HARUKI MURAKAMI

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Olrik
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Le Meurtre du Commandeur

Message par Olrik » 04 févr. 2019 21:00

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Le Meurtre du Commandeur (騎士団長殺し)
Allez, j'inaugure un fil Murakami qui ne demandera qu'à être largement complété tant je suis loin d'avoir tout lu puisqu'à vrai dire, je n'avais encore il y a quelques jours à mon tableau de chasse que 1Q84. Ce qui n'était déjà pas si mal compte tenu la longueur de la bête mais enfin, cela faisait peu compte tenu de la bibliographie conséquente de Murakami.
Cela va mieux depuis aujourd'hui puisque je viens de terminer Le Meurtre du Commandeur et que je compte en lire un autre prochainement.

Le narrateur, un peintre spécialisé dans l'art du portrait, voit sa petite basculer le jour où sa femme décide de le quitter. Déboussoulé, il entreprend un périple dans sa petite Peugeot qui le conduit jusqu'à Hokkaido. Et puis, il finit par tourner la page, à la fois dans sa vie privée et sa vie professionnelle. Il arrête les portraits de commandes et décide de se retirer dans la maison familiale d'un ami. Particularité de la maison : elle appartenait au père de l'ami, Tomohiko Amada, grand maître du Nihonga, un type de peinture traditionnelle. Très vite le narrateur prend goût à cette vie solitaire dans cette belle demeure. Avec parfois son lot de rencontres étonnantes. Il fait ainsi la connaissance du mystérieux Menshiki, homme habitant non loin dans un luxueuse villa et qui le paye rubis sur l'ongle pour qu'il entreprenne un portrait de lui-même. Surtout, il découvre dans le grenier une curieuse toile d'Amada intitulée "Le Meurtre du Commandeur"...

Difficile pour moi de faire un retour pointu du MDC tant je suis finalement assez peu familiarisé avec les thématiques de Murakami. Une chose est sûre, ce retour à Murakami s'est avéré pleinement satisfaisant. Tout le premier tome présentant l'installation du narrateur dans sa nouvelle vie a été très vite dévoré. Je ne me souviens plus trop ou j'avais lu une comparaison entre l'univers de Lynch et celui de Murakami. Mais il y a effectivement un peu de Lynch dans cette atmosphère quotidienne dans laquelle s'insinue un onarisme fantastique et feutré. La première moitié du deuxième tome m'a moins convaincu, me rappelant ce qui avait été à mes yeux un défaut de 1Q84 : une impression au bout d'un moment d'une dilution de l'intrigue. Le narrateur va voir Menshiki. Puis c'est Menshiki qui va voir le narrateur. Puis c'est la belle Shoko qui va rendre visite au narrateur, etc. Mais c'est lorsque la monotonie arrive que Murakami nous sort de derrière les fagots un étonnant voyage que fait le narrateur et qui nous amène très vite à la conclusion. Avec peut-être une légère impression de déception, la faute à des formules conclusives à la fin de plusieurs chapitres jouant un peu trop l'effet d'annonce percutant. Il n'en demeure pas moins que le MDC, avec ses pages érotiques, cultivées dans leurs références à la musique classique, gustatives dans les descriptions de plats que mitonne Menkishi, et parfois étonnantes dans leur manière de donner à voir l'élaboration d'une peinture, réussit parfaitement à happer le lecteur dès les premiers chapitres et à lui faire tenir le choc de 900 pages menées à un rythme lancinant.
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Re: HARUKI MURAKAMI

Message par Mark Chopper » 05 févr. 2019 09:28

tant je suis loin d'avoir tout lu puisqu'à vrai dire, je n'avais encore il y a quelques jours à mon tableau de chasse que 1Q84.
Ah, ça me surprend... Pour ma part, Murakami a été ma porte d'entrée pour la littérature japonaise.

Je développe un peu un rapport d'amour/haine avec lui depuis deux ans.

D'un côté, La Ballade de l'impossible et Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil figurent très, très haut dans mon panthéon personnel...

De l'autre, je le trouve depuis plusieurs livres un peu trop sûr de ses effets et en mode automatique/recyclage (c'est hélas le cas de nombreux auteurs qui rencontrent un énorme succès). Et surtout, de toute évidence, son éditeur n'ose plus lui dire "là, il faudrait quand même couper un peu" (1Q84 est un cas d'école).

Mais bon, tout ça n'enlève en rien à l'immense plaisir que j'ai eu à découvrir la plupart de ses livres... Simplement, à deux ou trois exceptions près, ils ne passent pas le cap difficile de la relecture.

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Re: HARUKI MURAKAMI

Message par Olrik » 05 févr. 2019 17:48

Mark Chopper a écrit :
05 févr. 2019 09:28
ils ne passent pas le cap difficile de la relecture.
Là est la question. J'ai lu 1Q84 et franchement je ne me vois pas m'y replonger tant l'intrigue donnait parfois l'impression de faire du surplace.

La Ballade de l'impossible est justement le prochain que je compte lire, je me suis souvenu qu'il avait été adapté par Tran Ahn Hung. Plus court aussi, après Monte-Cristo, le Meurtre du Commandeur et, dans une moindre mesure, Au Bonheur des dames que je relis et dois terminer ce soir, j'ai envie de passer à des histoires avec moins d'ampleur.

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La Ballade de l'impossible

Message par Olrik » 17 févr. 2019 18:31

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La Ballade de l'impossible
Dans un avion, une chanson ramène Watanabe à ses souvenirs. Son amour de lycée pour Naoko, hantée comme lui par le suicide de leur ami, Kizuki. Puis sa rencontre avec une jeune fille, Midori, qui combat ses démons en affrontant la vie.

Cinquième roman de Murakami, Noruwei no mori, allusion à Norwegian Wood des Beatles, a été lu sans déplaisir mais sans grande passion non plus. La faute à une voix narrative à l'image de son personnage, souvent sur la retenue, distante, se contentant lors des dialogues de simples "oui", "non", "c'est vrai", "sans doute" et autre "hmm". Monotone au bout de cent pages. A l'inverse, les personnages féminins, que ce soit Naoko, Midori ou même Reiko, infusent dans l'histoire une douce chaleur qui, associée à un érotisme à la fois cru et délicat, permet de s'intéresser suffisamment à l'histoire et d'être touché par certains passages.
Après, à l'instar d'un certain roman de Sallinger auquel Noruwei no mori a pu être comparé, j'avoue que je n'y ai pas totalement trouvé mon compte. Peut-être aussi étais-je encore sous l'influence du fantastique du Meurtre du Commandeur...
Allez, un petit coup de Fab Four, c'est cette mélancolie et cette chaleur-là que j'aurais aimé entendre en lisant ce roman :

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Autoportrait de l'auteur en coureur de fond

Message par Olrik » 19 févr. 2019 10:59

On change de registre avec cette fois-ci un essai de nature autobiographique se penchant sur les rapports entre Murakami et le footing, mais aussi sur ceux entre ce sport et l'écriture. Relativement court, le texte décortique les sensations de Murakami lorsqu'il chausses ses chaussures de course et part pour de longues distances. Car qu'on se le dise, l'auteur de 1Q84 n'a rien d'un coureur du dimanche. Véritable drogué du jogging, il est un adepte du marathon, de l'ultramathon (marathon d'une distance de 100km, j'avoue que je ne connaissais pas cette pratique, il y a des malades partout) voire du triathlon. Cela donne des récits parfois épiques, comme la fois où Marakami a projeté de faire le marathon originel, entre Athènes et Marathon, ou encore l'ultramarathon du lac Saroma, à Hokkaido. Véritablement, pour cela, le livre est à conseiller aux adeptes de la course à pieds, il y trouveront le plaisir de voir restitué, analysé avec des mots, tout ce qui peut se passer extérieurement et intérieurement quand on est seul sur la route avec son propre corps, à supporter la douleur pour enquiller des kilomètres.
J'ai plutôt goûté cet aspect-là même si, à la longue, j'ai trouvé que cela pouvait déboucher sur une auto-satisfaction un peu visqueuse. Et pourtant ce n'est pas faute d'indiquer un peu partout qu'il ne se sent pas comme un athlète professionnel, qu'il fait tout ça en toute humilité. Après, j'ai eu l'impression d'assister à un Murakami en mode "supokon" tout fier d’égrener le chiffre de ses performances. C'est mignon, mais cela associé à l'absence totale d'humour, son goût pour Bryan Adams et une page qui fait tache, un peu café du commerce, sur le changement climatique responsable de tous les maux sur terre, il s'en est fallu de peu que la fin du livre soit aussi douloureuse que les ultimes kilomètres d'un ultramarathon.

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Re: HARUKI MURAKAMI

Message par Mark Chopper » 19 févr. 2019 12:40

Je l'ai un peu subi cet essai...

Tu devrais peut-être faire une pause, ou alors tenter son roman le plus orienté fantastique : La Fin des temps.

Sinon le côté répétitif de son oeuvre (il se renouvelle peu) va très vite te lasser.

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Re: HARUKI MURAKAMI

Message par Olrik » 19 févr. 2019 12:49

Mark Chopper a écrit :
19 févr. 2019 12:40
Tu devrais peut-être faire une pause
C'est justement ce que je fais. :mrgreen:
Avant d'arriver à saturation et de me mettre à détester Murakami, c'est préférable.
J'enchaîne avec le dernier King et un petit Tanizaki (Noir sur Blanc)

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Re: HARUKI MURAKAMI

Message par Mark Chopper » 19 févr. 2019 22:41

Et pour plus tard, réjouis-toi avec une belle actu Edogawa Ranpo :

- Un essai sur l'auteur à paraître cette semaine : Les Méandres du roman policier au Japon (au Lézard noir)

- Un roman pour avril : Un amour inhumain (chez Wombat).

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Re: HARUKI MURAKAMI

Message par Olrik » 20 févr. 2019 10:23

J'avais vu l'annonce pour l'essai mais je découvre l'info pour Un Amour inhumain. Bien. Le précédent à avoir été édité chez nous c'est Le Démon de l'île solitaire et ça remonte déjà à 2015. A ce rythme, ça va être chaud de lire toute son oeuvre avant de crever !

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