Les lumineux dessous d’une vieille dame

3 août :

 

L’avantage de Minami Senju est que c’est à un quart d’heure à pied d’Asakusa. Aussi y allai-je au saut du lit y passer une bonne heure. Evidemment pas mal de touristes s’y trouvaient déjà et il allait falloir slalomer dans la longues allée des échoppes. Au temple principal, Les pièces balancées à l’autel pour y aller de sa prière allaient bon train. Le temps de prendre quelques photos…

… je redescendis pour m’approcher de l’autel à encens dont il convient de respirer les vapeurs pour  être accompagné d’une bonne fortune bouddhique :

Au passage un manège attira mon attention, manège que j’avais déjà aperçu plusieurs fois à Dotonbori. De jeunes touristes occidentaux demandant à des minettes en yutakas de se faire prendre en photo ensemble afin d’avoir un souvenir « couleur local » élégant et sans doute cool à montrer plus tard aux copains. Hilarité des demoiselles qui acceptent la demande inoffensive. Le problème est que dès qu’une photo est prise, un autre groupe, tenté à l’expérience, s’immisce pour demander lui aussi une photo. Puis arrive un troisième groupe. Puis un quatrième, etc. Le spectacle devient très vite agaçant à voir car révélateur d’un certain sans-gène gaijinesque qui profite allègrement de la politesse de l’autochtone. Evidemment, des jeunes filles qui se font belles et vont en ville en groupe et en yutaka le font un peu pour être regardées. Après, le font-elles pour se faire photographier à tire-larigot par une meute de blancs poilus en short et malodorants ? J’en doute.

Bref, je poursuivis ma route, retournai à Ueno une heure, puis allai faire un tour à Akihabara qui n’était pas loin. Rien de neuf à raconter, le quartier des geeks n’est finalement pas le quartier que je préfère, possible que je n’y mette plus les pieds.

Puis direction Nakano pour me rendre là :

Le Nakano Broadway où se trouvent une multitude de magasins Mandarake. Je m’y étais rendu lors de mon tout premier voyage. Treize ans plus tard, rien n’a changé : le bâtiment est toujours aussi monstrueux et chronophage à parcourir. Un œil sur ma montre, je parcourus les différents étages et entrai dans certaines boutiques vintage et surtout dans celles où l’on pouvait être sûr de trouver de bons photobooks. Je trouvai à un bon prix un livre de Kishin Shinoyama mais je fis l’impasse sur le Izumi, this bad girl, d’Araki :

Une poil cher et surtout mahousse (comme la plastique d’Izumi), difficile à caser dans le petit sac que je portais.

La prochaine fois, j’y retournerai avec les kids le temps de deux grosses heures, histoire de leur en mettre plein la face. Testujin n°28, prépare-toi à les accueillir dignement ! Je compte sur toi !

No problemo !

Après Nakano, direction…

Harajuku

Je ne savais pas si j’allais retomber sur Jim O’Rourke, mais sur un bain de foule, ça oui. Le temps de faire plusieurs fois la Takeshita street l’appareil photo à la main, j’allai voir l’entrée aux mille miroirs du Tokyu Plaza, entrée dont je connaissais l’existence mais que j’avais jusqu’à présent toujours omis de contempler. Quand on arrive en haut du premier escalator, on se retourne et on se trouve face à un kaleidoscope réfléchissant le kaleidoscope humain des passants au rez-de-chaussée. Descendre l’escalator en passant des images réfléchies qui vous entourent à l’image unique de la frénésie de l’activité sur cette place qui est un peu un Shibuya en miniature, est assez saisissant.

Comme j’étais à une station de Shibuya, je repris la Yamanote Line. Chose amusante, je tombai sur une rame qui allait assez bien avec la station de Harajuku :

Rien de neuf à Shibuya depuis la veille. J’observais et je mitraillais. L’esprit était en fait déjà à la prochaine étape de la journée qui, elle, allait être tout ce qu’il y a de plus neuf. Sur les coups de 19 heures, je repris le train pour rencontrer une créature élancée du côté de Minato. Pas vraiment du genre de celles que j’avais pu croiser à Harajuku :

Plutôt en fait dans ce style :

Tout au fond, pas au premier plan.

Eh oui, à l’heure où il n’y en a plus que pour le Tokyo Sky Tree, je m’étais dit que c’était le moment de se décider à enfin aller voir la vieille dame de Tokyo. Pas d’inquiétude pour elle, elle est encore pimpante et reçoit encore de nombreuses visites. J’étais allé la voir là aussi lors de mon premier voyage mais je c’était en plein jour et je m’étais contenté de l’extérieur, encore un peu intimidé. Là, j’étais fermement décidé à entrer sous ses jupes et à connaître ce septième ciel qu’elle était capable, disait-on, de faire atteindre sans aucune difficulté. Et comme j’avais entendu dire qu’avec elle, la nuit était bien meilleure que le jour, me voilà donc à la station Hamamatsucho pour connaître cette expérience. Un peu en avance, j’allai d’abord au parc du Zojo-ji par lequel j’avais lu qu’il était était chouette de venir pour se rendre à la Tokyo Tower. Effectivement, avec l’obscurité naissante, la silhouette de la tour derrière le temple était loin d’être vilaine à voir.

Mais il se faisait 19H30 et la journée avait été bien remplie. Il convenait maintenant de remplir l’estomac, le temps que l’obscurité se fasse totalement pour préparer le spectacle à 333 mètres d’altitude. Revenant un peu sur mes pas, je tombai sur un restaurant de ramen. Ça tombai bien, même si l’été je ne suis pas forcément tenté à l’idée de m’enquiller un gros bol bien chaud rempli de choses succulentes, j’en avais alors envie depuis quelques jours :

Voilà pour le visuel. Pour le goût, imaginez, et pour le son, mettez-vous dans les esprit de gras sluuurp ! accompagnés des braillements des serveurs souhaitant à pleins poumons la bienvenue aux nouveaux clients ou saluant ceux quittant le restaurant.

Bien regaillardi, je quittait l’établissement pour rejoindre la dame. L’obscurité commençait à se faire :

Et un quart d’heure de marche après, c’était gagné :

Encore cinq minutes plus tard, j’arrivai au pied, achetai mon billet, pénétrai dans l’ascenseur et accédai au premier niveau. Je me précipitai à la première paroi vitrée venue et je compris pourquoi il était plus conseillé de venir la nuit plutôt que le jour. Ce qui n’aurait été dans la journée qu’un gigantesque et monotone amas de bâtiments gris était à ce moment une époustouflante matière noire illuminée d’une kyrielle de lumières en tout genre. La voûte céleste n’était pas forcément qu’au-dessus de nous. Elle semblait aussi se trouver au-dessous, avec des étoiles à profusions et les nébuleuses orangées de l’éclairage urbain.

Autant vous le dire, après une bière et un bon bol de ramen on se sent bien face à un tel spectacle. Mais on pouvait faire encore mieux. Muni de mon ticket me permettant d’accéder au deuxième niveau, je pris un petit escalator pour prendre l’ascenseur du septième ciel. Bleuté, le septième ciel, puisqu’à la sortie de l’ascenseur, je fus accueilli par un éclairage bleu garni çà et là de rivières de petites lumières. Là, on avait l’impression d’être à la fois au-dessus du cosmos et à l’intérieur d’un sapin de Noël. Et ce en musique puisqu’un groupe doucereux de jazz interprétait quelques chansons non loin. Stupéfait, éberlué, absolument ravi, je fis le tour de l’observatoire l’appareil photo à la main pour faire quelques vidéos (que vous retrouverez dans le montage de cette journée à la fin de l’article). A un moment je vis au sol une vitre donnant à voir le gouffre de trois cents mètres et sur laquelle on pouvait marcher pour se donner des sensations. Pour le coup, marcher dessus aurait été plus impressionnant le jour car là, il n’était pas forcément évident de bien distinguer et ‘avoir une estimation vertigineuse de la profondeur. Et puis je ressentais alors un tel bien être avec cette lumière, ces airs jazzy, et cette vue dont je ne me lassais pas, qu’il n’y avait aucune place intérieurement pour la moindre once de sentiment de vertige.

Bref, vous l’aurez compris, monter la nuit dans la Tokyo Tower, c’est quelque chose. Un peu à contre-coeur, il fallut bien décarrer. Comme les Japonais savent comment s’y prendre pour faire raquer le visiteur jusqu’au bout d’une visite, l’ascenseur qui menait à la sortie ouvrait ses portes à l’inévitable boutique de la Tour mais aussi à une gigantesque boutique consacrée au merchandising One Piece (je crois qu’il y a un musée One Piece au pied de la tour mais c’est à vérifier).

Après une telle débauche de féerie, je pouvais retrouver la famille le lendemain l’esprit tranquille. Les deux journées à Tokyo avaient été pleines et avait trouvé leur point d’orgue. Avant de retourner à Minami Senju, j’allai une dernière fois à Shibuya. Voir le cosmos à 333 mètres de haut est sympa. Mais y naviguer à l’heure où Shibuya est en mode « Rencontre du 3ème Type » l’est tout autant. Un vaisseau spatial plus mouvementé que le deuxième étage de la Tokyo Tower

Voici le vidéo résumant cette deuxième journée. J’ai triché un peu en insérant quelques passages déjà aperçus dans la précédente vidéo car je manquais de matière pour être parfaitement raccord avec un thème musical.

Titres utilisés : Kono sakamichi no tochuu de UA et The Visitor de Jim O’Rourke.

Pour marque-pages : Permaliens.

8 Commentaires

  1. Marrant de voir que le parcours de tes deux jours à Tokyo, le passage à Akihabara en moins, ressemble beaucoup au mien lors de mon dernier voyage.

    Je t’envie d’avoir pu accéder au deuxième observatoire de la Tour, il était fermé lorsque j’y suis allé fin octobre.

    Par contre, c’était la veille de Halloween et la clientèle de la boutique One Piece était sympatoche :

    https://img11.hostingpics.net/pics/92414378TokyoBoutiquesouvenirsdelatourdeTokyo.jpg

  2. « Par contre, c’était la veille de Halloween et la clientèle de la boutique One Piece était sympatoche »

    Mince, c’est frustrant d’apprendre cela car pour la première fois je vais avoir l’occasion de me rendre au Japon l’automne mais il n’y aura pas cette fois-ci de passage à Tokyo.

    Tiens, puisqu’on parle de la tokyo Tower, je suis tombé sur un gros bug sur Google map. L’application permet de naviguer à l’intérieur de la tour, mais au détour d’un couloir on tombe sur ça :

    Si ça c’est pas un gros fail. Ou alors il existe réellement une pièce cachée dans la tour où les employés viennent se détendre entre deux cars de touristes.

    • Enorme ^^

      Tu y seras quand exactement ? Perso j’y serai du 29 octobre au 11 novembre.

      • J’y serai du 20 au 4.
        Hey ! Si jamais tu passes à Miyazaki, faut qu’on aille s’en jeter un quelque part !

        • Ah ça fera un peu loin pour moi…

          Tu ne bougeras pas cette fois, pas de détour dans le Kansai ?

          Perso j’y vais pour explorer davantage la préfecture d’Okayama et le nord de Shikoku.

          • Hélas non, nous resterons à Miyazaki. Nous sommes invités par la belle-famille qui s’est fendue de l’achat des billets d’avion, je me vois mal mettre les voiles pour vadrouiller à droite ou à gauche (ça, ce sera pour l’été prochain).
            Shikoku est la dernière des îles principales dans laquelle je n’ai pas séjourné. Faudra que j’essaye de mettre au point une petite incursion pour l’été 2018.

            • Bon, si jamais tu arrives à te « libérer » pour une excursion, tu me feras signe.

              Rien à voir sinon, mais je te conseille le dernier drama dispo sur Netflix. J’en suis à la moitié, et le pitch devrait te séduire :

              http://asianwiki.com/Million_Yen_Women

              • Effectivement le pitch a l’air pas mal. J’ai commencé beaucoup de dramas dernièrement, il y en a peu que j’ai achevé (seulement la version Netflix de Midnight Diner). J’y jettrai un oeil, tout comme à Samurai Gourmet qui commence à être disponible en Albanie.

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