Les Aventuriers du salon de thé perdu (part 2)

Résumé de l’épisode précédent : Olrik jr, Olrik the 3rd et votre serviteur font une escapade d’une journée à Kyoto. Après avoir passé la matinée au musée du manga, direction Gion pour admirer les temples, les yukatas et s’enquiller une glace dans un salon de thé de ma connaissance. Problème, les deux clampins n’aiment pas marcher tandis que j’aime au contraire à les faire user leurs sandales. Au bord de l’agonie, nous arrivons malgré tout à destination…

Nous arrivâmes cependant aux portes de Gion. Il ne restait plus qu’à retrouver le salon de thé. Je déposai Olrik the 3rd et essayai de me souvenir où l’établissement se trouvait exactement. Comme j’avais conscience d’avoir un peu tiré sur la corde avec les kilomètres de marche offerts en extra, j’essayai cette fois-ci de ne pas me tromper et c’est plein d’assurance que je repris la marche, invitant la meute à me suivre. Hélas ! (one more time) quelque peu ébranlé par la marche, chargé que j’avais été des kilos supplémentaires de Tanuki Gourmand et n’ayant pu retrouver totalement mes facultés (et peut-être aussi à cause d’un début d’alzheimer), ma localisation du lieu fut quelque peu défaillante, car ce qui aurait dû être notre trajet…

Simple, précis, efficace.

… se transforma en ceci :

?!

Et c’est limite rampants que mes louveteaux franchirent le seuil du restaurant Rakusho. Pour moi, ça allait, délesté de Tanuki Gourmand j’avais pu prendre quelques photos, chose qui permet tout de suite de recharger les batteries. Néanmoins, il était plus que temps de se poser quelque part pour profiter de la clim’ et d’un machin glacé. Aussi c’est bien volontiers que j’y allai de ma tournée générale de kakegori au melon.

Tanuki Gourmand, déjà la cuillère à la bouche, passa outre ma demande d’attendre un peu pour la photo (ça commençait à bien faire !). Sinon pas d’inquiétude, la glace n’est pas radioactive, c’est juste sa couleur normale.

Assis sur les tatamis, nous picorions les bouchées de glace pilée tout en regardant par la paroi vitrée le délicieux jardin :

A noter que si l’on commande par l’entrée principale, il faut ensuite sortir par une porte adjacente puis longer ce décor afin de rentrer de nouveau pour s’installer dans la salle où se trouve les tatamis. Le genre d’endroit dans lequel je pourrais passer des heures à siroter du thé tout en bouquinant. Après une grosse demi-heure passée à se ressourcer, la meute était de nouveau d’attaque. Il était presque seize heures, il nous restait une heure et demie à passer à Gion et au parc Murayama avant de songer à reprendre la direction de la gare. La marche reprit, mais cette fois-ci à un rythme plus apaisé. Il s’agissait de flâner dans ces adorables rues que j’avais déjà largement arpentées mais que je découvrais alors pour la première fois avec la lumière de la fin d’après-midi. Juste en sortant du salon de thé, je tombai sur un jeune yukata le reflex à la main et baignant dans un doux chatoiement de lumière :

Juste à côté, dans la fameuse ruelle constituée d’anciennes maisons de thé, je tombai là aussi sur une ribambelle de yukatas et d’ombrelles pour la mettre en valeur :

L’ambiance était tellement bienfaisante que je me risquais même à prendre des photos de fleurs, chose que je ne fais jamais…

… préférant tout de même celles sur des yukatas bien portés :

Vous vous demandez comment j’ai fait pour obtenir un tel angle de vue ? Facile, je m’étais posté dans une bouche d’égout !

A un moment nous passâmes devant une boutique Ghibli. Evidemment, on me demanda aussitôt d’aller y jeter un œil. Si je n’ai rien contre Ghibli, j’avoue que leur merchandising a fini au fil des voyages par me sortir par les yeux. Mais bon prince, j’autorisai une halte dans ce sanctuaire dont j’étais sûr qu’il allait être infesté de touristes chinois bruyants et sans-gênes. Cela ne rata pas, notamment devant le magnifique Totoro grandeur nature où il fallu attendre cinq minutes qu’une famille finisse de faire et refaire différentes prises. Une fois leur cirque fini, je priai à Tanuki Gourmand d’aller à côté pour prendre la pose. Surprise ! refus du mangeur de kakegori ! J’insiste, il refuse derechef, avec en prime une lueur d’inquiétude dans les yeux. Je commence à comprendre. Quoiqu’ayant vu maintes fois Tonari no Totoro et sachant bien que le gros monstre est inoffensif, le benjamin de la famille avait l’air de s’imaginer que la peluche mahousse était en fait vivante et qu’il courait sans doute le risque de se faire bouffer par elle !

Je crois me souvenir que j’y allai d’une menace pathétique du genre « si tu n’y vas pas, je ne te téléchargerai plus d’épisodes de Doraemon ! » (menace imparable). Je devais sérieusement commencer à fatiguer moi aussi. Sinon ne vous laissez pas berner par le « peasu » effectué : la bobine montre clairement qu’il croit ses derniers instant sont arrivés.

En sortant, nous étions partis pour aller au parc Murayama lorsqu’un bruit emplit tout à coup l’air. Ce n’était pas le concert des sandales qui traînaient sur le bitume et des dents qui grinçaient auquel m’avaient habitué mes deux clampins lors de la marche de la mort. Non, il s’agissait indubitablement du gong d’un temple bouddhiste. Intrigué, je proposai à la troupe d’essayer de voir cela. A ma grande surprise, ils acceptèrent presque de bon coeur. Pas de bol cependant, pour se rapprocher du son il fallait passer par un escalier d’une bonne centaine de marches :

Mais comme c’était aussi l’occasion de s’approcher de la gigantesque statue de Kannon dont nous apercevions la tête au loin, han ! nous y allâmes de notre coup de rein supplémentaire. Arrivés sur l’esplanade où un parking quasiment vidé de voitures nous attendait, nous tournâmes tout de suite à gauche d’où provenait le bruit métallique du gong. Il s’agissait du temple bouddhiste 高台寺 鐘楼. Juste quatre piliers surmontés d’un toit avec au-dessous une immense cloche qu’un prêtre faisait résonner à 17 heures :

Étonnamment aucun badaud pour assister au rituel. C’était le moment de faire une nouvelle pause bienvenue en utilisant notre ultime bouteille d’eau. Pas de clim’ ni de kakegori au melon cette fois-ci, juste le bruit des grillons, la résonance du gong et une légère brise :

Sous le regard bienfaisant de Kannon juste derrière, nous nous assîmes et profitâmes de ces minutes agissant comme un baume aussi bien physique que spirituel. Subitement, les deux louveteaux avaient oublié leurs ampoules. La sueur séchait doucement grâce à la brise, ajoutant certes un peu de crasse à l’épiderme mais nous redonnant un regain de vigueur. Quant à l’esprit, il était en symbiose avec la résonance métallique qui emplissait l’air. Quand le prêtre eut fini son rituel, il quitta le temple gratifiant au passage d’un sourire et d’un petit signe de tête ce public de trois personnes qui avait été particulièrement attentif. Je rangeai mon appareil photo, m’étirai, jetai un coup d’oeil à Kannon, puis regardai la vue de Kyoto encadrée par les rangées d’arbres. Une merveille que j’aurais pu encore admirer longtemps mais le soleil commençait à descendre sérieusement et il allait être de songer au retour, surtout si nous voulions faire un crochet par le parc Maruyama. Surprise ! Au moment de faire cette photo, je m’aperçus que les louveteaux étaient déjà presque arrivés au bas de l’escalier :

Braves petits ! Je les avais sous-estimés. Loin d’être des larves incapables d’assurer une marche digne de ce nom, ils étaient de jeunes pousses pleines de sève et ne demandant qu’à fortifier leur corps. Ce n’était plus Hibou Paisible et Tanuki Gourmand mais Rémi et Joli-coeur, et après avoir endossé le rôle de l’ignoble Tuco, je me pris à songer, presque la larme à l’oeil, que j’étais fait pour être maître Vitalis ! Cela tombait bien : comme je leur avais caché le fait que je comptais bien retourner à la gare en repassant par la Shoji dori, ça allait être l’occasion de refaire une longue marche dans la joie et la bonne humeur avec peut-être au bout, qui sait ? un spectacle devant la gare de Kyoto façon Rémi Sans Famille. Nous n’en étions pas encore là mais ce qui était sûr, c’est qu’ils allaient bien apprécier les takoyakis maison prévus au dîner.

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