Himeanole (Keisuke Yoshida – 2016)

Technicien de surface, Okada est un jeune homme fade qui mène une existence fade. Tout bascule cependant lorsqu’un collègue, Ando, lui demande de lui servir d’entremetteur afin d’engage une relation avec Yuka, une serveuse dans un restaurant pour laquelle il en pince méchamment. Alors qu’ils déjeunent dans ledit restaurant et qu’ils engagent la conversation avec la jeune femme, Okada tombe sur Morita avec lequel il a connu le lycée. Problème : il apparaît que Morita jouerait au stalker auprès de Yuka…

Himeanole reprend une recette éprouvée par Miike au temps d’Audition : le film commence d’abord comme un soap avant de laisser peu à peu éclater des signaux qui vont inquiéter le spectateur avant d’exploser en un déluge de violence. C’est dire si la première demi-heure doit être regardée avec un certain recul tant rien ne laisse supposer qu’il va se passer quelque chose d’intéressant, cette histoire de stalker mise à part.

Ando, Okada et Yuka

Mais dès que les premiers signes évidents d’un malaise arrivent, difficile de ne pas s’intéresser à ces personnages dont on subodore un passé trouble ou une personnalité déviante. Le premier de ces signes est la réaction ahurissante d’Ando lorsqu’il apprend qu’Okada est peut-être sur le point de lui damer le pion auprès de la douce Yuka. Doté d’une rutilante tronçonneuse, il devient instantanément un objet de méfiance, même s’il est rapidement dépassé par Morita dont une scène au milieu du film nous fera piger qu’il va être le gros problème à gérer pour le couple Okada / Yuka.

Mais même ces derniers ne sont pas sans distiller une impression d’étrangeté dans l’esprit du spectateur. D’abord Okada et sa tête de puceau (par ailleurs qu’il est) ainsi que sa voix lénifiante. L’apparence frôle tellement que le grotesque que l’on se dit que le personnage, sans non plus jusqu’à penser à Keyser Sose, va nous révéler à un moment une petite facette peu reluisante de sa personnalité.

Idem pour Yuka. Déjà, qu’elle s’amourache de tronche de puceau est forcément suspect. Et quand a lieu la première baise d’Okada, scène dans laquelle la timide Yuka apparaît finalement chaude et expérimentée (c’est pas non plus Yuma Asami dans une AV, mais enfin…), et qui est montée (la scène, pas Yuka) de manière à montrer au spectateur ce que traficote au même moment Morita de son côté, bref le spectateur, avec ce cocktail sexe/violence, en arrive presque – surtout s’il a vu Audition – à imaginer des trucs louches concernant la gamine.

Si les explications au comportement de Morita apparaissent bien convenues, il faut reconnaître que la représentation de sa folie meurtrière ne manque pas de force et apparaît bien plus efficace que les bourre-pifs à répétition de Destruction Babies. Dans les deux films on joue sur l’idée d’une irruption incontrôlée de la violence, mais reconnaissons que dans le cas d’Himeanole, le spectateur s’accroche un peu plus aux accoudoirs de son fauteuil (cf. la scène du mari qui entre dans sa maison alors que Morita a déjà investi les lieux…). Comme pour Destruction Babies, on assiste à l’errance destructrice d’un personnage dans la ville, à la différence que cette errance a un fil conducteur : se taper Yuka mais aussi Okada (au sens meurtrier du terme, hein !), puisque l’on découvrira que le personnage, avec son passé commun à l’époque du lycée, a peut-être des raisons de craindre Morita et que pour ce dernier, buter son ancien ami serait peut-être le moyen confus d’espérer de s’affranchir d’un lourd passé. A côté, Yuka et Okada sont tout à leur présent lubrifié et aimeraient bien songer sereinement à l’avenir. Régler son compte au passé, préparer l’avenir, c’est dans la confrontation de ces deux désirs que se noue l’intrigue et que Keisuke Yoshida parvient à livrer un film nerveux et assez prenant, très loin de la douce quiétude de Café Isobe (mais avec un zest d’érotisme qui pourra rappeler son Raw Summer avec la boobisée Sora Aoi).

7/10

 

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