Truck Rascals 5 (Norifumi Suzuki – 1977)

En cette fin de période de fêtes, il peut être bon de se réchauffer l’âme en se matant un épisode de Tora san, petit rituel que les Japonais ont connu durant nombre d’années. J’étais parti pour chroniquer un des films de la série, et puis je me suis rappelé qu’il me restait encore pas mal d’épisodes à découvrir de sa version bière et cambouis, je veux bien sûr parler de l’inénarrable Momojiro Hoshi dans la série des Torakku Yaro.

Pichte POWAAA !

Du coup, afin d’inaugurer dignement ce début d’année 2017, mettons de côté le charme suranné de l’univers de Tora san pour nous calfeutrer dans la cabine d’un bahut aux côtés de cet homme rude, vulgaire mais foncièrement bon qu’est Momojiro, avec le visionnage du 5ème film de la série :

トラック野郎 度胸一番星 (Torakku yarô: Dokyô ichiban hoshi)

Faire la critique d’un Torakku Yaro tient toujours de la gageure tant chaque film s’avère être un exercice de répétition. On y retrouve les mêmes ingrédients : Momojiro qui se fait courser par la flicaille :

Avec à chaque fois quelques gags.

Momojiro qui oublie ses malheurs en tâtant de la gueuse dans un soapland :

Un autre manière de faire le plein.

Ou encore découverte de la « madone », concept piqué à Tora san qui permet de donner le rôle du personnage principal féminin à une idole du moment :

Ici, Nagisa Katahira

Là aussi, comme pour Tora san, le but est que Momojiro tombe à chaque fois amoureux de cette madone et tente de fonder un foyer. Malheureusement, tout ne se passe jamais comme prévu et Momojiro est à chaque fois obligé de faire une croix sur son noble projet, souvent à cause de la découverte, dans la vie privée de la belle, d’un petit-ami qui lui dame le pion. Dans ce 5ème opus, ce sera cependant un peu différent, et surprenant. On croit vraiment que Momojiro va enfin pouvoir passer la bague au doigt mais ce sera pour mieux voir le sol d’effondrer sous ses pieds et ce de tragique manière.

Chienne de vie, va !

Il faut dire que l’histoire baigne d’emblée dans une atmosphère gentiment mystique, avec une apparition de la Madone présentée comme surnaturelle. La chute fera comprendre la raison de ce choix insolite dans la série. Pour le reste, on retrouve le side-kick Jonathan, empêtré dans des soucis d’argent qui l’empêche de vivre sereinement avec sa famille (rappelons qu’il est marié et père de dix enfants). Aussi décide-t-il de chercher de l’or dans une rivière en compagnie du père de la Madone, brave homme persuadé que cette rivière fera un jour sa richesse mais qui pour l’instant s’est éreinté pour rien.

Pour ce qui est des tentatives de drague de Momojiro, c’est comme d’habitude aussi pitoyable que touchant. Comme la dulcinée est institutrice, Momojiro s’immisce dans son métier, s’improvise instituteur, se ridiculise dans une cocasse scène de classe et joue au bon élève lors du cours de natation, évidemment dans le but de s’approcher stratégiquement des courbes de l’instit en bikini.

Pour ceux qui se poserait la question, Nagisa Katahira en bikini, c’est ça.

Un épisode de Tora san ne serait rien sans de nouveaux personnages de camionneurs durs à cuire et qui vont en découdre avec Momo. Sorti en 1977 soit deux ans après les Dents de la Mer, c’est tout naturellement que le gang des bad guys camionneurs s’appelle « Jaws », avec comme il se doit des camions faisant effectivement un peu peur…

par leur impressionnant bon goût.

Comme pour le personnage de la Madone, celui du bad guy sera interprété par Shinichi Chiba qui se frittera avec Bunta Sugawara lors d’une scène de baston épique dans le resto routier où Momo et sa bande ont l’habitude de se retrouver. N’ayant pas encore vu tous les films de la série, je ne peux encore me prononcer, mais la bagarre m’a paru dans cet opus particulièrement gratinée par rapport à d’autres scènes de ce type vus dans d’autres épisodes. Bien entendu, le chef des Jaws est un salopard, bien entendu il se fritera avec Momo et bien entendu, il montrera par la suite qu’en fait c’est un type cool :

Notamment parce qu’il a beau être un putain de salopard, son petit coeur d’otokorashii sait fondre lorsque sa petite-amie bijin vient le consoler.

Enfin, il y a la découverte d’un coin du Japon, ici Niigata, figure imposée qui donne lieu à de courtes séquences un peu cartes postales mais toujours plaisantes à regarder :

Le matsuri de Niigata.

Mention particulière au passage pour le matsuri de Shirone consacré aux cerfs-volants géants, matsuri qui donne lieu à une scène croquignolesque puisque par un malheureux hasard, Momojiro et Jonathan se retrouvent accrochés à un cerf-volant :

Scène d’autant plus bouffonne que des plans nous montre le trucage, sans doute volontairement grotesque, imaginé par Suzuki pour « donner l’illusion » que les deux compères sont véritablement suspendus à plusieurs dizaines de mètres de hauteur :

Une magnifique baudruche à leur effigie ! Du plus pur Benny Hill’s style !

Enfin, tout épisode se doit d’illustrer les talents hors pair de camionneur bourrin qu’est Momojiro. Le challenge du film est de faire Kanazawa-Niigata en cinq heures, alors qu’il en faut habituellement huit ! Course contre la montre (et contre les flics) qui mettra Momojiro dans tous ses états mais qui lui permettra de venir à en aide à un copain dans la difficulté. Moi je vous le dis, quand on n’a plus l’amour, heureusement qu’il y a encore l’amitié pour aider les otokorashiis à supporter leur vie faite de bitume et de factures à payer. Comme d’habitude, « owari » apparaît sur un paysage dans lequel on voit Momojiro et Jonathan partir sur les routes pour une nouvelle livraison. Image finalement pas si éloigné de ma mission de blogueur à bord de ce bahut bariolé et un brin vulgaire et crasseux qu’est Bulles de Japon. J’en profite d’ailleurs pour sortir de ma cabine et pour vous dire :

BONNE ANNÉE À TOUS, LES CLAMPINS !

L’année 2017 est lancée pour découvrir de nouvelles pépites. Concernant cette première de l’année, concluons brièvement : il est impossible de bouder son plaisir, on a beau connaître la recette par cœur, voir la trogne de Bunta Sugawara, ses coups de gueule et ses éternelles frasques sentimentales mettent toujours autant de bonne humeur. Impossible de le situer en terme de qualité par rapport aux autres opus. Disons juste ceci : c’est de tout bon.

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