Littérature
Le kaibun
0En tombant récemment sur le fameux palindrome de Georges Pérec, je me suis demandé si l’on trouvait l’équivalent de ce type de jeu de langage en japonais. Je rappelle qu’un palindrome est ce type de phrase, d’expression, qui permet de lire un énoncé dans les deux sens. Ainsi, pour ne pas être original, le fameux « Esope reste ici et se repose ».
En charchant un peu, je me suis donc aperçu que l’équivalent existait bien en japonais. Cela s’appelle un « kaibun » (回文). Le mot signifie phrase(文) tournante (回). Par exemple :
- Shinbunshi (しんぶんし:新聞紙). « Papier journal »
- Takeyabu yaketa (たけやぶやけた:竹薮焼けた). « Le bosquet de bambou a brûlé »
On remarque que la diférence avec le palindrome français vient qu’ici la symétrie ne se fait pas de son à son mais de syllabe à syllabe.
Ce site propose une belle collection de « kaibun » :
Brume de printemps (Romain Slocombe)
0Brume de printemps est le deuxième volet de la Crucifixion en jaune, la tétralogie de Romain Slocombe consacrée à Gilbert Woodbrooke, photographe gaffeur, fétichiste et spécialiste du Japon.
Il s’agit du plus volumineux des quatre romans (700 pages), mais comme pour les autres opus, Slocombe, avec son art de la narration parfaitement maîtrisé, le fait passer comme une lettre à la poste. D’autant qu’il y a une petite originalité par rapport aux autres volumes : si l’histoire trouve sa conclusion à tokyo, la majorité du roman se situe dans la Japon provincial de Kagoshima, au sud de Kyushu. J’ai jusqu’à présent cru que ce qui contribuait largement au charme de ses polars de Slocombe était la restitution de la vie nocturne électrique de Tokyo. Avec Brume de printemps, on regrette finalement que Slocombe n’ait pas davantage exploité d’autres zones géographiques du Japon. Car les pérégrinations provinciales de Woodbrooke, cette fois-ci enrôlé pour faire un reportage télévisé foireux à propos de l’amour immodéré des japonais pour leurs bêtes à poils, ont un quelque chose de particulièrement réjouissant. Ainsi cette bouffe dans laquelle on lui propose de goûter une spécialité locale : la viande de cheval crue ! (Lire la suite…)
Averse d’Automne, de Romain Slocombe
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Maladroit, fétichiste, obsédé sexuel, adultère et anglais, voilà les tares dont Romain Slocombe a affublé le sympathique héros de sa tétralogie japonaise intitulée « la Crucifixion en jaune ».
Avec un tel personnage, on comprend que très vite que l’on ne va pas se trouver dans un univers à la Ellroy. L’humour est très présent. L’incapacité du personnage (au fait, il s’appelle Gilbert Woodbrooke) de sentir combien certaines de ses décisions peuvent être dangereuses pour lui y est pour beaucoup. Très vite, chacun de ses voyages au Japon (chaque roman de cette tétralogie correspond à un voyage fait durant une saison) vire très vite au cauchemar. Par ailleurs, son fétichisme a de quoi faire sourire. Remarquez, le fétichisme est en soi un sujet plutôt bouffon, mais celui de Woodbrooke l’est peut-être un peu plus. Il est en fait le génial inventeur de « l’art militaire », comprenez l’art de photographier de jeunes et jolies japonaises en uniforme, militaire de préférence, mais tout autre tenue (d’infirmière, de lycéenne …) fait l’affaire. Si en plus le modèle à pris soin de s’ajouter au maquillage de fausses ecchymoses ou d’arborer un bras dans un faux plâtre, c’est l’érection assurée pour Gilbert. Enfin, le côté obsédé sexuel du personnage, incapable de se rappeler qu’une épouse (Japonaise) l’attend en Angleterre, donne lui aussi lieu à de savoureux passages. La narration à la première personne le fait comprendre dès les premières pages : il ne pense qu’à ça, surtout lorsque ce « ça » prend la forme d’une maîtresse hôtesse de l’air joliment prénommée « Akiko ». (Lire la suite…)




