Sumo do, sumo don’t (Masayuki Suo – 1992)

Shuhei Yamamoto, étudiant un rien glandeur, aimerait bien valider son année mais il y a un os. Son prof principal, Anayama, n’est pas dupe de son absentéisme qu’il a camouflé sans doute par des feuilles d’émargement signées par des potes. Il lui propose cependant ce marché : comme Anayama, ancien glorieux lutteur de sumo, est attaché au club de la fac qui risque de disparaître, Shuhei n’a d’autre choix que de s’y inscrire et d’essayer de relancer le club pour le prochain tournoi universitaire. En échange, il pourra obtenir la validation de son année. Commence alors pour Shuhei une pénible campagne de recrutement à l’issue de laquelle le club s’étoffera d’une belle équipe de bras cassés. De quoi être découragé et pourtant, Shuhei et ses équipiers vont rapidement se prendre au jeu….

シコふんじゃった (Shiko Funjatta)

A J-1 de la fin du Hatsu Basho, basho qui va peut-être consacrer la carrière du vétéran Kisenosato en lui offrant son premier titre, je regarde sumo, je lis sumo et je pense sumo. Et du coup c’est tout naturellement que je me suis enfin décidé à mater ce Sumo do, sumo don’t de Mayasuki Suo. Un peu frileux au début car j’avais bien en tête son Shall we dance ?, film que je n’avais guère aimé. Et puis, Sumo do pouvait apparaître comme un énième film sur le sport, avec une énième histoire dans laquelle des personnages allaient devoir apprendre à mieux se connaître en se dépassant. Du coup le sumo pourrait paraître anecdotique puisqu’on pourrait le remplacer par n’importe quel autre sport. Reste que c’est cette pratique qui a été choisie et comme les films sur le sumo sont une denrée rare (à vérifier mais je doute qu’il y en ait des masses), on ne fait pas la fine bouche, d’autant qu’assez rapidement on comprend que Sumo do, Sumo don’t va être une excellente petite comédie.

Le genre bien ficelée.

Avec la présence de l’inénarrable Naoko Takanata, on songe à Ping Pong, sans doute le meilleur film japonais sur le sport ayant été réalisé durant les vingt dernières années. Outre cet acteur, les deux films ont pour points communs une certaine fantaisie et des personnages entre deux âges, pour lesquels le sport est un moyen d’affirmation de soi. Après, la comparaison n’ira pas plus loin car si Ping Pong était brillant dans l’approfondissement de ses personnages et finalement assez discret dans son humour, Sumo do a une approche plus lapidaire dans la caractérisation des, protagonistes et un humour plus accentué, volontiers trivial :

Ainsi le personnage de Naoto Takenaka, rikishi peureux qui ne peut s’empêcher d’avoir la chiasse avant chaque combat. On peut détester ce genre d’humour. Perso, j’aime.

Reste qu’on appréciera tout autant Sumo do avec sa galerie de personnages truculents (le frère de Shuhei, gringalet idole des étudiantes du campus, Smiley, anglais rugbyman qui accepte de pratiquer le sumo à condition de ne pas montrer ses fesses ou encore Tanaka, gros lard sympathique priant jésus avant chaque combat), personnages qui glaneront tous un enseignement de leur aventure commune dans le dojo, à commencer par Shohei qui découvrira ce qu’est la persévérance et la motivation.

Ainsi que certaines positions pour le moins gênantes.

On regrettera que le film n’ait pas poussé un peu plus les spécificités du noble art du sumo mais ce n’était pas non plus son but. Reste malgré tout l’enseignement précieux du coach Anayama qui explique bien à ses ouailles qu’au sumo, la puissance n’est pas tout, et surtout une jolie ouverture puisque le film commence avec Anayama (professeur de littérature) lisant un chouette texte de Cocteau sur le sumo (qu’il avait découvert lors d’un voyage au Japon). Le film n’ira pas au-delà du côté « école de la vie », nous n’aurons pas une multitude de détails sur l’histoire de ce sport et de ses règles. Si le film définitif sur le sumo reste à faire, Sumo do, sumo don’t a au moins le mérite de livrer sur ce sport une approche aussi espiègle qu’attachante, servie par des situations cocasses, des acteurs tous à l’aise dans leur rôle et des bijins qui sentent bon le début des nineties:

Très agréable Misa Shimizu (à droite).

Pas la comédie définitive sur le sport, mais assurément un excellent amuse-gueule pour faire baisser la pression quand le suspense d’un basho devient insoutenable. On en reparle d’ailleurs mercredi prochain. D’ici là…

IKE IKE ! KISENOSATO !

[edit] : article écrit avant de voir la 14ème journée du tournoi qui a finalement vu Kisenosato remporter le tournoi grâce à sa victoire et à la défaite de son concurrent direct, Hakuho. Ouf ! le stress descend d’un cran, je vais pouvoir mieux dormir maintenant !

7/10

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2 Commentaires

  1. Et vive donc le grand Kisenosato: le champion de la saison!
    Ses ptites larmes étaient même émouvantes, j’ai trouvé.

    • « Ses ptites larmes étaient même émouvantes, j’ai trouvé. »
      Moi aussi. On imagine le mélange de sentiments à l’annonce de la défaite de Hakuho : joie d’enfin connaître le bonheur d’être yusho mais peut-être aussi tristesse que cela se fasse si tard. J’espère en tout cas qu’il sera gonflé à bloc pour le prochain basho afin de décrocher le titre de yokozuna.
      Et belle victoire lors de la dernière journée contre Hakuho. Il le fallait : être yusho sans battre le moindre yokozuna n’aurait pas eu la même saveur.

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