Hot spots à gogo

Le lendemain, il incombait à Madame d’aller réparer sa bévue. Le beau-dabe lui avait donné l’adresse d’un réparateur de confiance ainsi que la thune pour la réparation (oui, chez la famille de ma femme, il est dit que les enfants ne doivent absolument rien raquer. Croyez bien pourtant que j’ai insisté pour que ce soit Madame Olrik qui paye de ses propres deniers mais rien n’y a fait.). Le garage était situé sur le chemin de Mangasouko, magasin que nus avions découvert avec bonheur lors du précédent séjour et auquel Olrik jr et Olrik the 3rd nous tannaient depuis trois jours d’y retourner. Le programme de la matinée était donc tout trouvé, d’abord le garage, le bonne odeur du pneumatique neuf, puis Mangasouko et le non moins bonne odeur de la figurine d’occase. Dans la voiture, au moment de partir, à la question d’Olrik jr qui demandait où on allait, je répondis : « Maman a repéré une bordure de trottoir au nord de Miyazaki qu’elle aimerait tester avec la roue de secours ». Fine saillie qui fit retentir un « BWAHAHA ! » d’Olrik jr et de son frère. Apparemment la vanne avait du potentiel, c’était bien, je pourrais l’utiliser encore deux ou trois fois avant qu’elle soit aussi usée que le pneu qu’on allait remplacer.

Sinon, vous l’aurez deviné, il va s’agir d’un article riche en hot spots et une fois encore, pour ceux qui en douteraient, Bulles de Japon n’a rien à envier aux sites les plus hype qui dégainent tel lieu branché du moment à Harajuku ou la dernière boite de strip-tease à la mode de Roppongi. Ainsi vous pourrez chercher longtemps sur ces sites, jamais vous n’y trouverez ceci :

Honnête artisan, savoir-faire de qualité, prix très compétitifs et matériel de qualité, si jamais vous passez à Miyazaki et que vous crevez un pneu en heurtant une bordure, n’hésitez pas, foncez à ce petit garage qui ne paye pas de mine mais qui saura vous satisfaire au-delà de vos espérances !

En arrivant, nous tombâmes sur un monsieur d’un certain âge, sans doute de la même génération que le beau-dabe. Madame se présenta comme étant la fille de son père. Tout de suite le bonhomme assura qu’il n’y avait pas de problème pour la roue, qu’il allait la changer dans la demi-heure. Un coup d’œil sur l’autre roue le fit cependant tiquer. Le pneu était quand même bien usé. Autant, peut-être, en profiter pour changer les deux pneus avant ? Incertitude de Madame qui préféra lui donner le numéro de téléphone de son papa pour savoir s’il fallait aller jusque là. S’ensuivit un bref coup de bigophone truffé de formules de politesse au bout duquel il fut décidé de changer les deux pneus. A noter que Madame Olrik fut un peu étonnée de la politesse de l’artisan. Elle pensait qu’il s’agissait d’une de ses connaissances de son père et que la politesse allait être plus mesurée. Mais non, en fait ce fut tout le contraire avec un degré de politesse dépassant très largement celui attendu. De là à dire que le beau-dabe est en réalité est un chef yakuza qui utilise son entreprise d’élevage de poulets comme d’une couverture, il n’y avait qu’un pas que mon imagination décida de franchir allègrement. J’explorerai cette hypothèse lors du prochain séjour…

En attendant, il y avait une demi-heure à tuer. Que faire ? Nous n’eûmes pas à nous poser longtemps la question car l’artisan nous indiqua sa petite salle d’attente dans son magasin. Petits fauteuils moelleux, télévision, étagères avec des mangas. Il ne m’en fallait pas plus, à cela je dis banco ! d’autant que l’épouse du garagiste ne tarda pas à radiner avec un plateau pour nous offrir du thé vert, des petites bouteilles de lait sucré aux enfants mais aussi… une soucoupe remplie de bonbecs ! Pour un peu j’aurais presque regretté qu’il ne nous change pas le joint de culasse pour rester dans ce paradis plus longtemps. J’explorai les deux petites étagères de mangas : je me souviens qu’il y avait notamment Vagabond, un manga de pêche et puis un seinen très sexe et violence que je ne connaissais pas. Je photographiai mentalement le titre mais bien évidemment cela s’avéra insuffisant pour le mémoriser. Bon, si on crève de nouveau un pneu cet été, j’irai vérifier cela. En tout cas je supposai que l’artisan avait sans doute un fils. Je supposai bien car nous entendîmes quelqu’un descendre un escalier et ouvrir la porte qui donnait sur la salle d’attente, c’était un jeune homme d’environ dix-huit ans qui nous salua poliment et alla rejoindre le garagiste pour l’aider à changer les pneus. Deux minutes plus tard de nouveau des bruits de pas dans l’escalier, la lourde qui s’ouvre : c’était cette fois-ci une jeune femme, qui nous salua derechef et qui se rendit à un burlingue pour consulter un registre. On n’avait plus qu’à attendre l’arrivée de l’oncle, de la tante et du cousin mais en fait non, ils ne vinrent pas. Par contre la facture arriva, elle, et avec elle un nouveau départ avec des pneu flambants neufs. Direction maintenant :


Mangasouko

A Miyazaki, point de Mandarake. Mais le Mangasouko est là, à une dizaine de kilomètres au nord, suffisant pour procurer une heure de shopping hypnotique aux kids, et pour me permettre de mettre la main sur figurine originale. Depuis mon tout premier séjour au Japon en 2004, je me suis bien calmé dans ce domaine. Je m’adonne maintenant plus volontiers aux plaisirs des gashapons, moins encombrant. Ainsi comment résister à ces magnifiques gashapons Warau Salesman ?

Pour moi, ce fut bien simple, je dégainai sans réfléchir deux pièces de cent yens pour obtenir un petit bout de plastique qui depuis traîne sur un coin de mon bureau. Plus délicat était l’achat de cette magnifique réplique du psycho gun de Cobra :

En fait j’en possède déjà un, moins beau, moins fignolé. Était-il utile d’en acquérir un deuxième ? La question méritait réflexion, d’autant qu’une figurine d’Hentai Kamen, moins encombrante, me faisait de l’œil :

Ça a quand même une autre gueule qu’une ennuyeuse figurine DBZ.

Sans compter sur la figurine Golgo 13, celle de Kiryu, le personnage du jeu vidéo Yakuza, celle de Tesujin 28 ou encore celle du personnage principal issu de ce manga culte (dont j’ai oublié le nom, de mémoire c’est un titre interminable) et que l’anniversaire des 50 de Jump permettait d’honorer :

Je me souviens aussi d’une certaine figurine de Fujiko Mine dont les attributs mammaires n’avaient certes pas besoin de rustine, contrairement au pneu de notre voiture. Mais finalement j’optai pour ces figurines Ashita no Joe monochromes :

De son côté Olrik jr acheta sur mes conseils la version Switch de Street Fighter II (achat qu’il regretta par la suite, mais ceci est une autre histoire) tandis qu’Olrik the 3rd tint absolument à s’acheter un paquet de cartes Dragon Ball Heroes pour jouer sur les bornes d’arcade du même nom. Un oeil sur le coin (très modeste) des photobooks. Je repérai le livre de la photographe Hiromix fait lors d’un séjour à Paris :

Aguicheur mais dispensable. Ajoutons pour terminer que Mangasouko est une sorte de petit paradis pour les amateurs de retrogaming :

L’après-midi fut plus sérieux. Point de pneus ni de figurines. Pour moi, direction ici :

Il s’agit du musée d’histoire naturelle de Miyazaki (le bâtiment est visitable grâce à Street View) dans lequel se tenait une exposition sur l’histoire du katana. Assez peu intéressés, Madame et les enfants décidèrent de m’attendre en passant un peu de temps au Book Off à côté puis à un petit salon de thé.

Ayant pratiqué le iaido durant cinq années, l’exposition m’intéressait forcément un peu. De fait, la vaste collection de katanas qu’elle proposait avait le mérite de montrer qu’avant d’obtenir le katana tel que nous le voyons dans les films de samourais, les forgerons ont expérimentés durant des siècles, avec des courbures, des longueurs parfois inattendus. Très dépouillée et très feutrée, l’exposition permettait ainsi de faire un voyage dans le temps et d’admirer des lames qui avaient dû traverser pas mal d’épiderme. Après, je dois dire que l’intérêt fut pour moi un peu limité puisque les explications de l’expo avaient fait l’impasse sur une traduction en anglais.

Je rejoignis mon clan au salon de thé. Je commandai un bon café, le dégustai puis comme il était déjà 18H30 nous retournâmes à la base. Après dîner je repris Tornado pour une de mes dernières ballades post-dîner nocturnes. Une peu comme Richard Boringer, je me dis en passant devant ce bâtiment que…

…c’est beau un Yamada Denki la nuit !

Puis j’arrivai au centre ville ce soir-là étonnamment dépeuplé :

L’envie de prendre une petite barquette de takoyakis à l’échoppe me titilla un instant. Mais comme j’avais apporté un sac contenant une serviette et des vêtements propres pour me terminer au sentô avant de rentrer, je me retins. Il s’agissait d’assainir et de reposer le corps, pas de le bourrer de nouveau alors que je venais de sortir de table. Je me promenai sans but un quart d’heure, appréciant l’ambiance à la fois électrique et tranquille du quartier avant de poursuivre mon chemin jusqu’au sentô. Il ne restait plus beaucoup de journées avant la fin de ce huitième séjour, mon épiderme réclamait son lot d’eau chaude et parfois parfumée quotidien. J’allais volontiers lui offrir ce petit plaisir jusqu’à la fin.

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