais un peu adolescent dans sa volonté de choquer par son imagerie gore.

5/10

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