Il faut exorciser le soldat Olrik jr !

Journées du 10 au 12 août :

10 août :

On se rend en fin de matinée à une cérémonie « o-bon » pour les morts. Les enfants ne sont guère enchantés à cette perspective. Je ne le suis pas non plus forcément, mais du moins je suis assez intrigué et motivé pour tenter d’y prendre quelques photos et vidéos. Arrivés au temple, il faut d’abord s’escrimer pour tenter de trouver une place où se garer. Pour cela, pas d’autre choix que d’aller au parking juste à côté :

Il faut ici imaginer un préposé donnant des directives pour se garer aux personnes désireuses d’assister à la cérémonie. Il s’agit de remplir le moindre mètre carré d’un morceau de tôle automobile. A la fin le parking était bourré de voitures, sans la moindre issue pour le pauvre type qui aurait garé sa caisse tout au fond et qui aurait besoin de repartir pour une urgence.

Juste à côté se trouvait donc le temple :


A l’intérieur, on se déchausse avant de pénétrer dans le temple. Il y a déjà pas mal de monde au milieu duquel je fais inévitablement tache car pas vraiment habillé pour l’occasion. Tout le monde est bien habillé tandis que j’ai opté pour un short et un t-shirt Black Jack particulièrement seillant. Mébon, comme ma gaijinitude se lit sur mon visage et que Madame m’accompagne, je suppose que je suis une fois de plus tout excusé.

Dans le temple, on vire tout de suite à tribord pour s’installer au bas d’un mur. De là je parviens à prendre quelques clichés :

Les moines arrivent les uns après les autres, la cérémonie commence et avec elle d’entêtantes psalmodies dont les effets conjugués à une forte odeur d’encens (des dizaines de bâtonnets brûlent en même temps) ne tardent pas à se faire sentir. Je ne dirais pas que dès cet instant je suis entré en lévitation mais très certainement que j’ai eu la sensation d’être dans un lieu coupé du monde avec son propre écoulement du temps. Pas la Black Lodge (les amateurs de Twin Peaks comprendront) mais plutôt une « Monk Lodge » qui nettoie l’âme tout en saturant les sens (surtout olfactif et auditif). J’ai plutôt aimé, et lorsque j’aime une chose au Japon, cela donne invariablement lieu à une captation avec un de mes gadgets, appareil photos voire micro enregistreur portatif pour capter l’ambiance sonore.

Alors que je filmais une sorte de ronde que faisaient les moines tout en psalmodiant, je vis l’un d’eux glisser quelques mots à l’oreille de son voisin. J’imagine qu’il a dû lui dire quelque chose comme « chef ! il y a un connard de gaijin derrière nous qui filme sans autorisation ! » car aussitôt le voisin se retourna pour regarder dans ma direction ! A ce moment je tenais mon appareil, l’air de rien, au niveau de ventre. Je fis mine de regarder à un autre point de la ronde mais le gus restait braqué dans ma direction ! Cherchait-il à m’hypnotiser par je ne sais quelque obscur pouvoir chamanique ancestral ? je n’en sais rien mais en tout cas je fis désormais gaffe. Posant mon appareil, mais gardant le micro ouvert, je profitai du rituel sans chercher coûte que coûte à prendre des photos (l’intérêt était de toute manière limité puisque j’étais cloué à une position et que la faible lumière ne permettait de prendre des clichés bien nets).

J’entrai donc en communication divine avec Bouddha, ou du moins je tentai de le faire car assez vite quelqu’un sur ma droite me dérangea dans ma méditation mystique. Il s’agissait d’Olrik jr qui se plaignait d’avoir froid. Certes, la clim’ était un peu forte mais enfin, ce n’était pas la première froid que l’on essuyait ce genre de blizzard en plein été au Japon. Je lui glissai donc un « c’est bon, ça va aller » et retournai à ma communication spirituelle. Mais cinq minutes plus tard, je jette de nouveau un œil à Olrik jr, et j’ai la stupeur de voir que ça ne va plus du tout. Couché en chien de fusil (je précise que nous étions assis au départ à même le sol), il était blotti sur lui-même et grelottait de toutes ses quenottes ! Je mets la pogne sur son front : je la retire aussi rapidement que si je l’avais posé sur un fer à repasser (j’exagère, mais à peine). Je ne pige pas du tout. Il y a une demi-heure il était frais comme un gardon et là, c’est une sorte de poisson resté trop longtemps sur un étal à 40°C. Evidemment, partir aussitôt était inimaginable because le parking bondé qui nous obligeait à rester jusqu’à la fin. D’ailleurs, il n’y avait plus qu’un quart d’heure à attendre. Néanmoins j’étais vivement inquiet. Pourquoi une telle maladie subite ? Je pense tout à coup à mes photos et au regard du moine : ce con m’avait-il lancé le mauvais œil ? Olrik jr était-il la victime collatérale d’une malédiction pour me punir de mon sans-gêne de gaijin ? Allez savoir ! Moi, en tout cas, j’étais à deux doigts de me jeter au milieu du rituel, de virer tous les bâtonnets d’encens et de brailler : « mais arrêtez votre cirque et aidez-moi plutôt à exorciser Olrik jr ! » Heureusement, cela n’arriva pas. Nous étions à la fin de la cérémonie, les gens se levaient et allaient regagner leur véhicule.

Une demi-heure nous étions revenus à la base. Ba-chan dégaina aussitôt des comprimés de type doliprane pour en gaver Olrik jr qui gagna péniblement la chambre à l’étage afin de rester tranquille. Rien d’autre à faire pour lui : ça sentait l’après-midi moisie passée à dormir pour reprendre des forces tout en essayant de faire baisser la température. Désolé pour lui car me sentant un peu coupable (mais maudit soit ce moine hypnotiseur !), je mangeai tristement mon riz au curry « Lee », en espérant qu’Olrik jr reprenne très vite du poil de la bête, car dans trois jours nous devions nous rendre avec les beaux-parents dans un chouette onsen où beau-papa avait réservé une chambre.

En attendant, la vie reprenait son cours. Olrik jr, tel un chevalier de bronze s’étant pris une branlée contre un chevalier d’or, devait se contenter de reprendre des forces, ce qui n’était pas le cas d’Olrik the 3rd qui était toujours tout pétant de santé et qui allait bien me demander de l’emmener à la plage. Cela ne rata pas. Nous allâmes barboter une petite heure et fîmes quelques magasins, tandis que Madame restait à la maison pour veiller sur le frangin. En fin d’après-midi, j’allai tout de même dans le centre pour essayer de faire quelques photos. J’y récoltai un contre-jour fait « en passant » et pas trop mal composé :

… ainsi qu’un yukata devant une vieille façade et au moment du soleil couchant :

Le besogne accomplie, je retournai en vélo à la maison. Inutile de suivre les jeux Olympiques puisqu’ils étaient chez nous : la fièvre d’Olrik jr atteignait toujours des hauteurs olympiques !

 

11 août :

Le lendemain il fallut se rendre à l’évidence : les cachets et les sirops prodigués par ba-chan ne servaient à rien, il fallait voir un docteur. Malheureusement c’était si je me souviens bien un jour férié (le « yama no hi »), du coup Madame galéra un peu pour trouver une adresse où consulter. elle trouva néanmoins : il s’agissait d’un cabinet de pédiatrie situé tout au sud de Miyazaki. Le dignostic rendu là-bas fut sans appel : Olrik jr avait chopé le « rota virus », forme particulièrement virulente de la gastro. Rien de grave non plus mais le programme pour lui était tout ce qu’il y a de plus simple : médocs et repos de rigueur.

Il était temps de voir un toubib car franchement, la santé physique et mentale d’Olrik jr commençait à vraiment faire peur. Je me souviens en début d’après-midi de quelques mots échangés avec lui avant de partir en vadrouille avec son frère : il m’avait sorti un charabia délirant qui montrait assez combien l’esprit avait besoin de se mettre sur OFF et de laisser les antibiotiques faire tranquillou leur effet. Avec son frère nous allâmes à un Book Off pour lui acheter quelques mangas pour le moment bien sûr où il irait mieux et serait capable de lire car là, c’était pas gagné.

Assez peu de photos cette journée. Je propose juste cette photo d’un couple apparemment sponsorisé par Lee (pas le curry, la marque de vêtements).

12 août :

J-1 avant le départ pour le onsen et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Olrik jr allait à peine mieux que la veille. La température était certes moins forte mais toujours bien présente, et son état de forme ne lui permettait pas de faire autre chose que de rester au lit ou d’en sortir un peu pour essayer de manger avant d’y retourner dormir.  Néanmoins en début d’après-midi il avait lu un peu le Slam Dunk que je lui avais acheté. Et en fin de journée, il s’était un peu distrait avec la tablette offerte par Ji-chan. Si Olrik Jr avait les yeux sur un écran, c’est que ça allait un peu mieux. Par contre, pour péter la forme le lendemain au onsen, ce serait sans doute autre chose.

Du même tonneau (ou presque) :

Lien pour marque-pages : Permaliens.

2 Commentaires

  1. Excellent récit! Très drôle avec son ton et ses références. Les paroissiens ne sont pas non plus en habits du dimanche, ça reste tout de même du chemisettes, et pantalons. Que va t’il arriver à Olrik Jr, sera t’il prêt pour le jour magique des onsen?!! Après je me fais guère d’illusions, ce type de maladie frappe une semaine… Je n’ai même pas eu vent des jeux olympiques, bizarre, mais surtout tant mieux. :)) Merci du partage! Good pics ;)!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *